Les dirigeants de la start-up américaine ne sont pas prêts de dormir sur leurs deux oreilles. La plateforme spécialiste de la location de courte durée entre particuliers est dans l’œil du viseur des plus grandes municipalités occidentales depuis le début de l’année. Dernière péripétie en date en France : l’expulsion de leur domicile, début avril, de deux locataires à Paris qui recouraient – trop – régulièrement – à la sous-location d’un appartement sur Airbnb sans l’aval de leur propriétaire. Le tribunal d’instance de Paris a condamné le 6 avril 2016 le couple de Parisiens du 5e arrondissement à 7 500 euros d’amende dont 5000 euros de dommages et intérêts et 2 500 euros de frais de justice. Les férus de la sous-location 2.0 proposait leur logement, situé dans une des zones les plus touristiques de la capitale, 700 euros la semaine à intervalles réguliers depuis août 2012.

Airbnb, née en octobre 2007 après l’installation d’un matelas gonflable dans le salon des fondateurs pour payer leur loyer, a franchi la barre des 10 millions de voyageurs hébergés via son site de locations entre particuliers. Une levée de fonds de 1,5 millard de dollars (1,3 milliard d’euros) effectuée en février 2016 permet à Airbnb d’être valorisé 25,5 milliards de dollars (22,6 milliards d’euros). Cette opération constitue l’une des plus importantes levées de fonds en faveur d’une société du secteur technologique. Airbnb se classe à la quatrième place des records, derrière les 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) récolté par la plateforme de média social Facebook avant son entrée en Bourse en mai 2012, le spécialiste des ventes sur Internet Alibaba et ses 1,6 milliard de dollars (1,4 milliards d’euros) amassé en septembre 2011 et le groupe de transport avec chauffeur (VTC) Uber avec 2,8 milliards de dollars (2.5 milliards d’euros) en février 2015. Le site de locations entre particuliers met désormais le cap sur le marché asiatique, les contributeurs de cette levée de fonds viennent en partie de ce continent. Une stratégie d’internationalisation qui permettrait à Airbnb de se défaire à moyen terme de la nasse infernale imposée par les plus grandes villes occidentales.

Des municipalités désireuses de récupérer leur part du gâteau

La médiatisation de ce type de dérives a mis la puce aux oreilles des municipalités. Elles n’hésitent plus à pointer du doigt les sites de location entre particuliers comme Airbnb ou Abritel – partenaire officiel de l’UEFA pour l’Euro 2016 – de participer à la hausse des prix des locations immobilières. La mairie de Paris, désireuse d’optimiser la récolte des taxes locatives et foncières rattachés à la résidence principale, compte imposer un impôt sur les loyers perçus via le système d’hébergements touristiques « collaboratifs ». Airbnb et ses concurrents seront contraints de transmettre à l’administration les identités des hôtes occasionnels qui cumuleraient un chiffre d’affaires au-delà du raisonnable.


Outre-Rhin, la capitale berlinoise s’est montrée impitoyable et interdit depuis le 1er mai la location de courte durée par l’intermédiaire des sites de location entre particuliers 2.0. Une interdiction validé ce mercredi 8 juin, le tribunal administratif de Berlin ayant débouté quatre propriétaires qui contestaient cette restriction décidée en haut lieu. Outre le bénéfice cumulé par certains utilisateurs, le succès des hébergements touristiques « collaboratifs », détournés de cet usage primaire, contribuerait à la gentrification des quartiers comme le Faubourg Saint-Denis ou le Bassin de la Villette.

Près de 1000 euros d’amendes à San Francisco

La pression se fait de plus en plus forte de l’autre côté de l’Atlantique. Airbnb vient d’être menacée, par la ville de San Francisco, d’une amende  de 1 000 dollars (885 euros) par jour et par logement. Le Conseil municipal a voté à l’unanimité, mardi 7 juin 2016, une motion de restriction des activités de la société californienne mais aussi de ses concurrents dont HomeAway ou VRBO. Ces entreprises seront dorénavant contraintes de vérifier que les informations sur les utilisateurs de la plateforme – les hôtes en particulier – sont bien entre les mains des autorités. La municipalité a inclus, fin 2014, cette obligation dans sa législation, qui débouche sur l’obtention d’une autorisation de louer leur logement. Sur les 10 000 maisons et appartements de San Francisco disponibles sur la plateforme américaine, moins de 1 400 personnes ont obtenu ce sésame depuis l’application de cette loi. Les hébergeurs dépourvus du « permis de louer » se mettront définitivement hors-jeu à compter du mois de juillet 2016 : Airbnb sera contraint par les autorités locales de retirer les annonces des utilisateurs récalcitrants.

Pour défendre ses intérêts, la start-up californienne met en avant l’importance du rôle social et sociétal de sa plateforme. Les responsables affirment que les « 1 200 habitants de San Francisco ont évité une expulsion de leur logement » avec la mise en location sur Airbnb. Il faut dire que la pression des autorités locales pèsent surtout sur les occupants des appartements. Outre l’immatriculation impérative auprès de la mairie, la «Loi Airbnb », adoptée par la municipalité californienne en fin d’année dernière a instauré une taxe de séjour de 14 %. Cet impôt direct est prélevé automatiquement lors d’une réservation confirmée sur la plate-forme. La durée de mise en location de l’appartement sans la présence des occupants « officiels » a été limitée à 90 jours. Et la présence continue d’un locataire est fixé par la réglementation à trente jours, pas un de plus. Une nouvelle proposition de loi, déposée en début d’année, aurait limité la période de location annuelle à 75 jours. Le Conseil municipal avait finalement rejeté cette option après une campagne publicitaire et de lobbying d’un budget de 8 millions de dollars (7,1 millions d’euros) menées par la start-up américaine.

La municipalité de la ville située sur la côte ouest américaine est tiraillée entre tirer à boulets rouges sur un phénomène de sous-location et l’image de « capitale mondiale » des nouvelles technologies. L’amplification du recours aux sites de location de courte durée limite l’accès au logement pour les individus issus de toutes les couches de la population de la « City by the Bay » désireux de s’installer sur une longue durée. San Francisco accueille dans le même temps une grande partie des salariés de la Silicon Valley, poumon économique et technologique situé dans la partie sud de la région de la baie de la ville californienne.