C’était le grand paradoxe de l’année 2020, la cohabitation d’une crise économique plus vue depuis les années 1930’ avec de nouveaux records historiques pour de nombreux indices boursiers internationaux. La crise sanitaire a généré une dépression économique sévère l’année passée, avec un recul du Produit Intérieur Brut (PIB) des grandes économies occidentales compris entre -5% et -10% ; une catastrophe économique et sociale qui s’est pourtant traduite par une année faste pour les actifs financiers dit risqués comme les actions et les crypto-monnaies. Pour certains, il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une bulle spéculative ! Regardons donc cela en laissant les émotions de côté.

En 2020, ce sont surtout les actions américaines qui ont été fortement haussières, en particulier les stars technologiques du Nasdaq qui ont réalisé des profits spectaculaires. Depuis le début de l’année 2021, on assiste à un rattrapage des actions européennes, surtout les titres les plus procycliques comme les valeurs financières, l’automobile, les banques et, dans une moindre mesure, le tourisme. La Bourse reste en effet soutenue massivement par les Banques Centrales, mais elle commence à « se brancher » sur la reprise économique et sur le monde économique de l’immunité collective.

D’ailleurs les taux d’intérêt sont en train de remontrer, une pentification de la courbe des taux d’intérêt souverains accompagnée d’une hausse du prix des matières premières, une reflation liée à la reprise économique mondiale.

Le cours du CAC 40 n’a, quant à lui, pas encore effacé l’impact baissier du Covid de mars 2020 mais avec un rebond de 3600 points à 5700 points, il se rapproche des 6100 points, le seuil d’avant crise et choc boursier.

C’est finalement la conjugaison des politiques monétaire et budgétaire ultra-expansionnistes avec le recovery attendu de l’ère de l’immunité collective anti-Covid, qui fait monter les actions en Bourse. Pour un investisseur, qui n’est pas investi, le marché actions occidental est-il désormais devenu trop cher ?

Afin de répondre à cette question, nous pouvons nous tourner du côté de plusieurs approches de valorisation en utilisant l’indice S&P 500, l’indice de référence de la finance mondiale.

  • Le marché devient en effet cher selon le très classique Price Earning Ratio (PER). Il s’agit de la façon la plus commune de valoriser un marché, le rapport entre le prix en Bourse et les profits réalisés ou prospectifs, et de le faire sur une base historique. Le PER classique tient compte du profit prospectif N+1 et le PER Shiller de la moyenne des profits passés sur 10 ans corrigée de l’inflation. Le PE Shiller tend vers le record de la bulle Internet de 2001, ce sont en revanche les PE prospectifs sur les prochaines années qui poussent certains analystes financiers à ne pas trop s’en inquiéter.

  • Le marché est en bulle spéculative selon son rapport au PIB mondial (Warren Buffet Indicator)

L’indicateur de valorisation du très célèbre Warren Buffet décrit une situation de marché beaucoup trop cher selon sa valorisation totale rapportée au niveau du PIB mondial.

source : currentmarketvaluation

  • Les actions sont encore largement bon marché selon le nouveau paradigme monétaire, celui de la quantité de monnaie

En 2020, du fait de l’action des Banques Centrales, la vitesse de création monétaire a atteint son niveau le plus élevé sur le plan historique, faisant de la quantité de monnaie le nouveau paradigme de valorisation. Le graphique ci-dessous juxtapose l’indice S&P 500 (à gauche) avec ce même S&P 500 mais rapporté à la quantité de monnaie en circulation (à droite). En rapportant le marché actions à la monnaie, les actions sont donc très loin d’être chères et de leurs records historiques.

source : TradingView

Ces quelques lignes sont loin d’être exhaustives pour l’exercice de la valorisation, mais elles montrent que la croissance exponentielle de la masse monétaire a rebattu les cartes de la valorisation boursière et que cela pourrait durer encore un certain temps.

<<< À lire également : Bourse : les 8 actions qui devraient cartonner en 2021 >>>