Le Bitcoin continue sa chevauchée fantastique et a franchi un énième record ce mercredi, son cours dépassant allègrement les 11 000 dollars avec une envolée de 1 000 dollars en seulement 12 heures. « Bulle » pour les uns, « révolution » pour les autres, les appels à la prudence se multiplient néanmoins.

« Qui peut dire qu’il n’atteindra pas les 100 000 dollars ? » Une prophétie qui aurait pu paraître complètement absurde il y a quelques mois, voire quelques semaines, mais qui désormais fait office de simple projection au regard de l’irrésistible ascension du Bitcoin. Des propos émanant d’Andrew Milligan, directeur de la stratégie d’investissement chez l’assureur Standard Life, et qui sonnent néanmoins comme un avertissement invitant les spéculateurs en herbe à la plus grande précaution avec un instrument particulièrement volatile reposant sur un marché non régulé. « C’est vraiment une bulle qui va fortement se corriger à un moment donné et les gens doivent être très prudents », a déclaré pour sa part Garrick Hileman, chercheur à l’école de commerce de l’Université de Cambridge. Avant de tenter de décrypter le « phénomène » Bitcoin de ces derniers mois.


« Ce qui se passe en ce moment n’a rien à voir avec la fonctionnalité de bitcoin en tant que devise, c’est une véritable frénésie qui s’est installée ». Une analyse empreinte de lucidité et pondérée, à rebours des propos outranciers de Jamie Dimon, omnipotent patron de JPMorgan, qui qualifiait le Bitcoin de fraude en septembre quand celui-ci se traitait « à peine » autour de 4 000 dollars. Mais c’est peu dire, en attendant, que la reine des cryptomonnaies continue de susciter le débat et la controverse. Au-delà du Bitcoin en lui-même,  c’est davantage sa manière de l’appréhender qui pourrait s’avérer périlleuse, et à ce titre mérite amplement le qualificatif de « bulle ».  Car la proportion d’utilisateurs qui achètent du bitcoin en vue de l’échanger est désormais infime par rapport à ceux qui spéculent afin d’accroître leur capital.

La prochaine crise financière ?

Si certains Etats, comme L’Inde ou la Chine, semblent bien déterminés à prendre leur part du « gâteau Bitcoin », ambitionnant de lancer une cryptomonnaie nationale, d’autres, comme le Maroc, ont purement et simplement interdit le bitcoin sur leur territoire, les autorités marocaines craignant, par exemple, que la monnaie nationale soit délaissée et qualifiant « d’occultes » l’ensemble de ces monnaies numériques.  «« Ces monnaies virtuelles suscitent la défiance de tout ce qui est organisé et régulé. Le paradigme de base des cryptocurrencies est justement celui-ci : moins de centralisation, moins de régulation et plus de pouvoir entre les mains des utilisateurs », affirme Jean-David Bénichou, expert en « cryptocurrencies » et PDG de Via.io, interrogé par Forbes France .  De facto, introduire un tiers « officiel » au sein de cette relation semble donc voué à l’échec, selon le spécialiste.

Une analyse pas forcément partagée par tous. Ainsi, Tristan Colombet, PDG de DomRaider, l’une des premières entreprises françaises à avoir procédé à une levée de fonds en cryptomonnaies, estime que cette ingérence pourrait s’avérer bénéfique. « Je pense que c’est une excellente chose que les Etats se saisissent de la question dans une optique d’encadrement. Je vois cela comme une véritable avancée. Mais je suis, en revanche, plus dubitatif concernant un blocage complet, comme l’a fait le Maroc. Cette position ne peut être que temporaire car, à moins de couper purement et simplement l’accès internet à la population, il me semble difficile d’empêcher l’accès aux cryptomonnaies ». Mais d’autres autorités tirent néanmoins la sonnette d’alarme.

Actif le plus apprécié en 2017

Comme Garrick Hileman, cité plus haut, qui, la semaine dernière lors d’une conférence à la Banque d’Angleterre, a estimé qu’il était plausible que l’ensemble du marché s’écroule tel un château de cartes. « Il y a toujours la possibilité qu’un défaut fondamental de cryptographie qu’on ne peut pas résoudre provoque un cratère couvrant tout l’espace, ou que les régulateurs s’unissent et décident que cela représente un risque systémique qui pourrait déboucher sur la prochaine crise financière ».  Toujours est-il que le bitcoin est incontestablement la vedette de l’année puisqu’il est l’actif dont la valeur s’est le plus appréciée en 2017. Sa valorisation s’est accélérée au cours des derniers mois après que des opérateurs de marchés comme CME Group et le Chicago Board Options Exchange (CBOE) ont annoncé leur intention de lancer des contrats à termes sur cet actif. Une hausse également imputable à une demande nouvelle des investisseurs institutionnels.  En attendant, le Bitcoin reprend son souffle et était redescendu, ce jeudi matin, sous les 10 000 dollars.