Le Bitcoin a perdu plus de la moitié de sa valeur en moins de six mois. Peu de temps après Noël, il s’échangeait à plus de 19 000 $, aujourd’hui, il se situe juste en-dessus de 8 000 $. Sans surprise, les investisseurs assurent que les prix peuvent s’envoler de nouveau à tous moments. Mais le Bitcoin a depuis refusé de coopérer, en restant coincé sous la barre des 10 000 $ depuis au moins deux mois. Comment pouvons-nous savoir quand ou s’il s’envolera à nouveau ?

Les analystes spécialistes des cryptomonnaies chez Fundstrat pensent avoir trouver un moyen de prédire le prix du Bitcoin. Ils utilisent la courbe du point de rentabilité des coûts de minage du Bitcoin pour prédire que son prix devrait atteindre 36 000 $ fin 2019.

Mais cette méthode a été largement critiquée par la communauté du Bitcoin. Sur Twitter, Samson Mow, le chef des opérations financières de Blockstream, assure que les prévisions de Fundstrat reposent sur une théorie économique controversée : « Fundstrat, j’apprécie votre travail en général, mais le prix du Bitcoin ne repose pas sur la croissance du hashrate. Vous soutenez surtout la valeur du travail, autrement dit, les gens paieront x pour un trou que vous avez creusé juste pour le temps que vous avez consacré à creuser ».

La valeur du travail implique essentiellement que le prix d’un produit ou d’un service est déterminé par le travail nécessaire à sa production. Cette théorie est populaire dans l’économie marxiste, mais les autres courants de pensée l’ont abandonné en faveur de « l’évaluation subjective » qui dit que la valeur d’un produit ou service correspond à ce que le client est prêt à débourser, peu importe l’effort investi dans sa production. Selon Samson Mow, la dynamique du prix du Bitcoin dépend de l’évaluation subjective, et non de la théorie de la valeur du travail.

Bien sûr, si le producteur donne davantage de valeur à l’effort que ce que le marché voudra payer, alors il stoppera la production. Lorsque les prix chutent, alors les petits producteurs ont tendance à disparaître, ce qui réduit l’offre et a pour effet de faire gonfler les prix. Les producteurs qui ont des réserves suffisantes pour fonctionner à perte peuvent poursuivre la production un certain temps. Mais de plus en plus de producteurs vont disparaître jusqu’à ce que les prix augmentent assez pour équilibrer le marché.

De la même manière, si le prix du Bitcoin chute, les petits mineurs disparaissent lorsque les coûts sont plus importants que les bénéfices. Cependant, cela génère un risque de sécurité. Alors que le pool de minage se réduit, les tentatives de prise de contrôle du pool sont de plus en plus nombreuses. Le Bitcoin dispose d’ajustements mécaniques automatiques permettant de décourager les mineurs de quitter le pool lorsque les prix chutent. Le casse-tête algorithmique que doivent résoudre les mineurs devient plus complexe lorsque les prix grimpent, et plus facile lorsqu’ils diminuent. Cela permet de stabiliser le taux de production, avec un bloc toutes les dix minutes environ, tout au permettant au hashrate (la puissance informatique nécessaire à la résolution du casse-tête) de fluctuer avec le prix du Bitcoin.

Alors que le hashrate mesure efficacement la consommation d’électricité, qui représente la part la plus importante du coût de minage, le seuil de rentabilité des mineurs a tendance à suivre le prix du Bitcoin.

Étant donné le prix pallier fixé par les ajustements liés au seuil de rentabilité et au prix, le prix du seuil de rentabilité est un indicateur raisonnable du futur prix du Bitcoin. La critique formulée par Samson Mow est donc légèrement injuste. Fundstrat ne s’est pas appuyé sur la valeur du travail, bien que son résumé implique maladroitement que le prix repose davantage sur le coût de minage que sur les ajustements.

Bien sûr, les supports sont asymétriques : le prix du Bitcoin est soutenu par en-dessous, mais il n’a pas de limite supérieure, et ce, car il n’y a pas besoin de contrer les attaques lorsque le pool s’agrandit. Cependant, personne ne semble avoir pensé que si les seuils de rentabilité augmentent considérablement, alors il sera plus difficile d’entrer dans le pool. Si le marché du minage est dominé par un petit nombre d’acteurs importants, le résultat sera le même, surtout si ces acteurs coopèrent.

Mais il existe un autre problème. Le Bitcoin s’échange comme une marchandise. Sur le long terme, le prix de marché des marchandises tendent vers le coût de production marginal. Autrement dit, les bénéfices du minages chutent. Comme nous l’avons remarqué un peu plus tôt, lorsque les profits se réduisent, les producteurs stoppent la production.

Alors que les marchandises continueraient d’être échangées si le minage s’arrêtait, dans le cas du Bitcoin, il disparaitrait aussi tôt. Pour la simple et bonne raison que le rôle des mineurs n’est pas de produire des Bitcoin, mais de confirmer des transactions. Sans confirmation de vérification, les Bitcoins ne peuvent pas être achetés, vendus, dépensés ou gagnés. Si le minage cesse, les Bitcoins existants ne pourront plus être déplacés, et un actif immobile est inutile. Alors, contrairement à une marchandise, si les profits du minage sont nuls, la valeur des Bitcoins existants le sera aussi.

Les ajustements conservent artificiellement les marges de profit afin d’assurer qu’un nombre suffisant continue de miner. Les Bitcoins sont protégés des attaques, mais cela met en doute la viabilité financière du Bitcoin en tant que moyen de transaction.

Aujourd’hui, les nouveaux Bitcoins font partie des récompenses de minage. Mais la composante de la récompense de minage du nouveau Bitcoin diminue à vue d’œil, et elle finira par atteindre zéro. Alors que les ajustements obligent les bénéfices du minage à ne pas passer dans le rouge, les marges de profit décroissantes doivent être compensées en augmentant les frais de transaction. Les utilisateurs du système devront augmenter la rémunération des mineurs afin qu’ils continuent de miner en toute honnêteté.

Cela signifie qu’il ne faut pas considérer le Bitcoin comme une marchandise. Les mineurs fournissent un service, la confirmation de transactions, dont dépendent entièrement les utilisateurs de Bitcoin.  Sans ce service, le Bitcoin s’éteindrait. Mais les profits de mineurs dépendent des transactions de utilisateurs. Si les frais augmentent trop, les utilisateurs cesseront d’utiliser le Bitcoin pour effectuer des transactions, et le Bitcoin s’éteindra. L’équilibre parfait entre les transactions et les frais est atteint lorsqu’il y a assez d’utilisateurs pour fournir un nombre raisonnable de transactions à confirmer et assez de mineurs pour procéder à ces vérifications.

Et pour finir, ce qui détermine la valeur du Bitcoin, c’est la volonté des gens de s’en servir pour réaliser des transactions, notamment acheter et vendre des Bitcoins, bien sûr, étant donné que les échanges sont des transactions. Mais le prix du Bitcoin continuera-t-il d’augmenter assez pour que les utilisateurs acceptent de s’acquitter de frais toujours plus importants ? Ou seront nous témoins d’une débâcle, provoquée par la chute des prix alors que les utilisateurs quittent le système en masse, suivis par les mineurs, si l’effondrement du volume de transactions engendre la chute des frais ?