Les résultats définitifs du référendum, tombés ce vendredi 24 juin 2016, ont surpris les salariés basés dans la capitale britannique. La majorité des suffrages en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne suscite de vives réactions, entre stupéfaction et positivisme, au sein de la communauté des expatriés français. 

Vendredi 24 juin 2016. Les rayons du soleil matinaux ne compensent les maux de tête causés par une information qui a pris de court les personnes actives de Londres. « Tout le monde se pose des questions, j’ai reçu des centaines de messages. Personne n’y croyait en fait. Les personnes sur place ont peur des conséquences », déplore Laurène Kolisso, experte en développement marketing et commercial, qui est arrivé il y a tout juste un an sur le sol britannique.

La Française de 24 ans travaille depuis un mois pour le compte de l’agence Bespoke Film and Communications, spécialisé dans la production de film publicitaire dans le secteur du luxe. Ses compères de bureaux, tous de nationalités britanniques et irlandaises, ont dû mal à avaler cette pilule amère imposée en cette matinée historique du vendredi 24 juin 2016. « J’ai passé une heure à discuter de cet événement avec deux collègues. Il n’en revenaient pas », souligne cette jeune femme dynamique passée par la filière Bachelor de l’EDHEC sur le site de Nice.

Ces deux salariés font partis des 59,9 % de citoyens londoniens à avoir insérer le bulletin « Remain » dans l’urne au cours du référendum qui s’est tenu le mercredi 23 juin en Grande-Bretagne. Les résultats définitifs au niveau de la nation – 51,9 % de voix pour une sortie de l’Union européenne -, tombés le lendemain à 8h11, se sont abattus sur les pro-UE comme une pluie froide dont le ciel britannique en livre régulièrement. « Franchement, personne ne pensait que le Brexit l’emporterait », ajoute Laurène Kolisso. « Les Anglais sont fidèles à leur flegme historique : ils n’ont pas l’air de stresser outre-mesure après la victoire du “Leave” », tempère Clémence Thiry, qui travaille depuis neuf mois en tant que gestionnaire de comptes clients au sein de l’agence EC Travel basée au cœur du melting pot anglais.


La promesse électorale empoisonnée de 2013

23 Janvier 2013. Le Premier ministre David Cameron tire une carte surprise de son programme de campagne pour les élections législatives qui se tiennent deux ans plus tard. À la surprise générale, David Cameron profite de ce discours tenu à Londres le 23 janvier 2013 pour proposer un référendum sur l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne. L’hypothèse envisagée à l’époque inclut une négociation des accords avec les instances européennes et les pays membres avant la rédaction d’un projet de coopération soumis à l’approbation des citoyens britanniques sous la forme d’une consultation référendaire.

Une fois réélu le 7 mai 2015, David Cameron ne bouge pas d’un iota et promet d’entamer les négociations avec ses homologues dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande. En vain. Le premier ministre britannique se voit contraint de proposer directement à ses concitoyens un référendum pour statuer sur le maintien de la Grande-Bretagne au sein du groupe des 28. David Cameron se lance alors dans une bataille de plusieurs mois pour sauvegarder la présence de l’île dans le giron européen. « Je crois très profondément que l’intérêt national britannique est mieux servi dans une Union européenne flexible, ouverte et capable de s’adapter et qu’une telle Union européenne avec la Grande-Bretagne est préférable », déclare-t-il au cours du meeting de Londres. La suite est désormais connue.

David Cameron, arrivé au 10 Downing Street en mai 2010, a décidé de ne pas déclencher l’article 50 qui permet de finaliser une sortie de l’Union européenne. « Ce résultat est décevant car l’Europe représente à la fois la solidarité entre individus et l’union au niveau économique. David Cameron et Sadiq Khan (successeur de Boris Johnson à la mairie de Londres, ndlr) ont rassuré les européens présents sur place en affirmant que nous n’aurions pas de craintes à avoir », tempère Laurène Kolisso.

Le grand perdant de ce référendum laisse le soin à son successeur de légiférer sur cette question après « une période de réflexion  ». L’ancien maire de Londres, Boris Johnson, qui a effectué une campagne sans relâche pour une sortie de la Grande-Bretagne du giron du Vieux continent, est pressenti pour prendre la succession d’un David Cameron en poste depuis 2008. Le futur Premier ministre pourra faire appel au Parlement pour faire adopter – ou non – le choix des citoyens d’outre-Manche.

Le leader du parti d’extrême droit UKIP, Nigel Farage, avait réclamé tôt ce matin la démission du Premier ministre. Le député européen, depuis bientôt 17 ans, a savouré aux aurores, comme les 51,9 % des pro-Brexit, la souveraineté retrouvée de la Grande-Bretagne. Nigel Farage appelle à la proclamation d’un jour férié pour fêter ce changement historique. Sous le soleil, exactement.