En une collection, Faiza Bouguessa a créé la sensation en attirant le regard de la diva planétaire Beyoncé. La styliste, jadis hôtesse de l’air, est entrée par la grande porte dans la fashionsphère. De Kylie Minogue à Sophia Bush en passant par Marion Cotillard, toutes ont adopté les codes de la griffe mixant les influences et les contrastes.


Lorsqu’elle sillonnait les continents à l’assaut des miles et des fuseaux horaires, Faiza Bouguessa ne rêvait que d’une chose : ouvrir sa boutique de mode éponyme. Un projet entêtant, presque « obsessionnel », habite l’ex-hôtesse de l’air d’Emirates. Pour la native de Romans-sur-Isère dans la Drôme, ses voyages au quatre coins du monde ont été sa meilleure école. En marquant l’étape dans des villes-laboratoires comme Los Angeles, Paris, Milan, Tokyo ou Dubaï, la jeune femme a été la spectatrice privilégiée de l’évolution de la mode, de ses courants mainstream comme alternatifs. Celle qui n’a jamais fréquenté les bancs d’institutions en vogue, présentées comme le précieux sésame pour toute carrière stylistique, revendique sa singularité autodidacte.

Et puis, ces longues heures consacrées à observer sa grand-mère couturière s’attelant à confectionner l’un des habits les plus complexes et raffinés du vestiaire algérien, le ‘Karakou’, ont également forgé sa dextérité. Revisité par Yves Saint Laurent, Christian Lacroix ou Elie Saab, le Karakou a été un bon point de départ pour se challenger. Pour Faiza Bouguessa, la mode c’est abolir les frontières, connecter des femmes par l’habit : qu’elles soient assises sur un trône à l’image de la reine Rania de Jordanie, l’une de ses clientes, ou assise dans une rame de métro parisien pour aller travailler. Avec style.

Tenue de porter l’uniforme de personnel navigant pendant des années, cette citoyenne du monde s’en libère mentalement en imaginant des silhouettes épurées, des coupes faussement minimalistes, des looks où elle se sentirait bien comme toutes ses homologues croisées dans le monde. Sous son trait de crayon, l’Auvergnate esquisse des dessins en pensant aux collections de la Britannique Phoebe Philo : « Chez Céline, elle a excellé dans l’art de libérer la femme en se focalisant sur le confort et la modernité ! », salue-t-elle. D’un voyage à l’autre, la globe-trotter peaufine son univers et se répète qu’elle doit oser l’aventure. A l’arrivée de son premier enfant en 2013, elle se dit que le timing est parfait.

 

Faiza Bouguessa
© Maison Faiza Bouguessa

 

Pour elle, le côté créatif va de pair avec le business afin de faire de son rêve un projet viable. « Je me suis documentée sur tous les aspects techniques, logistiques pour monter un véritable business plan », confie-t-elle. Quitter un job stable pour jouer les saltimbanques du chiffon, non merci ! Dans sa tête, il lui faut parler à toutes les femmes en se distinguant dès la première collection. Sa griffe est une ode à celles qui veulent être chics mais sobres, élégantes tout en portant des pièces basiques dont seul un œil expert saura déchiffrer la subtilité. Trench, blazers, robes en maille ajourée ou boutonnée à manches bouffantes, tons beige, taupe, sable, ébène et blanc immaculé signent son identité de marque.

 

Sous le post Instagram de la popstar américaine Beyoncé, des millions de « likes » d’anonymes et de people confirment qu’il se passe quelque chose dans ce microcosme. L’abaya revisitée devient glamour, incontournable, on l’accessoirise avec sa tenue de bureau ou du soir à l’envi.

 

Jusque-là rien de révolutionnaire… du moins pas assez pour passer au-dessus du radar. Le coup de maître de Faiza Bouguessa sera de mixer influences orientales et occidentales en osant l’abaya et le poncho qu’elle sublime par ses finitions savamment travaillées. Elle comprend également que le succès viendra de sa présence numérique. Dès lors, Instagram sera sa vitrine pour sortir de la confidentialité. Bientôt, l’improbable se produit. La styliste de Beyoncé la repère et souhaite collaborer. Même dans ses rêves les plus fous, la designer en herbe n’aurait jamais imaginé habiller la star planétaire ! Queen B craque pour l’une de ses abayas qu’elle porte lors d’un événement médiatique. La machine s’emballe : les fashionistas de tous pays s’enquièrent de cette nouvelle venue, les fans de la reine des charts font bugger le site internet de la Maison Bouguessa ; quant aux rédactrices en chef de mode, elles se posent des questions.

Le très respecté Vogue Italia dépêche une journaliste pour interviewer la Française. Un article qui vaut adoubement en lui ouvrant les portes des podiums de la Fashion Week de Milan en 2015. Au royaume – impitoyable – de la mode, certains attribuent ce succès à « la chance du débutant ». Cette fraîcheur exotique retombera aussi vite qu’elle est montée… Et puis vint la récidive de Beyoncé. Sous le post Instagram de la popstar américaine, des millions de « like » d’anonymes et de people confirment qu’il se passe quelque chose dans ce microcosme. L’abaya revisitée devient glamour, incontournable, on l’accessoirise avec sa tenue de bureau ou du soir à l’envi.

D’une Fashion Week à l’autre, Faiza Bouguessa fait son apparition dans le calendrier de la semaine de la mode parisienne en tant que créatrice émergente invitée. Un honneur au pays de Coco Chanel et de Christian Dior. L’enfant de Romans-sur-Isère, dite la ville de la chaussure, travaille d’arrache-pied pour préserver ce capital confiance. « Mon ambition a toujours été de proposer des modèle intemporels qui ont toujours l’air tendance même après avoir été portés pendant des années. J’ai cette vision claire depuis le début. Ma signature de chic ‘effortless’ est ce qui me caractérise. », expose-t-elle.

 

Faiza Bouguessa
© Maison Faiza Bouguessa

 

Quid de l’inspiration ? C’est à Dubaï, la ville qui ne dort jamais, qu’elle la trouve principalement. Le pays s’est doté d’un écosystème très actif pour soutenir les figures montantes de la mode à travers le Fashion Forward et le Fashion Council. L’Emirat boulimique d’initiatives en tous genres mise aussi sur ce secteur pour son rayonnement international, et une personnalité comme Faiza Bouguessa est un bon faire-valoir en termes d’image.

Evoquant une « énergie créatrice », la designer est en train de mettre la dernière patte à sa collection de modèles unisexes, une première, et lèvera bientôt le voile sur le lancement de son sac à main Bouguessa. Une autre nouveauté. La désormais designer-entrepreneure à succès est d’ores et déjà prête à survoler le monde post-Covid.

 

www.bouguessa.com

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