Chiara Condi, Italo-Américaine de 31 ans, a fondé il y a trois ans Led By Her, une association partenaire d’écoles de commerces et d’entreprises qui aide les femmes victimes de violence à se reconstruire par l’entrepreneuriat.

Comment vous est venue la vocation de venir en aide aux Femmes ?


J’ai toujours été une personne engagée. Pendant mes études à Harvard j’ai géré un centre pour sans domicile fixe et j’ai créé un programme d’insertion. Cela m’a donné envie de travailler sur des sujets essentiels comme celui de la pauvreté. J’ai commencé ma carrière à la BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement) où l’on réfléchissait aux projets d’investissements que pouvait avoir la banque sur les femmes. Pour moi, il n’y avait pas d’aide véritable en dehors des aides classiques d’urgence, ce qui laissait la place à la réalisation de projets.

Pourquoi ne pas avoir réalisé vos projets envers les Femmes au sein de la BERD ?

J’ai constaté une envie, des idées et des projets mais un manque d’outils pour pouvoir les concrétiser. C’est une grande structure et pour être innovant et proposer de nouvelles solutions, il faut être avant tout sur le terrain  et voir de ses propres yeux. Ce n’est pas aux institutions d’innover mais aux individus, en étant proches des problématiques du terrain. Cela permet de comprendre comment les choses marchent et proposer des solutions. Je trouvais aussi que les solutions existantes n’étaient pas adaptées aux besoins des femmes pour leur permettre de réussir leur reconstruction par l’indépendance, l’autonomie et l’auto-réalisation.

Ainsi est venue  l’idée de fonder Led By Her ?

Oui. Il me semblait important de construire un avenir et ne pas juste guérir le passé de ces femmes donc je me suis lancée dans Led By her avec l’idée de les accompagner dans la reconstruction professionnelle via l’entrepreneuriat. J’ai mobilisé le secteur privé, les entreprises et les écoles de commerce. La reconstruction professionnelle ne peut se faire par les associations et ressources existantes. Elle nécessite la mobilisation de personnes qui ont les compétences dans le monde du travail et qui peuvent donner des outils concrets pour amener la personne d’un point A à un point B. Il était pour moi vital de les engager car le sujet des femmes victimes de violence reste encore très tabou dans le monde de l’entreprise, et les impliquer contribue à changer leur façon de penser.

En quoi consiste le programme?

La base de notre programme et le cœur de ce que l’on fait est un parcours pédagogique d’entrepreneuriat avec 300 heures de cours de septembre à juillet. C’est un mélange de cours entrepreneuriaux, de techniques avec un tiers, de développement personnel. Les professeurs de nos écoles partenaires interviennent dans le programme pour partager leurs connaissances auprès de nos participantes. Les écoles nous aident aussi à développer une vision de l’ensemble du programme et son avenir.

Led by Her, ce sont 250 bénévoles, des partenaires et des entreprises qui font des ateliers, des cours, des conférences, du sponsoring…  On fait des événements pour nos entrepreneures chez Google pour constituer un réseau et avoir un feedback sur leurs projets. On a créé des ateliers de team building où l’on met les compétences de salariés au service de nos entrepreneures. On fait travailler les collaborateurs d‘entreprises autour de plusieurs objectifs comme Dell. On est comme des incubateurs de start-up !

Chaque année, vous organisez un hackaton : de quoi s’agit-il ?

Durant deux jours, les participantes présentent leur projet et forment des équipes avec la porteuse du projet. Elles travaillent ensemble pour en accélérer le développement, autour d’ateliers sur l’innovation et l’entrepreneuriat. Une vraie solidarité se crée. Le hackathon est une occasion unique de booster un projet, et le premier endroit pour se construire un réseau car les femmes de l’association sont le tout premier réseau des apprenties entrepreneures.

Bien des projets ont abouti comme un cabinet de sophrologue, un garage dédié aux femmes, une plate-forme digitale pour soutenir l’art contemporain, une compagnie de théâtre…

Avez-vous des projets d’expansion ?

On voudrait amener nos valeurs dans les institutions et les entreprises pour les transformer et faire en sorte qu’elles deviennent acteurs de cette aide véritable pour les femmes. Nous voulons établir des partenariats dans ce sens-là pour créer une société plus égalitaire. Mais on ne peut le faire seul.