La banque centrale européenne pourrait voler au secours de l’Italie, en augmentant temporairement ses achats de dette souveraine, si le projet de réforme constitutionnelle porté par Matteo Renzi venait à être rejeté dimanche par les électeurs.

L’Europe retient son souffle. Après la déflagration engendrée par le « Brexit » au mois de juin dernier, c’est au tour de l’Italie de jouer avec les nerfs des marchés financiers et de mettre à mal la cohésion européenne. En ligne de mire : les rendements obligataires italiens en progression continue depuis plusieurs semaines mais qui, en cas de rejet du projet de réforme constitutionnelle ce dimanche, pourraient s’envoler davantage.

Pour parer à cette situation, et contenir l’onde de choc sur les marchés, la BCE pourrait, selon plusieurs sources citées par Reuters, dégainer son programme de rachats d’actifs de 80 milliards d’euros par mois pour acheter des obligations italiennes et, ainsi, soutenir leurs cours. « Le Conseil des gouverneurs de la BCE estime qu’il y a une marge de manœuvre pour aider l’Italie qui sera utilisée si nécessaire », souligne l’une de ces sources.

Et de poursuivre. « Le programme de rachat d’actifs prévoit une certaine flexibilité. Le point crucial est que la BCE doit être convaincue que la volatilité peut être surmontée par le recours à cette flexibilité ». Si l’institution basée à Francfort s’est refusée à commenter ces rumeurs, la Bourse de Milan a, à l’inverse, pris acte de ces éléments et a accru ses gains, mardi en fin de journée, dans la foulée de la publication de ces informations.

Un tiers des créances douteuses de la zone euro

Malgré cela, l’incertitude continue de prédominer, comme le relate notre contributeur, Christophe Barraud, Chef économiste chez Market Securities. « L’inconnu est l’ennemie des marchés boursiers, et dans ce contexte, la première réaction sera de sanctionner les banques italiennes ainsi que la dette souveraine. En effet, le poids de la dette gouvernementale est déjà bien assez lourd pour l’Italie (supérieur à 130% du PIB) et un tel choc ne ferait qu’aggraver la situation ».

Des banques italiennes qui suscitent de grandes inquiétudes depuis plusieurs mois. Si la BCE s’est refusée à confirmer ou infirmer de potentiels rachats de dette souveraine, elle a dévoilé « le bilan de santé » des banques transalpines et, c’est un euphémisme, celui-ci est particulièrement préoccupant.

Les banques italiennes dans l’œil du cyclone

En effet, les 14 grands établissements italiens détiennent, à eux seuls, près d’un tiers des 990 milliards d’euros de créances douteuses de la zone euro soit l’équivalent de 286 millions d’euros. Si les banques italiennes ont, d’ores et déjà, provisionné leurs créances douteuses, leur ratio de couverture – à 44,6% comme l’évoque Reuters- est bien plus élevé qu’au Portugal ou à Chypre,  deux autres pays particulièrement exposés.

Un taux qui inquiète particulièrement les investisseurs qui craignent que les banques peinent à lever des capitaux, pour compenser ces créances douteuses, en cas de victoire du « non ». Un scenario qui aurait des conséquences dévastatrices. Outre la défiance des marchés, l’Italie pourrait faire face à une véritable crise politique, le rejet de la réforme constitutionnelle pouvant coûter son poste de président du Conseil à Matteo Renzi. Une période trouble sur laquelle pourraient « surfer » les « eurosceptiques » du mouvement « 5 étoiles » (M5S) de Beppe Grillo pour tenter de poser la question de la présence de l’Italie au sein de l’Union européenne, le syllogisme « Italexit » commençant à faire florès de l’autre côté des Alpes. Si cette éventualité semble encore prématurée, la tentation d’une sortie de l’Italie du giron européen pourrait prendre davantage d’épaisseur en cas de victoire du « non » ce dimanche.