En dépit de son incapacité à disposer de la majorité absolue à la Chambre des Communes, Theresa May a « redonné le sourire » à la Bourse de Londres qui progresse dans la foulée de ce scrutin, tandis qu’à l’inverse, la livre sterling retrouve son plus bas niveau depuis le 18 avril… date de l’annonce, par la principale intéressée, de la tenue d’élections législatives anticipées.

L’entretien traditionnel avec la reine Elisabeth II a au moins permis – au-delà de son caractère honorifique – à Theresa May de reprendre un peu de hauteur et d’oublier temporairement les turpitudes d’une soirée électorale décevante, doux euphémisme, pour le camp conservateur. A l’issue de cette entrevue, la Première ministre sortante a annoncé, avec l’onction du Palais, qu’elle allait s’atteler à la formation d’un nouveau gouvernement. Les tractations vont d’ailleurs bon train pour tenter de rallier à sa cause d’autres petites formations politique dans le cadre d’une coalition. Selon la chaîne de télévision Sky News, Theresa May serait justement en discussion avec le Parti unioniste démocrate (DUP, protestant) d’Irlande du Nord qui a remporté dix sièges. Si ces discussions aboutissent, Theresa May disposerait, arithmétiquement du moins, d’une majorité à sa main.

Dès lors, forts du retour de ce risque politique, quelle a été l’attitude des marchés actions ? La Bourse de Londres a ouvert en hausse… en réaction à la baisse de la livre sterling, la majorité des sociétés cotées au sein du célèbre FTSE 100 réalisant l’essentiel de leurs ventes hors du Royaume-Uni. De facto, l’indice « plus large » Footsie 250, qui regroupe les moyennes capitalisations britanniques essentiellement domestiques, reculait de 0,56% en milieu d’après-midi. Hormis cet « effet mécanique », le « flegme » des investisseurs semble également expliquer cette hausse qui, de prime abord, peut surprendre. « Les réactions modérées des marchés financiers reflètent en quelque sorte leur sentiment de déjà-vu. Rappelons qu’au cours des douze derniers mois, ils ont également dû absorber les chocs relatifs au résultat du referendum de l’UE et à l’élection du président Trump », explique Lucy O’Caroll, cité par Reuters, et économiste chez Aberdeen Asset Management.

Les négociations autour du Brexit, le « juge de paix »

En dépit de ce calme apparent, le risque existe et pourrait atteindre les marchés financiers en cas d’échec des négociations entre Londres et Bruxelles dans le cadre des discussions de sortie du Royaume-Uni. C’était d’ailleurs « le but de la manœuvre » : convoquer des élections législatives anticipées, les remporter sans coup férir, et ainsi se présenter « fière comme Artaban » devant les huiles européennes, auréolée d’une légitimité incontestable et incontestée. Pari ambitieux, mais pari perdu tout de même par Theresa May et ses troupes. Toutefois, ce « risque », s’il existe, pourrait se heurter à la réalité du rapport de force, comme le souligne Mike Clements, responsable de la gestion actions européennes chez Syz Asset Management.

« D’une part, la Grande-Bretagne est dans une position de négociation plus faible qu’auparavant grâce à la tentative échouée de Mme May d’augmenter sa majorité. D’autre part, le résultat augmente la probabilité que la Grande-Bretagne risque de devoir faire davantage de compromis (c’est-à-dire opter pour un « soft » Brexit plutôt qu’un « hard » Brexit), ce qui réduit sensiblement les risques de volatilité aiguë sur les marchés financiers ». Les conservateurs ayant échoué à obtenir la majorité absolue, difficile dès lors, pour la Grande-Bretagne d’imposer ses vues à la Commission européenne. Le nouveau gouvernement de Theresa May, s’il voit le jour, sera davantage adepte de la politique des « petits souliers » que de celle de la « terre brûlée » en somme.  

Le CAC 40 grignote

La donne est peu ou prou similaire sur les marchés actions parisiens où le CAC 40 grimpe de 0,62%, faisant fi de l’incertitude politique britannique, tout en profitant allègrement du repli de l’euro dans la foulée d’une communication décevante de la banque centrale européenne. En outre, les investisseurs de la cote parisienne privilégient la prudence à la veille d’un week-end électorale en France. Même si le résultat devrait s’avérer sans surprise, les « marcheurs » de Macron devraient, en effet, débouler en force dans les travées du Palais Bourbon.

Du côté des valeurs, à noter la belle performance quotidienne d’Airbus qui reste solidement arrimé dans le peloton de tête du CAC 40. En effet, le second avionneur mondial, Airbus, a fait état vendredi de ses projections, à savoir un marché mondial de quelque 35 000 nouveaux avions pour une valeur totale de 5 300 milliards de dollars d’ici 20 ans, grâce à la croissance de la classe moyenne, en particulier en Asie-Pacifique, et à l’explosion du trafic domestique en Chine. Autre action particulièrement en vue, celle de Carrefour qui profite ainsi de la bienveillance – et de l’espoir – des investisseurs après la nomination, ce vendredi, d’Alexandre Bompard à la tête du géant mondial de la distribution.