Le nom du Président du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine devrait prochainement être communiqué. Dans un environnement de faible volatilité, de normalisation graduelle des taux directeurs et de sortie des politiques dites non-conventionnelles, le choix de l’administration américaine va être décisif, non seulement pour la politique monétaire américaine, mais également pour l’économie mondiale.

Une pré-sélection composée de cinq noms est connue : Gary Cohn, Jérôme Powell, Kevin Warsh, John Taylor et Janet Yellen. Leurs divergences s’observent par trois enjeux.


Un premier enjeu reposerait sur le rythme de hausse des taux. La prévision médiane actuelle du FOMC (Federal Open Market Committee) est de trois hausses de taux en 2018 normalement en ligne avec les attentes de la Présidente actuelle, Janet Yellen. Certains candidats issus du secteur bancaire, comme Gary Cohn, pourrait être plus sensibles à l’évolution de la courbe des taux d’intérêt et donc rester prudent sur un relèvement plus agressif des taux de court terme. À l’opposé, John Taylor pourrait être plus dogmatique en s’appuyant sur sa règle de politique monétaire indiquant – sur la base d’un taux de chômage inférieur à 5% et d’un objectif d’inflation sous-jacente de 2% – que les taux de court terme devrait se situer à 3.5%. Dans la même lignée, Kevin Warsh souhaiterait une vision moins réactive de la FED aux données macroéconomiques publiées et plus de flexibilité sur l’objectif de stabilité des prix (i.e. privilégier une fourchette de croissance des prix entre 1 et 2%, et non un niveau cible). Enfin, Jérôme Powell, déjà gouverneur au sein de la FED depuis mai 2012, est partisan d’une normalisation contenue mais plus rapide de la politique monétaire. C’est notamment pour cette raison que de nombreux analystes considèrent sa possible nomination comme un changement dans la continuité au sein du FOMC à Washington.

Un second enjeu porterait sur la contraction du bilan de la FED. Kevin Warsh est depuis plusieurs années ouvertement critique envers les programmes de rachat d’actifs considérés comme source de transfert des capitaux de l’économie réelle intérieure vers les marchés financiers mondiaux. En outre, Kevin Warsh a régulièrement évoqué la sensibilité trop élevée du comité de politique monétaire aux marchés financiers. Ainsi, la nomination de ce type de candidat pourrait contribuer à accélérer le rythme de réduction de la taille du bilan de la banque centrale.

Enfin, un troisième enjeu concernerait la stabilité financière. Si Gary Cohen soutient, en sa qualité de conseiller économique de l’administration américaine, plus de dérégulation du secteur bancaire, nombreux sont également ceux comme Jérôme Powell à considérer que la réglementation n’est pas la réponse à tout. Ainsi, si Janet Yellen n’était pas nominée pour un second mandat, le nouveau Président soutiendrait probablement une remontée plus forte des taux d’intérêt et serait opposé au renforcement des conditions réglementaires dans le secteur financier.

L’influence du Président du FOMC est à relativiser mais reste importante. Comme mentionné par Ben Bernanke, aucune décision ne pourrait être prise sans obtenir l’adhésion de l’ensemble du comité. Par ailleurs, l’orientation des décisions du FOMC présente une inertie importante puisque la plupart des gouverneurs sont élus pour de nombreuses années tandis que les équipes apportant l’expertise technique disposent d’un faible taux de renouvellement.

Le rôle du prochain Président de la FED sera enfin déterminant face à trois défis. D’une part, il ne peut être exclu une possible contraction des marges des entreprises américaines en conséquence d’une faible inflation et de la récente accélération de la croissance des salaires. D’autre part, plusieurs membres du FED ont évoqué le risque de non-linéarité de la relation inflation-taux de chômage se référant ainsi à la fameuse courbe de Phillips. Enfin, la stabilité financière restera un facteur clé au cours des prochains mois compte-tenu de marchés financiers aux valorisations élevées même si justifiées par de bons fondamentaux qui seraient renforcés par l’assouplissement fiscal annoncé. Un soutien de l’administration qui pourrait accentuer le déficit public américain dans des proportions qui resteront tributaires… du niveau des taux d’emprunts sur les marchés, eux-mêmes dépendants de la future trajectoire des taux directeurs de la FED.