Pour comprendre la révolution que représente la blockchain, j’aime remonter loin dans le temps et essayer de comprendre les différentes étapes de l’histoire de la monnaie.

Tout d’abord, si je devais définir la monnaie, je dirais qu’elle a trois fonctions : c’est un intermédiaire d’échange, c’est une unité de compte, mais aussi une réserve de valeur.


A l’origine de l’histoire de l’humanité, les échanges de biens se faisaient sur la base du troc avec des unités de compte : une chèvre contre 5 poulets ou contre 50 bananes. Et cependant, aucun de ces biens ne pouvait servir de réserve de valeur : simplement parce que le poulet et la chèvre meurent, et que la banane pourrit. Alors sont apparues ce qu’on appelle des paléo-monnaies, par exemple des coquillages nacrés, infalsifiables et donc qui étaient rares dans les contrées montagneuses, pour justement servir non seulement d’intermédiaire d’échange et d’unité de compte, mais aussi de réserve de valeur.

La garantie de valeur de la monnaie a ensuite été apportée par la rareté de son support (des pièces d’or ou d’électrum dans l’Antiquité) et également par le fait qu’elle était estampillée ou frappée par un garant : l’Empire romain ou l’Empire chinois Qin, puis les seigneurs médiévaux et les cités-Etats d’Italie.

Ensuite, au fil des siècles, nous sommes passés de ces monnaies qui avaient une valeur intrinsèque (convertibles en or) à des monnaies dites fiduciaires, c’est-à-dire sans valeur intrinsèque, mais basées sur la confiance en un Etat et sa banque centrale – et c’est le cas de nos unités monétaires actuelles (l’euro, le dollar) qui ont perdu toute convertibilité en or mais qui sont garanties par la confiance dans nos Etats.

De surcroît, la monnaie physique (les billets et les pièces de monnaies physiques, palpables) laisse de plus en plus la place à une monnaie scripturale, c’est-à-dire littéralement écrite sur des registres sans être systématiquement associée à son support physique.

La troisième étape de cette évolution de la monnaie, c’est la numérisation : les échanges se font désormais sous forme électronique, digitale, avec des cartes bancaires et des paiements en ligne, et où l’organisme de contrôle n’intervient pas directement.

Enfin, nous y arrivons, la blockchain est en train de permettre d’ouvrir un nouveau chapitre révolutionnaire dans cette “Histoire de la Monnaie”, avec justement l’émergence des crypto-monnaies : et là, non seulement la monnaie est devenue digitale, mais elle devient dissociée de tout organisme central de contrôle.

Ces crypto-monnaies constituent une forme de monnaie numérique totalement différente de tout ce que nous avons vu auparavant ! Pourtant, la technologie de la blockchain permet de préserver l’essence de la monnaie : c’est un jeton abstrait qui est en soi immuable, infaillible, éternel, qui conserve sa valeur et qui représente l’échange de valeur, qui ne peut être saisi ou gelé, qui peut être transmis partout dans le monde, peut être vérifié indépendamment par quiconque le reçoit.

Mais elle n’est contrôlée par personne.