La situation devrait devenir très complexe pour la FED. De la manière dont elle résoudra l’équation à multiples inconnues qui va se poser à elle dépendra en large partie la tenue de l’économie mondiale et donc des marchés financiers dans les prochains mois.

Résumé des épisodes précédents : dès le début de la crise de 2008, la FED a engagé une politique monétaire non conventionnelle. Pour synthétiser, elle a toléré un accroissement très important de la taille de son bilan. Elle a « inondé » l’économie de liquidités. Cette politique a permis à l’économie américaine de repartir de l’avant et 10 ans après la croissance est toujours là et le chômage est au plus bas depuis 1969.

Cette politique monétaire très accommodante a été très critiquée et présente de forts inconvénients. Un trop fort afflux de liquidités peut générer au fil du temps des déséquilibres dans les marchés (les fameuses « bulles ») et à terme dans l’économie. L’autre inconvénient réside dans le phénomène d’accoutumance des marchés à ce soutien permanent. A chaque phase de doute ou de ralentissement, la FED a apporté les liquidités nécessaires et a pu donner une impression de sécurité aux intervenants…qui ont donc pu accroître le niveau de risque de leurs portefeuilles en tablant sur le soutien de la FED en cas de problème.


Le paysage a changé, très  progressivement depuis la fin 2015 : la FED a commencé à monter ses taux. Ben Bernanke, Janet Yellen et maintenant Jay Powell (les présidents successifs de la FED) ont indiqué clairement que la Réserve Fédérale normaliserait inéluctablement sa politique monétaire.

Cette décision mûrement réfléchie, sur laquelle les membres de la FED communiquent sans relâche, est logique : l’économie américaine va bien, le chômage est bas et l’inflation, via les hausses de salaires repart un peu.

Début octobre, la FED a remonté ses taux pour la 3ème fois depuis début 2018 pour les porter à 2.0-2.25%. Plus significatif de la volonté de la FED : son bilan. Il devrait encore baisser pour réellement normaliser sa politique monétaire. Cela réduira mécaniquement la liquidité disponible dans l’économie américaine car ce sont environ 40 Milliards de $ par mois qui sont retirés par la FED. C’est la seule grande Banque centrale qui réduit son bilan.

Désormais la FED va entrer dans une phase cruciale. Son scénario central reste inchangé depuis plusieurs mois : ralentissement très progressif de l’économie d’ici 2021, chômage stable sur les prochains trimestres, inflation maîtrisée autour de 2%. Ce scénario est idéal pour les Etats-Unis qui seraient ainsi en relativement bonne posture pour faire face au prochain ralentissement de la conjoncture. Mais la période actuelle est semée d’embûches. Imaginons quelques hypothèses.

  • Les marchés obligataires se dégradent fortement (les taux longs montent sur les marchés). C’est un des éléments clés de la baisse des marchés actions la semaine dernière. Dans ce scénario, les risques de ralentissement de la conjoncture font que la FED serait amenée à revoir son scénario et, peut-être, retarder voire annuler ses prochaines hausses des taux contredisant ainsi sa communication. Cela provoquerait probablement un appel d’air pour les marchés actions, ferait baisser le dollar et donnerait de l’air aux marchés émergents.
  • Situation différente : l’économie américaine s’emballe, l’inflation tirée par les salaires accélère encore et s’approche des 3%. Dans ce scénario au contraire, la FED est contrainte d’agir plus fortement et de monter ses taux courts plus rapidement et plus fortement que prévu initialement. Le dollar monte alors nettement, inquiets de l’inflation, les marchés actions anticipent un ralentissement prochain provoqué par la FED. Les taux longs montent dans un premier temps mais eux aussi anticipent un ralentissement économique et la hausse des rendements est limitée.
  • La pression politique de D. Trump pour une banque centrale plus accommodante s’amplifie. Même si finalement l’indépendance de la FED n’est pas remise en cause, sa crédibilité est altérée et finit par miner la confiance dans le Dollar.
  • Après les élections de mi-mandat D.Trump s’engage dans de nouvelles réductions d’impôts. La FED est sous grosse pression car le niveau de dettes rend les marchés très nerveux mais elle est coincée…elle ne peut pas trop monter ses taux sous peine de dégrader encore plus la situation des marchés obligataires.

Pour le moment le scénario central de la FED reste le plus probable mais force est de constater qu’un dérapage sur un des scénarios évoqués ci-dessus (parmi d’autres) est possible et rendrait la tâche très difficile pour la Banque centrale américaine et pour les marchés financiers…la FED pourrait donc traverser une période test à court-terme avec de nombreuses implications pour l’ensemble de la planète financière..