Malgré une période haussière parmi les plus longues jamais connues, la crise financière de 2007/2008 et la grande récession qui a suivi pourraient avoir modifié durablement l’approche des investisseurs. En dépit de leur optimisme, la génération Y (les « Millennials ») a adopté une philosophie d’investissement plus proche de celles de leurs grands-parents, issus de la grande dépression, que de leurs parents, issus du baby boom. Quelles sont les conséquences de ces changements pour les marchés financiers ?

 

Il aura fallu neuf ans aux marchés financiers pour sortir de l’ornière. Quant aux investisseurs, certains comportements ont peut-être changé de façon définitive. Et cela malgré les preuves évidentes d’une reprise économique dans les pays développés, comme en témoigne la période haussière la plus longue et la plus robuste de ces dernières décennies – et la persistance de la tendance haussière sur les marchés obligataires, en dépit du retrait progressif des mesures de relance monétaire.

Les résultats de l’enquête mondiale menée par Legg Mason sur les comportements d’investissement (Global Investment Survey) montrent clairement l’impact de la crise financière de 2007/2008. Dans les 17 pays concernés par cette enquête, plus de la moitié (57 %) des investisseurs actuels affirment que leurs décisions d’investissement restent influencées par le krach boursier de 2007/2008 et la récession qui a suivi.

Les impacts sur la génération Y

Cette influence sur le comportement des investisseurs est particulièrement marquée pour la génération Y. Ils ont atteint leur majorité pendant la crise, au moment où ils avaient pour la première fois l’opportunité d’épargner, d’investir ou de dépenser, et les effets de ces changements pourraient s’avérer définitifs et se répercuter sur l’économie mondiale pendant plusieurs décennies. 

Ces changements se traduisent déjà sur leurs comptes en banque : les jeunes adultes épargnent désormais comme le faisaient leurs grands-parents qui ont connu la grande dépression, et pour les mêmes raisons. Pour autant, ils sont pour la plupart moins frileux que leurs parents issus de la génération du baby boom.  Est-ce parce qu’ils ont plus de temps devant eux pour rattraper leurs erreurs, ou s’agit-il de l’espoir qui l’emporte sur l’expérience ? 

L’aversion au risque de la génération Y n’est que de 8% inférieure à celle des baby-boomers alors qu’elle a pourtant un horizon d’investissement beaucoup plus long. Mais un écart dans leur comportement pourrait se répercuter sur les générations futures. Les effets potentiels sont notamment : une tendance plus marquée à l’épargne et à l’investissement plutôt qu’à la consommation, un intérêt accru pour l’investissement ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), et une tendance forte à la consommation directe d’informations liée à l’investissement, vraisemblablement grâce aux nouvelles technologies.

Optimistes malgré tout

Étant donné que les Millennials ont vécu l’un des événements financiers les plus marquants depuis des décennies, il est surprenant de constater que, d’après notre enquête, ils restent aussi les plus optimistes. Ils se classent premiers sur les attentes de performance de leurs propres investissements au cours de l’année à venir, avec 42 % d’optimisme net1 , contre 17 % pour la génération X et 7 % pour les baby-boomers. Sans bénéficier du recul nécessaire, il est impossible de dire si l’optimisme de la génération Y est dû à une certaine candeur à l’égard des performances futures ou simplement à des attentes faibles, mais raisonnables. Mais leur confiance, justifiée ou non, repose peut-être aussi sur leur volonté d’être plus impliqués dans leur avenir financier. 

Cette théorie est étayée par une autre tendance prononcée chez la génération Y : leur intérêt croissant pour les décisions d’investissement basées sur les valeurs personnelles et sur un meilleur équilibre entre risque et performance. À vrai dire, leur vision évolue parallèlement à la prise en compte croissante des critères ESG dans les processus d’investissement des sociétés de gestion.

Divergences régionales

Les différences ne sont pas seulement visibles d’une génération à l’autre. Celles qui existent entre les pays sont éloquentes, puisque 65 % des investisseurs aux États-Unis – l’épicentre de la crise – sont au moins en partie influencés par le krach boursier, un chiffre supérieur à la moyenne de 57 % révélée par l’enquête. En Europe, l’Espagne et l’Italie – deux des pays les plus touchés selon l’enquête – sont les plus influencés (74 % chacun). 

À l’inverse, les pays possédant des réserves abondantes, des régimes de retraite garantis par l’État et des systèmes bancaires (relativement) protégés sont les moins inquiets (à peine 20 % des investisseurs suédois ont indiqué être influencés par la crise). Viennent ensuite l’Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni, dont respectivement 41 %, 45 % et 50 % des investisseurs sont influencés par le krach boursier, ce qui s’explique vraisemblablement par des reprises économiques rapides et significatives depuis la crise. 

Quatre pays du bassin Pacifique (la Chine, le Japon, l’Australie et Taïwan) révèlent des niveaux d’influence équivalents ou inférieurs à la moyenne mondiale. Hong Kong (61 %) et Singapour (63 %), sans doute les pays les plus exposés au système financier international, sont les pays de la région où l’influence est la plus significative.

Mais les investisseurs des deux pays latino-américains représentés dans l’enquête, le Mexique et le Brésil (67 % et 69 %), révèlent un impact bien supérieur à la moyenne. Seuls l’Espagne et l’Italie, des pays affaiblis par la crise, les devancent.

Quelles conclusions en tirer ?

Le Global Investment Survey de Legg Mason en 2017 montre clairement que la crise financière de 2007/2008 continue d’influencer le comportement des investisseurs, et que cette influence est fonction de leur génération et de leur localisation géographique. Les réactions de la génération Y indiquent que certains aspects de leur philosophie d’investissement pourraient tenir au moins jusqu’à la prochaine génération.  Seul l’avenir nous dira si ces mutations en matière d’investissement seront définitives.

Réponses à l’enquête Question 9 : « Quel est votre degré d’optimisme à l’égard de la performance/croissance de vos investissements au cours de l’année à venir ? »  « L’optimisme net » représente le nombre d’investisseurs se déclarant « très optimistes » ou « assez optimistes » auquel on soustrait le nombre d’investisseurs se déclarant peu optimistes » ou « pas du tout optimistes ». 

 

Définitions :

La génération Y ou les Millennials désigne les individus âgés de 18 à 36 ans.

La génération X désigne les individus âgés de 36 à 52 ans.

La génération du Baby boom, ou les baby boomers, désigne les individus âgés de 53 à 71 ans.