It-girl évoluant dans le monde de la mode, avec 427 000 followers sur Instagram, Jeanne Damas a créé la marque de vêtements Rouje il y a un an. Portrait. 

Quand nous arrivons dans les locaux de Rouje dans le centre de Paris, Jeanne Damas avait oublié notre rendez-vous. Habillée des vêtements de sa marque, elle nous convie derechef dans le bureau de Jerôme Basselier, son associé, derrière Swildens également. À 25 ans, l’entrepreneure parisienne est une habituée du monde de la mode et cumule plusieurs casquettes : mannequin, égérie, influenceuse, comédienne (on l’a vu dans le dernier film de Guillaume Canet) et photographe à ses heures. Elle a lancé un Tumblr de photos à l’âge de 14 ans qui a rapidement fait le tour des collèges et lycées parisiens et fait ses premiers pas dans la mode en faisant un shooting avec Olivier Zahm, à la tête du magazine Purple, pour la créatrice de lingerie Yasmine Eslami. Suivent Comptoir des Cotonniers avec sa mère, puis le magazine Jalouse. L’agence IMG la repère : « Je ne sais même pas si le terme it-girl existait à l’époque. Ces filles sur le devant de la scène, pas vraiment mannequin, qui touchent à tout et portent des fringues que les filles veulent acheter », évoque-t-elle. En parallèle, elle suit une formation de comédienne, mais n’a jamais vraiment couru les castings, « je n’étais pas à fond ».

Rupture de stock

Sur Instagram, son influence grandit, en même temps que le nombre de ses followers. Quand elle poste une photo, sa communauté veut savoir ce qu’elle porte et s’empresse d’aller l’acheter. Certains produits sont rapidement en rupture de stock. Cette puissance lui donnes des idées : « Je pensais créer une marque, sans savoir comment faire. De son côté, Jérôme Basselier voulait se lancer sur le digital. Une amie en commun nous a présenté. C’est parti de là ». Le binôme fonctionne bien. L’une gère le style, la communication et la direction artistique. L’autre, la production en amont. « Jeanne est instinctivement très forte pour savoir comment parler aux gens, gérer toute l’imagerie du site et les comptes Instagram. Elle a des partis pris stylistiques très forts qui font le succès de Rouje. Elle sait parfaitement où aller », révèle Jerôme Basselier. L’identité de la marque repose sur le dressing idéal de Jeanne Damas. La condition pour ajouter un produit aux deux collections annuelles ? Qu’il lui plaise. « On ne ment pas, c’est vraiment ce que j’aime. Quand je n’aime pas, ça ne marche pas », renchérit-elle. Et cela se vérifie dans les chiffres. Particulièrement à l’export, qui fait environ 75 % de leur chiffre d’affaires. Le vestiaire de la parisienne fonctionnant bien à l’étranger. Ce succès, ils le doivent à sa communauté sur Instagram. « On assume complètement. C’est l’idée de départ. Mais, c’était quand même un pari. Est-ce qu’un follower est un potentiel client ? », questionne-t-elle.

Un parcours fait de rencontres

Tout au long de sa carrière, Jeanne Damas a saisi des opportunités au gré des rencontres, dès son plus jeune âge. À l’époque de son Tumblr, toutes les filles de sa classe en avaient un. Le sien sortait du lot. Au fil des années, elle a su tirer son épingle du jeu pour en faire un business. « Elle était auto-entrepreneure avant l’heure, en prenant une autre voie. Aujourd’hui, ce type de démarche fonctionne bien et permet de faire émerger des parcours entrepreneuriales », ajoute son associé. Une rencontre a particulièrement marqué sa vie. Quand ses parents étaient restaurateurs dans le 11ème arrondissement, elle traînait, pré-adolescente, dans l’atelier de la créatrice Nathalie Dumeix. « On s’est liées d’amitié très vite. Je voyais comment elle travaillait, je posais dans son atelier pour des prototypes. On a fait deux collections capsule. C’était une évidence qu’elle soit styliste pour Rouje. On a exactement les mêmes goûts, on se connait par cœur », affirme-t-elle. L’équipe de Rouje est composée de sept personnes, des salariés mais surtout des freelances, des gens qu’elle connait bien. D’ailleurs, elle ne se voit pas comme une boss, elle qui ne travaille qu’avec des amis. « Je crois que je sais faire travailler les gens ensemble ». C’est tout de même la première fois qu’elle travaille de manière structurée, la première fois qu’elle doit noter tous ses rendez-vous : « Avant j’étais beaucoup plus libre mais c’est génial d’être structurée quand on croit en son projet ». Elle qui n’a fait pas d’études découvre l’envers du décor de la mode. « En ayant commencé dans le cinéma, je me vois beaucoup plus patronne plus tard ». Et elle sait ce qu’elle veut. « Tout se passe bien jusqu’au moment où on lui met dans les pattes un truc dont elle a pas envie. Elle n’a pas de filtre. Mais, c’est plutôt une force pour lancer une marque. C’est rudement efficace », admet Jerôme Basselier. Effectivement, elle s’est révélée être spontanée quand elle nous a avoué au début de l’entretien qu’elle l’avait oublié. Elle confesse, en assumant, qu’elle ne sait pas écrire de mail avec les formules de politesse, ou qu’elle peut tout écrire dans le titre. « C’est parce que tu n’as pas été cadrée par des études ou travaillé dans des grandes entreprises », renchérit son binôme. Le futur ? Ils le voient dans Rouje, avec le désir de faire évoluer Rouje en communauté. De son côté, elle le voit dans le cinéma, elle sera à l’affiche du dernier film de Charles Guérin-Surville, et dans l’édition, elle sort, en octobre prochain, un livre de portraits de parisiennes, coécrit avec la journaliste Lauren Bastide. Mais qu’est-ce que Jeanne Damas fait quand elle ne travaille pas ? Elle se déconnecte un peu de son portable, marche beaucoup dans Paris, fait du vélo et va au cinéma. Comme tout le monde.