Souvenez-vous. C’était au mois de juin 2019. L’introduction en bourse de Slack, la messagerie d’entreprise américaine, devait tout casser ! Et effectivement la start-up a cartonné lors de son introduction en Bourse, battant de 50% les propres anticipations de Wall Street. Sa valorisation a grimpé à 20 milliards de dollars. Depuis c’est la dégringolade.

Sûr de lui, son actionnaire principal, SoftBank, avait même choisi une technique rare à Wall Street, la cotation directe. Comme l’explique Hubert Couëdic dans le Revenu, dans ce type de procédure, «  les introducteurs mettent à disposition du marché un certain nombre de titres destinés à être cédés le premier jour de la cotation. Un prix minimal, déterminé à l’avance, permet de protéger le capital des émetteurs. Cette procédure d’introduction en Bourse est particulièrement adaptée aux opérations dites de spin off, à savoir quand une entreprise se sépare d’une partie de ses activités. À la clé, une économie importante sur les frais et commissions des banques par rapport à une introduction classique (IPO en anglais) avec levée de fonds et le moyen pour les émetteurs de vendre leurs actions aux investisseurs sur le marché sans subir les contraintes des clauses dites de lock-up qui obligent les actionnaires historiques à conserver leurs actions plusieurs mois après la première cotation pour éviter un retour de papier trop rapide sur le marché… »

Mais l’euphorie a été de courte durée. Depuis son introduction en Bourse le 20 juin dernier par cotation directe, l’action Slack a perdu presque 50% de sa valeur.

Comme l’explique Jérémy Taïeb, analyste chez FaberNovel, Slack, valorisée à presque 24 milliards de dollars à son entrée en bourse vaut 12 milliards de dollars aujourd’hui (-50%). Des variations de valeur illustrent 3 tendances actuelles : les investisseurs se montrent en ce moment plus prudents et préfèrent éviter les entreprises qui ne montrent à court ou moyen long terme aucune perspective de rentabilité. La gouvernance d’une entreprise est souvent clé afin de fédérer une communauté et être crédible auprès de ses actionnaires.

Les marchés proposent des multiples plus raisonnables pour les entreprises qui correspondent à des objectifs plus réalistes. Slack, par exemple, a été valorisée au moment de son entrée en Bourse en estimant que l’entreprise arriverait à faire près de 50% de croissance de son chiffre d’affaires pendant 2 ans (objectif ambitieux mais réalisable) mais avec un multiple de valorisation EV/Sales pour 2019 extrêmement élevé et largement supérieur aux autres entreprises Tech : 20x contre 10x en moyenne. Fabernovel avait fait l’exercice de valorisation de Slack il y a 6 mois, juste avant son entrée en Bourse pour l’étude Gafanomics – Slack, the future workplace – en prenant des multiples de valorisation plus faibles (10 – 11x) et des hypothèses de croissance réalistes (50% sur 3 ans) pour arriver à une valorisation de près de 10 milliards de dollars – soit presque sa valorisation actuelle.