Parmi les premiers festivals musicaux de la saison estivale – en cette période de déconfinement -, cet événement du jazz manouche devrait attirer 5000 personnes la pelouse du parc du château de Fontainebleau du 1er au 4 juillet, tous munis de leur « pass sanitaire ». A l’affiche de sa 42ème édition, sont attendus « comme à la maison » des artistes tels que Thomas Dutronc et Ibrahim Maalouf, et bien d’autres prodiges de la guitare gitane. Rencontre avec son programmateur Sébastien Vidal, également directeur du Nice Jazz Festival, du club du Duc des Lombards et de TSF Jazz, à ses heures perdues…

 

Sébastien Vidal festival jazz
Portrait Sébastien Vidal photo ©JEAN-BAPTISTE MILLOT

 

Désirée de Lamarzelle : Quelle est la genèse du festival de Django Reinhardt ?

Sébastien Vidal : Avant de prendre une telle l’ampleur le festival a commencé très confidentiellement :  c’est une association créée en 1968 par des personnes qui habitaient le village de Samois-sur-Seine et qui voulaient monter un événement en hommage à Django Reinhardt.  Il a vécu et est d’ailleurs enterré là-bas. Avec des musiciens emmenés par le fils de Django, Babik Reinhardt, le festival de musique s’est installé en bord de Seine dans le village pour revenir chaque année.  Y venaient les pénichiers qui habitent l’écluse, les amateurs de musique et bien entendu des gens du voyage.

Vous avez vu grandir ce festival…

Je suis rentré dans l’aventure il y a 18 ans et l’association s’est au fur et à mesure professionnalisée et structurée en faisant rentrer un régisseur, puis un producteur exécutif. En 2003 qui était la date l’anniversaire des 50 de la disparition de Django Reinhardt, on a triplé la fréquentation du festival. Cela coïncidait en même temps avec un gros retour du jazz manouche.

Comment peut-on définir le jazz manouche ?

C’est une musique typiquement française inventée par un Français, Django Reinhardt (avec Stéphane Grappelli) basée sur un mélange de tradition et de  jazz. A l’instar du jazz qui a ses racines aux USA et a été inventé par les Afro-américains, c’est-à-dire un peuple qui a repris une place dans la société à travers sa musique, le jazz manouche fonctionne avec le même système de réappropriation culturelle. Si Django n’est pas un paria, on sait que les gens du voyage ont toujours été marginalisés et que cette musique permet de reprendre leur place dans la société…

Django Reinhardt est-il également très apprécié aux Etats-Unis ?

Ils adorent ça. Django a eu beaucoup de succès là-bas ; il y a d’ailleurs un festival à New York. C’est une musique qui mélange la chanson traditionnelle très « musette » avec le jazz et qui est aussi exotique que difficile à imiter pour les Américains. Les Français ont parfois  du mal à capitaliser là-dessus mais ils peuvent être très fiers de dire que nous avons réussi à créer un style à la fois rare et encore très vivant.

En France, le festival a triplé sa fréquentation…

Pour vous donner un éclairage, on est passé d’un budget global pour le festival de 200 000 euros à un million d’euros. Nous nous sommes installés dans le parc du château de Fontainebleau pour accueillir les festivaliers en plus grand nombre. Même si nous étions très tristes de quitter le cœur du festival à Samois-sur-Seine, ce n’était plus gérable en termes de places et de sécurité. On a néanmoins gardé l’idée de faire le démarrage de l’événement à Samois avec un concert gratuit et des pré-concerts dans d’autres lieux de la région avant de commencer les quatre jours de festival dans le magnifique parc du château de Fontainebleau.

Quel est le modèle économique du festival ?

La billeterie. Le festival ne gagne pas d’argent mais on veut bien être sponsorisé par Vuitton (rires). Mais il s’équilibre. Je travaille à titre de bénévole à l’instar de 250 autres bénévoles très impliqués sur place. J’ai toujours pensé que le festival devait se développer sur le territoire : nous organisons des « masterclasses » d’artistes que l’on envoie dans les écoles (le sud 77), mais également des résidences pour héberger – par exemple cette année Angelo Debarre – des musiciens avec la création d’un répertoire. Après, il y a l’économie induite pour la région car tous les hôtels camping et chambres sont « bookés » sur une période de quinze jours au moins. On accueille 6000 spectateurs dans une ville de 20 000 habitants.

Quels seront les temps forts de la prochaine édition ?

Je pense à Ibrahim Malouf qui est déjà venu et a toujours fait des spectacles incroyables : l’ADN de la musique est compatible avec ce qu’on défend en tant que culture nomade et métissée. Mais également Thomas Dutronc qui est un peu à la maison quand il vient. Enfin Stochelo Rosenberg a une carte blanche c’est-à-dire qu’il vient présenter trois groupes différents avec trois répertoires différents. Et enfin dimanche, Catherine Ringer qui apporte une ouverture sur les musiques actuelles au festival.

Que peut-on souhaiter au festival ?

Qu’il ne pleuve pas et que tout le monde ait son pass sanitaire. Cela sera assez simple car un test antigénique ou PCR ou vaccin permettra d’avoir un QR code valide pour entrer pour avoir la possibilité d’y assister avec 5000 autres personnes, et avec un masque.

Quelle est la prochaine grande figure du jazz manouche à suivre ?

Angelo Debarre qui est un immense musicien – mais également poète – qui écrit tous ses textes. Il vit à Samois et perpétue la tradition avec ses enfants. Mais je dirais également un groupe, « Les doigts de l’homme », et son guitariste Olivier Kikteff, qui très talenteux et prometteur.

Quel moment préférez-vous pendant le festival ?

Avant et après ! (rires) L’aventure humaine qu’est la construction collective de l’événement est toujours aussi enrichissante même si on ressort crevé ! Si cette année nous somme parmi les premiers festivals du déconfinement, il nous a fallu nous battre et y croire : on a bossé comme des fous , en imaginant 50 scénarios différents auxquels s’adapter à chaque fois. La souplesse est le cœur de notre métier après tout.

 

Le site du festival de Django Reinhardt

affiche Festival Django Reinhardt
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