Après la publication des résultats semestriels des grandes banques européennes, l’heure est à l’action et aux annonces de suppressions d’emplois sous couvert de plans de restructuration. Et ce phénomène est largement généralisé en Europe de l’Ouest.

 


Une large majorité des banques du vieux continent se lancent dans des plans drastiques de réduction des coûts et donc des effectifs. Ces orientations stratégiques sont largement imputables au contexte économique et politique européen avec les incertitudes autour du Brexit, mais aussi à une concurrence internationale accrue. Et le contexte réglementaire européen d’accentuer les craintes du secteur en cette fin d’année.

 

Les taux d’intérêt négatifs durables pèsent lourdement sur la rentabilité du système bancaire              

Les taux d’intérêt des crédits proposés par les banques atteignent des niveaux historiquement bas, alors que les taux directeurs s’installent durablement en territoire négatif. En Europe, la Banque Centrale Européenne a entamé sa politique monétaire de baisse des taux qu’en 2011, soit deux ans après la Réserve Fédérale aux États-Unis, et les taux négatifs pèsent aujourd’hui durablement sur les économies Française et Allemande, plongeant dans le même temps les banques dans une situation délicate. En effet, ces conditions incitent certains agents économiques (entreprises et ménages) à renégocier massivement leurs crédits et se refinancer. De fait, les marges des banques sont rognées et la stratégie adoptée dès lors par les institutions financières a été de miser au maximum sur l’effet volume. Lorsque les marges sont faibles, les établissements sont amenés à multiplier leur volume afin de préserver leur produit net bancaire. Cette stratégie a été rendue possible par un coût du risque au plancher, favorisant ainsi l’octroi de crédit dans un univers du financement hyper concurrentiel. Mais la montée des incertitudes quant à la conjoncture, l’approche d’un potentiel dénouement autour de la question du Brexit et les tensions commerciales internationales mettent en danger cette stratégie. Un retournement de la conjoncture impliquerait une hausse du cout du risque qui pèserait lourdement sur les bilans des banques. Par ailleurs, certains indicateurs sont aujourd’hui préoccupants. Les défaillances d’entreprises en France, qui suivaient une tendance baissière ininterrompue depuis ces dernières années, connaissent un léger rebond avec une hausse de 1,5 % à fin juin 2019 et 0,8% en Juillet. Et ce sont les entreprises de taille moyennes qui connaissent la plus forte croissance des défaillances avec une hausse de plus de 8% en Juillet 2019. De plus, le secteur du tourisme et du transport fait l’actualité avec des acteurs majeurs et historiques comme la célèbre agence de voyage Thomas Cook placé récemment en liquidation judiciaire.

La concurrence américaine entraine des mesures drastiques en Europe

Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les banques américaines tirent leur épingle du jeu. Avec une rentabilité de 11 %, elles affichent 4 points de pourcentage de plus que leurs homologues européennes. Ce qui contraint ces dernières à une plus grande maîtrise des leurs coûts de fonctionnement. Et ceci se caractérise avec les plans de restructuration qui font la une de l’actualité ces dernières semaines. En travaillant activement à la réduction de leur coûts (et par la même de leurs effectifs) les banques européennes souhaitent parvenir à retrouver une meilleure rentabilité en continuant à financer les agents économiques. Et d’accélérer les programmes de cessions d’actifs ou d’activité afin de libérer du capital et donc des capacités de financement plus importantes.

Le deuxième levier sur lequel les banques européennes peuvent actionner est le virage du numérique. Bien que ce dernier figure dans les stratégies de la plupart des grandes institutions financières, la digitalisation, pour porter ses fruits doit encore aller plus loin. Et les investissements pour parvenir à tirer tous les avantages du virage du numérique devraient s’accentuer même dans cette période de « disette ». Il apparait dès lors primordial que les plans de restructuration ne freinent les dynamiques des investissements dans la digitalisation afin de rattraper les retards accumulés en comparaison des autres grandes économies financiarisées.

 

Les pressions réglementaires inquiètent les banques européennes

Alors que le contexte économique est incertain et que les défis sont nombreux, les réglementations internationales et européennes se multiplient et la pression est mise sur les institutions les plus fragiles. En France, on distingue une dualité entre les banques mutualistes, surcapitalisées et peu sensibles aux nouvelles orientations réglementaires, et les grands établissements internationalisés sur qui pèse la menace d’un fort renforcement des exigences en fonds propres. Et le calendrier s’avère très ambitieux, avec des mises en œuvre progressives dès 2021. Bien que les autorités arguent d’un calendrier réaliste de mise en œuvre jusqu’en 2027, le rythme du renforcement des exigences est lui plus opaque. Ce qui génère des inquiétudes sur les capacités des banques à pouvoir renforcer les fonds propres sans réduire les capacités de financement ou effectuer des augmentations de capital qui pourraient peser sur leur cours de bourse, et créer la défiance des investisseurs tant nationaux qu’Européens.

 

Une fin année pleine d’incertitude

Le système bancaire européen vit aujourd’hui une période particulièrement difficile. Et il apparait particulièrement fragile face à un retournement des conditions macroéconomiques mondiales. Bien que le risque de récession ne soit pas prévu avant la fin d’année, le ralentissement lui est patent, comme le soulignait Mario Draghi lors de l’annonce de baisse des taux jeudi 12 Septembre. Ce dernier en appelle aux relances budgétaires en Europe, en ciblant les pays qui disposent de marges de manœuvre. Rien n’est plus certain que la France avec sa dette pesant près de 100 % de son PIB et un déficit chronique toujours au-dessus des prévisions n’en fait pas partie.

 

Article rédigé par Pierre-Michel Becquet, BSI Economics