Suite à l’incendie dévastateur qui a détruit une grande partie de Notre-Dame lundi soir et mardi matin, les dons pour la reconstruction de la cathédrale ont afflué. Les plus conséquents se sont néanmoins vus vivement critiqués.

Des milliardaires français, dont François-Henri Pinault, la famille Arnault et la famille Bettencourt Meyers, ont donné un total de 680 millions de dollars pour la reconstruction du monument historique parisien.


D’autres dons ont été faits par des grandes entreprises françaises. Le géant pétrolier Total a annoncé une contribution de 100 millions d’euros, et la multinationale JCDecaux et la banque Société Générale se sont engagés respectivement à hauteur de 20 millions d’euros et 10 millions d’euros. Apple, entreprise la plus riche au monde, a également déclaré qu’elle contribuerait à la reconstruction de Notre-Dame.

Il ne s’agit pas uniquement de dons d’argent : les domaines historiques de Grande-Bretagne s’engageront à planter un chêne, environ 1 300 arbres ayant été utilisés dans la construction originale du toit de Notre-Dame.

Plusieurs villes hongroises font également un don à la cause afin de rembourser une dette séculaire : en 1879, la ville de Szeged fut presque entièrement détruite par une inondation dévastatrice. La France a grandement aidé à sa reconstruction et la Hongrie souhaite à présent renvoyer l’ascenseur.

Le retour de flamme

La vague de bonne volonté a été vivement critiquée, notamment sur les réseaux sociaux. Le golfeur Thomas Pieters a été forcé de supprimer un tweet dans lequel il critiquait vivement les dons vers Notre-Dame.

La journaliste britannique Janet Street-Porter a déclaré que les dons seraient mieux dépensés en faveur de problèmes sociaux, un point de vue partagé par l’auteure américaine Kristan Higgins, qui a tweeté : « Faites un don pour aider le Porto Rico à se rétablir. Faites un don pour que les habitants de Flint aient de l’eau potable. Faites un don pour sortir les enfants des cages. Jésus se fichait des vitraux. Il se souciait des êtres humains. »

Philippe Poutou a également qualifié les dons des plus riches de « concours de fraudeurs fiscaux ». S’il y avait un système fiscal adéquat, a-t-il déclaré sur Twitter, il pourrait y avoir un fonds social pour ces questions. 

Dans le Huffington Post, l’écrivain et historien Mike Stuchbery rappelle aux donateurs leur responsabilité envers les pauvres : « Il est important pour certains de se rappeler qu’un si bel édifice a été construit pour célébrer une foi qui met l’accent sur l’aide et le réconfort aux pauvres, peu importe qui ils sont. »

Les réseaux sociaux sont animés par des sentiments similaires. Le quotidien britannique Metro a vu sa page Facebook inondée de réactions indignées, telles que : « Plus de 300 millions sont donnés !!!!! Cela pourrait sauver des milliers de vies dans le monde. »

L’effet boule de neige

De tels élans de critiques risquent de forcer les riches à ne pas donner du tout. C’est déjà le cas au Royaume-Uni : le ressentiment à l’égard de l’implication de la famille Sackler dans la crise des opioïdes a forcé la fondation familiale à suspendre tout don. Il se pourrait que ce genre de réactions négatives n’en soient qu’à leur début.

Dans le cas de Notre-Dame, l’argument est binaire. Les appels lancés aux donateurs pour donner contre la pauvreté, et non à Notre-Dame, ignorent le fait que de nombreux milliardaires font déjà des dons à de multiples causes.

D’une manière générale, il est à craindre que les pressions exercées par le public sur les philanthropes ne fassent que réduire leurs donations. Le mépris envers leurs intérêts commerciaux, leurs arrangements fiscaux ou leurs motivations philanthropiques ne les fera pas donner plus d’argent.

Alors que les dons affluent, le débat fait rage. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a déclaré mardi à BFMTV : « La controverse est minable. Il y a une formidable mobilisation de tous, nous atteindrons un milliard de dons dans la journée. Nous devons maintenir cet élan. »