Œuvre d’art pour certains, bétonnage intensif pour d’autres, le moins que l’on puisse dire est que la station de ski de Flaine dans le domaine du Grand Massif (Samoëns – Morillon, Flaine, Les Carroz et Sixt-Fer-à-Cheval) ne laisse personne indiffèrent. 50 ans après sa création, la station continue de susciter une certaine incompréhension de la part de l’opinion publique. Pourtant, elle fait partie des stations les plus innovantes.

Flaine fait partie des stations françaises nées dans le sillage du grand Plan neige lancé par le gouvernement en 1964, et fortement marquées par l’intervention et la personnalité de leurs promoteurs et maîtres d’ouvrage qui ont pensé et réalisé, avec une vision globale, des complexes cohérents, comme Roger Godino aux Arcs ou Gérard Brémond à Avoriaz.


À Flaine, c’est l’ingénieur géophysicien, musicien et mélomane, Eric Boissonnas et sa femme Sylvie qui vont créer de toutes pièces la station sur un site entièrement vierge, le Flainoz, sur les hauteurs des communes de Magland et d’Arâches La Frasse. Le couple est riche. Sylvie est une héritière de l’empire pétrolier Schlumberger.

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Ils rêvent d’une ville utopique et d’un grand projet pour la France. Alors pour la conception, Éric et Sylvie Boissonnas, amateurs d’art moderne et de musique classique, qui vivent dans le Connecticut aux Etats-Unis, choisissent le maître du Bauhaus Marcel Breuer, connu pour plusieurs réalisations prestigieuses comme le Palais de l’Unesco à Paris, le Whitney Museum à New-York, mais aussi pour ses créations de mobilier dont la chaise tubulaire Wassily.

Le résultat est, à l’image du mouvement artistique du Bauhaus, un mélange d’architecture, de design, d’arts avec des sculptures monumentales en plein air.

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Marcel Breuer dessine une station sur plusieurs niveaux, sans voiture, écologique avant l’heure car chauffée au gaz par la première centrale de chauffe non polluante construite en montagne. Grâce à un réseau de galeries techniques, aucun câble électrique n’est visible de l’extérieur.

Le plan de masse épouse les lignes du relief environnant, offrant une interprétation différente de l’architecture mimétique mise en œuvre par Charlotte Perriand aux Arcs ou de Jacques Labro à Avoriaz. Les différents balcons qui constituent la station ne sont pas visibles depuis les autres. Des immeubles « bruts » radicalement contemporains construits en lieu et place des chalets traditionnels résultent une sensation de confidentialité et de sérénité.

Pas de bois, mais du béton brut, apprécié par Breuer pour ses qualités plastiques et son caractère massif, fait ressortir toute la puissance de la nature tout en rappelant le lapiaz, la formation géologique de surface dans les roches calcaires et dolomitiques caractéristiques de Flaine.

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L’architecte travaille aux côtés de Sylvie Boissonnas pour agencer les intérieurs des appartements et des hôtels, avec du mobilier des plus grands designers de l’époque. Marcel Breuer dessine les lampadaires de l’éclairage public, des structures des remontées mécaniques, les cheminées des salons d’hôtels, le mobilier de la chapelle œcuménique.

« L’ensemble est exceptionnel mais a besoin d’être expliqué » assure Alexandra Savary, en charge de la communication de la station.

Alors tous les jeudis, l’Office du tourisme organise une visite « art et culture ». L’occasion pour les skieurs de découvrir les trois bâtiments de Marcel Breuer classés à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Il s’agit de la chapelle œcuménique (1967), l’hôtel mythique de la station, le Flaine (1966-1968), connu pour son porte-à-faux incroyable dans le vide et l’immeuble Bételgeuse (1966). Ces bâtiments ont également obtenu le label Patrimoine du XXe siècle.

La visite permet aussi de mettre en avant les innovations techniques qui ont marqué la station, comme l’installation d’une TV câblée qui diffusera les programmes de TV Flaine de 1981 à 1986. La première usine à neige construite en Europe, en 1973, ou les premières gares de téléphériques et de télécabines construites de plain-pied avec les pistes.

La visite ne serait pas complète sans évoquer la dimension artistique de la station, notamment le Centre d’Art de Flaine créé par Sylvie Boissonas qui a accueilli, entre 1970 et 1995, plus de soixante-dix expositions d’art moderne, faisant découvrir l’art de son époque aux skieurs et apportant ainsi une participation essentielle à la mise en valeur et à l’animation de la station.

« Les œuvres d’art monumentales de Picasso, Dubuffet et Vasarely, en plein air, au beau milieu d’une station de ski participent à l’ambiance unique de la station » assure Alexandra Savary qui ne manque jamais de rappeler que Flaine reste avant tout une station de ski disposant d’un domaine skiable unique pensé par la légende du ski français, Émile Allais, le premier Français à être champion du monde de ski alpin, premier Français médaillé olympique dans cette discipline, premier moniteur de ski diplômé.

Et la station savoyarde compte continuer d’innover. Pionnière en matière de développement durable et d’écologie, Flaine initie des mesures novatrices pour l’environnement.

Le domaine skiable de Flaine a décidé de mettre en place en 2007 un observatoire environnemental, aujourd’hui élargi sur l’ensemble du Grand Massif.

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« Notre objectif est de protéger et respecter le patrimoine naturel exceptionnel et couvre un espace de 4219 hectares répartis sur 5 communes. Cette action a pour objectif de recenser de manière exhaustive la biodiversité sous toutes formes : paysage, flore, et faune. Il démontre notre volonté d’être exemplaire dans la mise en place des actions vis-à-vis de l’administration et de la réglementation, en étant avant-gardiste dans les projets d’aménagements » explique Malvina Sculo, en charge du projet pour le Grand Massif. Des activités uniques imaginées pour éduquer les vacanciers à l’environnement ont été également mise en place sur le domaine skiable du Grand Massif depuis plusieurs années comme le maraudage hivernal et estival. Sur le sentier d’interprétation du célèbre Cirque du Fer à Cheval ou sur le domaine skiable de Flaine, un animateur ASTERS, du conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie, fait découvrir gratuitement aux skieurs la faune présente en hiver, ses stratégies d’adaptation et les comportements qui peuvent la préserver.

Preuve de cet engagement, depuis l’automne 2016, le Grand Massif est devenu le premier domaine skiable au monde certifié Green Globe, la plus prestigieuse certification pour le monde du tourisme, pour l’ensemble de ses remontées mécaniques, ses pistes et leurs services associés.

La station a aussi à cœur de mettre en avant ses producteurs locaux avec l’initiative « Origine Grand Massif ». De nombreux restaurants, comme le « 1967 », proposent ainsi des cartes 100 % locales (ou presque) avec les spécialités de la vallée.

Et pour une plongée complète en pleine nature, le tout nouvel hôtel/gîte/restaurant Le Lapiaz, situé au beau milieu des pistes de Flaine propose une expérience unique. Une dizaine de chambres confortables accueillent les visiteurs qui peuvent aussi se régaler des spécialités locales au restaurant. Une autre façon de vivre cette station qui reste unique en France.