La Journée de la Femme Digitale prend place ce 17 avril de la Maison de la radio. Delphine Remy-Boutang, instigatrice de ce rendez-vous depuis 2013, a choisi Stéphane Pallez, PDG de la Française des jeux, comme marraine de l’édition 2018. 

Le mot « digital » n’a pas été choisi au hasard. Moins associé au masculin que le terme « numérique », il mêle design, marketing et technologie, ouvrant ainsi les opportunités aux femmes, indique Delphine Remy-Boutang fondatrice de la Journée de la Femme Digitale (JFD). Le domaine technologique reste encore aujourd’hui l’apanage des hommes. Google Translate utilisait par exemple un algorithme qui le poussait à reproduire les biais sexistes de nos sociétés. En 2016, Tay, le robot de Microsoft s’est formé au contact de Twitter et a rapidement émis des jugements sexistes, antisémites et racistes. « Les ingénieures et informaticiennes seront précieuses pour ne pas recréer les biais sexistes ou racistes de la société. 51% de la population mondiale se compose de femmes, mais nous ne sommes pas représentées correctement, puisque nous  écrivons le numérique avec seulement 28% des femmes », déplore Delphine Remy-Boutang.

Une marraine engagée 

Stéphane Pallez, marraine de cette édition 2018, fait preuve d’un engagement au long cours. « Chez Orange, j’ai créé un réseau féminin. A FDJ, nous nous sommes fixés comme ambition d’avoir la même proportion de femmes dans la ligne managériale qu’au sein de l’entreprise, , soit 40%. L’objectif est déjà atteint au niveau du COMEX . J’ai encouragé la création d’un réseau interne « A Elles de Jouer », que je sponsorise en partenariat avec le directeur général en charge des systèmes d’information et de l’international. » Pionnière sur la question de la féminisation de ces équipes, la PDG de la Française des jeux a mis son image à disposition de la Journée de la Femme Digitale.

Cette journée se terminera par la nomination des « Margaret », un prix créé pour promouvoir les femmes présentes dans la tech. Trois gagnantes seront désignées dans la catégorie « Entrepreneure » et « Intrapreneure ». Un Prix Spécial du Jury viendra compéter la sélection. « Le jury a pris en compte quelques critères pour la nomination de l’entrepreneure de l’année : le prototype devait être validé, l’entreprise devait avoir moins de deux ans, le chiffre d’affaire doit être inférieur à 1 000 000 euros. Enfin et naturellement, il devait y avoir une parité », explique la fondatrice de la Journée de la Femme Digitale.

Stéphane Pallez renchérit :  « Il y a la preuve par les chiffres, mais ce n’est plus la seule manière d’évaluer ce que vaut une entreprise. On ne peut plus uniquement apprécier le succès d’une entreprise grâce à sa capacité à lever des fonds. Une entreprise se mesure aussi par sa contribution à la société et à sa capacité à proposer de nouveaux usages. » Et le nom attribué au prix n’a pas été choisi au hasard puisqu’il fait référence à Margaret Hamilton,  informaticienne ayant travaillé avec acharnement sur le programme Apollo pour la NASA.

Margaret Hamilton, pionnière du logiciel informatique, lors de la remise de la Médaille présidentielle de la liberté par Barack Obama en novembre 2016 / © GettyImages

Des modèles mis en avant 

Nancy Roman, Margaret Hamilton, Katherine Johnson … Toutes ont contribué à l’élaboration d’un programme spatial avec la NASA et ont contribué à faire avancer la science. Pourtant les filières scientifiques sont souvent délaissées par les femmes. Malgré des filières encore mixtes au lycée, avec près de 46% de filles, les femmes choisissent rarement les voies scientifiques. « Les hommes se sont imposés dans le milieu de la Tech. Maintenant, il faut une certaine volonté pour s’insérer dans ces milieux masculins. Certaines n’osent pas se lancer, de peur de ne pas être acceptées. Ce qui est regrettable, au vu des excellents résultats que les femmes obtiennent dans les filières scientifiques. », évoque Stéphane Pallez. Les biais culturels les poussent vers des métiers tournés vers le social. L’une des façons de lutter contre ces réflexes intériorisés, pour Delphine Remy-Boutang, reste l’appropriation des domaines technologiques et scientifiques grâce à des roles models. « On ne peut pas reproduire ce qu’on a pas vu. Les roles models que l’on présente aujourd’hui peuvent faire émerger des vocations. Car seulement 11% de femmes dirigent une start-up tech. Derrière, se joue l’économie de demain. » 

La journée sera rythmée par diverses conférences, retransmises à la radio. Un bar à coder, un stand de lutte contre l’illettrisme, quelques points où networker et d’autres activités prendront place au sein de la Maison de la Radio.