OPINION | Les taux d’intérêt sont historiquement bas et l’habitude a été prise, dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, d’avoir des taux sans risque négatifs. Le vote du plan de relance de 1.900 milliards de dollars de Joe Biden, le 26 février 2021, par la Chambre des Représentants, a créé des tensions sur les taux ; en France le taux des OAT à 10 ans est repassé en territoire positif pour atteindre 0,20% le 14 mai 2021. Pourquoi cette remontée ? Parce que les marchés craignent une surchauffe de l’activité aux États-Unis et un retour de l’inflation.

 

Depuis lors, les marchés sont tiraillés entre deux logiques : d’une part, les bonnes nouvelles que sont les perspectives de sortie de la crise sanitaire grâce à la vaccination et la progression des profits des entreprises ; d’autre part, l’anticipation de la hausse des taux directeurs qui conduit les investisseurs à vendre leurs obligations à taux fixe car les nouvelles obligations offriront un rendement plus élevé. L’augmentation de l’offre d’obligations sur le marché secondaire fait baisser leurs prix.

Les intérêts et le remboursement de l’obligation à percevoir étant fixes, la baisse du prix d’une obligation se traduit par une hausse de son rendement. En effet, le rendement est le taux d’actualisation i tel que le prix P de l’obligation soit égal la somme des flux de trésorerie (intérêts et remboursement du principal) futurs, CFt, – actualisés à ce taux – que l’obligation procure à l’obligataire : P = somme des CFt/(1+i)t

Ainsi, si le prix P baisse, les flux de trésorerie futurs  étant fixés, le rendement i, qui figure au dénominateur, augmente. Les taux d’intérêt proposés par les nouvelles obligations à émettre (sur le marché primaire) s’alignent alors sur ce taux plus élevé.

Les investisseurs vendent également leurs actions pour acheter des obligations dont le rendement s’améliore. L’augmentation de l’offre d’actions se traduit par une baisse de leurs cours. Paradoxalement, l’anticipation de la reprise de l’activité fait baisser les marchés.

Il est indéniable que les prix des matières premières comme le pétrole, le cuivre ou le blé ont augmenté au cours des derniers mois ; cela se traduit par une augmentation du coût de revient des produits vendus que les entreprises doivent répercuter à leurs clients pour maintenir leurs marges. En outre, la distribution implicite de pouvoir d’achat par les plans Biden va se traduire par une augmentation de la demande intérieure.

Va-t-on pour autant vers une forte inflation ? Probablement pas car l’économie des Etats-Unis est ouverte sur le monde : ainsi, si les entreprises américaines ne peuvent répondre au surcroît de demande par une offre adaptée, les produits recherchés par les consommateurs seront importés. La hausse du déficit du commerce extérieur des Etats-Unis semble finalement plus probable qu’une forte inflation et une remontée significative des taux.

 

<<< À lire également : Le financement du capital-risque a atteint un record en 2020 >>>