Avec une pénurie de réalisatrices, quasi inexistantes, aux manettes des blockbusters, des écarts de cachets irrationnels et des rôles féminins encore trop stéréotypés, l’industrie du septième art fait figure de mauvaise élève en matière de progressisme. En particulier à Hollywood, encore sous le choc de l’affaire Weinstein, qui peine à respecter l’égalité et la représentation des femmes au cinéma.

 

A l’heure où la parole des femmes se libère et se structure, les derniers chiffres sur l’industrie du cinéma à Hollywood, révélés par une étude de la San Diego State University(1), dénoncent un sexisme toujours en vigueur derrière la caméra, avec seulement 20 % de femmes chez les réalisateurs, auteurs, producteurs, producteurs exécutifs, monteurs et directeurs de la photographie des 250 plus gros films de l’année 2018. En chiffre bonus, l’étude précise que les réalisatrices sont seulement 8 % derrière les plus gros succès cinématographiques. Invisibles du grand public, les cinéastes femmes récompensées aux Oscars depuis leur création en 1929 se comptent sur les doigts d’une seule main…

« Et la femme créa Hollywood »

Mais alors, les réalisatrices seraient-elles moins nombreuses au départ ? Moins « grand public » ? Si la gent féminine est davantage présente dans le cinéma d’art et d’essai, elle semble s’effacer à mesure que les enjeux financiers prennent le pas sur le projet artistique. Face au schéma de pensée stéréotypé d’un « cinéma féminin », il faut rappeler qu’à la création des premiers studios d’Hollywood dans les années 1920, il n’y avait guère que des terres agricoles, des moutons et des femmes interdites de professions respectables, qui développaient et créaient ce qu’on appelle aujourd’hui le cinéma. Ces pionnières qui occupaient les plus hauts postes ont dû abandonner les plateaux des studios, poussées vers la sortie par les hommes qui convoitaient cette industrie « devenue rentable avec le cinéma parlant », explique la réalisatrice française Julia Kuperberg, à qui l’on doit notamment le passionnant documentaire Et la femme créa Hollywood, sorti en 2016.

En France, le chemin à parcourir avant d’arriver à la parité est également poussif, avec des chiffres qui stagnent depuis vingt-cinq ans :« Moins d’un long métrage sur quatre (agréé par le Centre national du cinéma et de l’image animée) est réalisé par une femme, et l’écart salarial peut se creuser jusqu’à 42 % », rappelle le collectif 50/50, qui milite pour la parité et l’égalité dans le monde du septième art. L’appel à la création de quotas, lancé par des professionnels du cinéma, femmes et hommes, dans une tribune parue dans le journal Le Monde, a trouvé un écho auprès de l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui a créé des subventions : un bonus de 15 % est ainsi alloué depuis 2019 aux films dont les équipes réunissent des femmes à des postes clés (réalisation, direction de production, direction de la photo, etc.). Soit moins d’un film sur six à l’heure actuelle…