Le patron de LVMH a mis à profit la récente baisse du titre de l’ex-première capitalisation boursière du CAC 40 pour asseoir sa position au sein du capital du leader mondial du luxe.

Un chiffre d’affaires de 33,1 milliards sur 9 mois, une division mode-maroquinerie au pinacle grâce au navire-amiral Louis Vuitton,  un pôle vins et spiritueux – deuxième foyer de profits du groupe – de nouveau en pleine lumière…LVMH a signé un troisième trimestre de toute beauté. Insuffisant néanmoins pour rassurer les investisseurs toujours focalisé sur la Chine. Conséquence : en dépit de cette publication flamboyante, le titre LVMH a cédé, sur la seule séance du mercredi 10 octobre (au lendemain des résultats) 7,1%. Ce qui a eu pour effet mécanique de faire plonger les autres valeurs du secteur au premier rang desquelles les français Kering et Hermès mais également le britannique Burberry ou encore le suisse Richemont. “Le trimestre devrait marquer le début du ralentissement cyclique de la croissance des ventes pour LVMH et le secteur”, avait alors confirmé les analystes de Société Générale cité par Reuters. La « glissade » de LVMH succédait déjà à une période délicate pour le titre en Bourse qui avait cédé 6% entre le 28 septembre et la publication des résultats. Toujours à cause des « fameuses craintes » sur la Chine.

Pourtant, ce n’est pas faute, de la part de LVMH, d’avoir « préparé le terrain », dès juillet dernier, face à des investisseurs obnubilés par la situation en Chine (demande en berne, turpitude de la Bourse de Shanghai, dépréciation du yuan,  conséquence de la guerre commerciale avec les Etats-Unis).  « Bien que l’industrie du luxe ne soit pas en première ligne dans cette affaire, un tel risque aurait certainement quelques conséquences négatives pour nous », avait averti, à l’époque, Jean-Jacques Guiony, directeur financier du numéro 1 mondial. Dans une note publiée début octobre et relayée par Reuters, le bureau d’études Bryan Garnier jugeait probable un ralentissement de la croissance du luxe au cours des prochains trimestres, entre autres en raison de bases de comparaison défavorables et des incertitudes au sein du marché de l’empire du Milieu. La croissance organique des ventes du secteur, qui a atteint 10% au premier semestre, devrait ainsi revenir à 8% au second et « la normalisation devrait se poursuivre en 2019 avec une croissance organique des ventes de 6%, en ligne avec la moyenne historique », concluait le broker.  

Acquisition de 73,5 millions d’euros d’actions

Pour rappel, la clientèle chinoise compte pour 32% des ventes mondiales du luxe, une proportion qui devrait atteindre 40% d’ici 2024, selon le Boston Consulting Group pour qui ces consommateurs contribueront alors à 70% à la croissance du secteur.  Mais si cette situation a largement pesé sur le titre LVMH qui a, dans l’intervalle perdu son titre honorifique de première capitalisation boursière de la place de Paris, cette baisse de l’action a profité…à Bernard Arnault. En effet, le patron du groupe de luxe a profité de ces turbulences boursières pour renforcer son emprise sur le numéro un mondial du luxe.  Ainsi le PDG de LVMH, via ces deux holdings Semyrhamis et la Financière Jean Goujon –toutes deux détenues par le Groupe Arnault- a « rapatrié dans son giron » (le 10 au lendemain des résultats, le 11 et le 12 octobre) quelques 73,5 millions d’euros d’actions.  Avec une « pointe » à 37,5 millions d’euros pour la seule journée du 10 octobre, soit l’équivalent de 141 100 actions au prix unitaire de 265,71 euros.

Comme le rappelle le journal spécialisé Le Revenu, à fin décembre 2017, le groupe familial Arnault possédait 46,84% du capital de LVMH et 63,13% des droits de vote. À cette date, les investisseurs institutionnels étrangers détenaient 34,4% du capital du groupe de luxe et les institutionnels français 13%, les personnes physiques possédant 5%. Outre le mastodonte LVMH et ses 70 marques, Bernard Arnault n’en oublie pas de garder un regard acéré sur l’écosystème start-up.  Via son fonds Aglaé Ventures – directement « alimenté » par le Groupe Arnault -, le patron de LVMH s’est ainsi invité, mercredi 10 octobre – journée décidément très intense-, au capital de l’entreprise Skello, en participant à la levée de fonds d’un montant total de 6 millions d’euros aux côtés d’investisseurs reconnus au sein de la constellation start-up comme Jean-Baptiste Rudelle, fondateur et CEO de Criteo, l’une de nos trois licornes françaises. Pour rappel, Skello a vocation à « soulager » dans leur quotidien les gérants de restaurants, de bars et d’hôtels en prenant notamment en main la gestion du planning du personnel. Ce qui permet ainsi de ne plus s’embourber dans des tâches administratives sans fin. Deuxième banderille dès le lendemain, jeudi 11 octobre, avec un  co-investissement de 1,5 million d’euros en amorçage au sein de la société Jow, start-up qui promet « de faire vos courses et de vous laisser le temps de vivre ».  Une philosophie aux antipodes de la stratégie de Bernard Arnault bien décidé à faire feu de tout bois en cette fin d’année 2018.