Nouveau court de tennis Philippe Chatrier, état des lieux du circuit hexagonal et mondial, digitalisation du tournoi, Guy Forget, directeur de Roland Garros, s’est récemment confié à Forbes. Interview Porte d’Auteuil.

Roland Garros poursuit sa mue, où est-on aujourd’hui de sa rénovation ?


Guy Forget : Les travaux avancent mais ne sont pas encore achevés. Je dirai que la prouesse pour nous a été de détruire le court Philippe Chatrier et de le reconstruire en un peu moins de neuf mois pour aboutir à une superficie de 15 000 places. L’autre tour de force a été la modernisation du stade d’est en ouest, et ce malgré les contraintes posées par la concomitance des éditions. Prochaine étape, l’installation du nouveau toit en 2020.

On peut donc considérer que la pluie ne viendra plus jouer les trouble-fêtes…

Encore un peu de patience ! Il nous reste toujours les bâches.

Sport et technologie s’imbriquent de plus en plus : comment Roland Garros s’ancre-t-il dans ce virage digital ?

Nous avons lancé une nouvelle application dédiée aux joueurs qui peuvent dorénavant bénéficier de plus de connectivité sur le tournoi : ils pourront à présent faire leurs accréditations via la plateforme mobile développée, consulter leurs statistiques de matchs ou celles de leurs adversaires. Tout cela depuis le confort de leur voiture ou de leur chambre d’hôtel. A l’image des autres Grands Chelems, nous sommes très attentifs aux évolutions technologiques qu’il nous faut associer au championnat. Néanmoins, le plus important étant de vivre des interactions en live, de vibrer à l’occasion d’un match, ce n’est pas à travers son smartphone que l’on pourra ressentir l’émotion tennistique.

Pour cette édition 2019, de nouveaux sponsors ont rejoint l’aventure Roland Garros, un mot sur le sujet ?

Nous venons d’accueillir Rolex et aussi Infosys (société spécialisée dans le conseil et le service technologique) qui justement développe toute notre plateforme digitale. Nous sommes ravis de bénéficier de l’expertise d’Infosys car ils nous aident à mieux appréhender ce virage numérique. Nous avons en outre renouvelé nos partenariats historiques avec BNP Paribas, Perrier ou Lacoste. C’est une chance pour Roland Garros d’être accompagné par toutes ces belles entreprises qui nous permettent de moderniser les infrastructures et l’expérience des fans. A titre d’information, nous avons alloué sur nos fonds propres 380 millions d’euros : un chiffre colossal au service d’un nouveau Roland Garros que l’on doit aussi mettre en perspective avec sa légende, son prestige et les attentes cristallisées par l’aura de ce tournoi.

En termes de visiteurs, sur quelle participation tablez-vous cette année ?

Nous étions à quelque 480 000 spectateurs lors de l’édition 2018. Un chiffre que nous allons objectivement dépasser cette année grâce à l’ouverture du court n°1 et du court Simonne-Mathieu. A horizon 2021, nous aimerions pouvoir dépasser les 600 000 spectateurs portés par la programmation de sessions en soirée. Quoi qu’il en soit, à l’instant T, c’est plutôt exceptionnel comme performance d’accueil quand on sait combien nous sommes restreints par rapport à nos amis australiens, américains et anglais qui, eux, disposent de sites bien plus grands.

Vous venez d’en parler : Roland Garros, c’est aussi le plus prestigieux rendez-vous du Grand Chelem, un tournoi diffusé sur les cinq continents…

Roland Garros tout comme Wimbledon ont un immense rayonnement qui s’explique par leur histoire et par leur implantation sur des sites historiques. L’année dernière ce sont plus de 102 686 heures de couverture dédiées et plus de 357 millions de personnes en audience cumulée à travers le monde. Le tournoi est diffusé dans 224 territoires. J’observe aussi que tous les champions rêvent de s’imposer un jour, ici, à Roland Garros. C’est une sorte de consécration que de jouer dans un tel endroit.

 

Guy Forget : “En ce moment, nous connaissons un creux dans le tennis féminin qui se cherche de nouvelles leaders.”

Roland Garros se distingue aussi en matière de parité hommes / femmes. C’est une bonne nouvelle.

Cela fait longtemps que la parité a été actée dans notre tournoi (2007). Je crois d’ailleurs que le tennis s’illustre comme le seul sport à fixer la règle d’une parfaite égalité de traitement entre hommes et femmes en matière de rémunérations. Nous en sommes véritablement fiers ! Récemment, j’ai pu lire dans votre magazine un article sur le classement des sportifs les mieux payés au monde : on y retrouvait 8 à 9 joueuses de tennis tous sports confondus ! Un tel palmarès nous conforte dans nos efforts en la matière. Nous espérons que d’autres sports suivront.

Comment se porte le circuit féminin hexagonal et international ?

Il faut appréhender la question à travers le prisme générationnel. Il y a eu une époque très faste avec ses figures de proue : Monica Seles et Steffi Graf, puis Jennifer Capriati, et bien sûr Amélie Mauresmo, Justine Hénin et les sœurs Williams… Aujourd’hui, nous vivons un « petit creux ». Contrairement aux différentes ères que je viens de vous citer, où le circuit était incarné par de grandes leaders, des patronnes du tennis féminin, nous sommes à une période qui voit le règne de Serena Williams ou de Sharapova se terminer, et pour cause, ces grandes championnes sont plutôt en fin de carrière. Actuellement dans la relève, je vois monter comme figures émergentes la Japonaise Naomi Osaka, la Roumaine Simona Halep, victorieuse à Roland Garros l’année dernière, et qui fait d’ailleurs figure de favorite. Il faut que ces joueuses prennent le contrôle du tennis féminin en s’imposant de manière régulière.

Un bilan de cette édition 2019

GF : L’édition 2019 était plus ouverte que jamais avec justement ce passage de relais générationnel. Même Rafael Nadal, sacré 11 fois chez nous, montrait des signes d’inquiétude avant d’aborder Roland Garros. Habituellement, il remportait les quatre ou cinq tournois qui précédaient la quinzaine. Autant d’incertitudes chez les hommes et les femmes qui ont contribué à rendre le tournoi encore plus attrayant cette année !

Propos recueillis par Dominique Busso et Sabah Kemel Kaddouri