La récente “remontada” du Bitcoin sur les marchés serait-elle le premier signal d’une nouvelle fabuleuse remontée du Bitcoin, à quelques mois du quatrième “halving” ? Voici quelques éléments de réponses autour d’une réflexion plus globale sur le sujet.

Avec une progression de son cours face au dollar de plus de 20% en 4 jours (passant de 7400 $ environ dans le journée du 25 octobre à 9400 $ environ ce mardi), et un plus haut dans la journée du samedi 26 octobre qui a permis de renouer avec le seuil symbolique des 10 000 $, les esprits s’échauffent et la sempiternelle question revient de plus belle de la part des hésitants : assiste-t-on au départ du fameux “4ème Bull Rallye” de l’histoire de la crypto-monnaie ? Faut-il investir rapidement pour espérer monter dans le fameux “Moon train” censé grimper vers les 100 000 $ et au-delà ?


Part spéculative contre valeur d’usage

L’un des points les plus marquants constatés après plus d’une décennie passée à côtoyer des investisseurs de métier réside sans doute dans leur capacité à poser les bonnes questions, préambule indispensable à un bon raisonnement, destiné à aboutir à de bonnes décisions d’investissement. Un pro ne tombe jamais dans les pièges FOMO (Fear of Missing Out) ou FUD (Fear, Uncertainty, Doubt), car il base une partie de ses gains sur le fait qu’une portion non négligeable “d’amateurs” va précisément prendre ses décisions d’achat et de vente sur ces pièges.

C’est un point fondamental à l’heure où personne n’est dupe : la majeure partie de la valeur des crypto-monnaies est actuellement spéculative, par opposition à la valeur d’usage : les gains des uns sont les pertes des autres. Pour un investisseur avisé et sur un marché essentiellement spéculatif, la question n’est donc pas de savoir s’il convient de suivre l’hystérie ambiante, mais plutôt de développer une méthodologie destinée à trier parmi les signaux ceux qui vont essentiellement amener le “grand public” à prendre position sur le court terme, des signaux “fondamentaux” qui vont appuyer une hausse des cours sur le moyen terme (1 à 3 ans).

La hausse récente n’est pas “fondamentale”

La récente hausse du Bitcoin est assez probablement due à une conjonction d’annonces positives autour des crypto-monnaies et de la blockchain durant le mois d’octobre, conjuguée aux effets désormais avérés des contrats à terme (futures Bitcoin) du CME (Chicago Mercantile Exchange), et de la plateforme Bakkt (crypto-filiale d’Intercontinental Exchange) sur les cours. Mais rien ne permet de penser pour l’heure que cette hausse va se poursuivre, ni même que le cours va tenir sa valeur actuelle d’ici la fin d’année. Nous sommes donc face à une conjonction de signaux ayant déclenché un FOMO, qui a lui-même participé de la hausse de cours, mais rien qui n’indique une urgence à entrer sur le marché.

Mais une tendance haussière est désormais très probable

Sur le moyen terme en revanche, les signaux solides s’accumulent, et le scénario d’une tendance haussière forte sur un horizon de 12 à 36 mois est désormais très probable. On attend toujours l’arrivée d’une application “Blockbuster” basée sur les crypto-monnaies qui permettrait enfin l’adoption massive de cette nouvelle classe d’actifs par le grand public, et partant, l’explosion des cours. On y a cru avec Libra, le projet de stablecoin initié par Facebook, mais il est de plus en plus clair que l’objectif des partenaires embringués dans ce projet houleux semble maintenant de trouver une porte de sortie honorable, le jeu de Mark Zuckerberg étant de faire porter la responsabilité d’un échec sur les épaules des politiques et du régulateur. Mais que Libra aboutisse ou non n’est pas le point : il a surtout permis de faire bouger les lignes, et rendu la posture d’attentisme intenable. D’où l’annonce de la banque Suisse SNB (Swiss National Bank) concernant un partenariat avec d’autres acteurs majeurs du secteur (BIS – Bank of International Settlements, et la plateforme SDX- SIX Digital Exchange) pour travailler sur une crypto-monnaie d’Etat, et celle du gouvernement chinois sur une loi régissant la cryptographie dans le pays, quelques jours à peine après que Zuckerberg soit venu témoigner devant le Congrès. Et ce n’est que le début. Partout dans le secteur de la finance, des initiatives sont annoncées pour entrer en phase pilote de migration vers un paradigme basé sur la Blockchain (première lettre de crédit adoptée par HSBC sur une Blockchain, adoption par le Crédit Suisse et la Société Générale de la solution de DvP (Delivery vs Payment) proposé par Paxos, etc).

Le FMI prend désormais la parole pour promettre une disruption majeure dans le monde de la finance, incitant les acteurs de ce secteur comme les gouvernements à cesser le déni par rapport aux innovations techniques actuelles (dont la blockchain et les crypto-monnaies) et à commencer de travailler avec pour en évaluer concrètement le potentiel. Pour l’ouverture du G7 le 17 octobre à Washington, Tobias Adrian, le Directeur du département des marchés du FMI, disait ainsi :

 “Aux USA, et dans d’autres pays à travers le monde, c’est simplement une question de temps avant de voir se produire une disruption massive. […] Les nouvelles technologies ont le potentiel nécessaire pour faire émerger, a minima, un tout nouveau système de paiement assez rapidement”.

Côté grand public, les annonces s’enchaînent également, confirmant que concernant les prestataires de services on ne tergiverse désormais plus sur la possibilité d’une adoption massive, mais uniquement sur son timing :

  • Arrivée de l’application grand public de Bakkt (crypto-filiale d’Intercontinental Exchange ) dédiée aux paiements en crypto-monnaies au cours du 1er semestre 2020, avec la chaîne de cafés Starbucks comme premier partenaire
  • Ouverture de ses offres de négociation et conservation dédiées aux crypto-monnaies par le géant de la finance Fidelity Investment pour tous ses clients
  • Ajout du Bitcoin-BTC et du Tron-TRX au crypto wallet intégré dans le navigateur internet Opera, permettant d’envoyer et recevoir instantanément et sans frais ces crypto-monnaies entre utilisateurs

En conclusion, ceux qui n’ont pas investi lorsque le Bitcoin se situait il y a peu dans la zone des 7000 $ ne sont pas disqualifiés. Tout indique que le cours va poursuivre ses oscillations avec une amplitude confortable avant que les facteurs fondamentaux qui s’accumulent en faveur d’une tendance haussière solide ne fassent effet. Le grand “Bull Rally” n’a vraisemblablement pas encore commencé…