On lui doit les succès de l’Eau d’Issey, du Mâle de Jean-Paul Gaultier, de Paris, Kouros, Jazz et de l’inaltérable Opium d’Yves Saint-Laurent. Tombée par hasard dans le parfum, Chantal Roos en est devenue la star planétaire dans les années 70/80… Interview.

 

D’où venez-vous Chantal Roos ?

Née à St Germain en Laye, dans une famille classique, avec une mère professeur et un père entrepreneur, je suis tombée par hasard dans le luxe. Après avoir fini mes études et travaillé durant deux ans comme hôtesse de l’air, j’ai vécu ensuite aux Etats-Unis, en Espagne, globetrotteuse dans l’âme que j’étais… Un peu par hasard, (il était facile à l’époque de trouver du travail), j’ai démarré chez Coty, racheté par les américains, en 1970, comme assistante de marketing, alors que je n’y connaissais rien. J’ai appris le marketing, le merchandising sur le tas (sourire). En 1976, je reçois la proposition d’occuper le poste de chef de produit chez YSL. Peu sûre de moi, je refuse, mais on insiste et je me retrouve en direct avec Yves Saint Laurent lui-même. Commencent alors quinze années fabuleuses et intenses jusqu’au rachat de la société d’YSL. Mon travail, un peu particulier, consistait à traduire en notes, les goûts de son créateur, l’imaginaire et l’ADN de la marque. C’est ainsi que je crée, avec la complicité du nez parfumeur, le parfum Opium, qui sera le succès que l’on connaît. Un parfum aux notes orientales, qui traduisait bien l’engouement d’YSL pour l’Orient. C’est d’ailleurs YSL lui-même qui trouve le nom, que j’approuve aussitôt, sans savoir que nous aurons des bâtons dans les roues de la part des américains lorsque le parfum devra être lancé aux USA (question d’image pour le laboratoire américain Squibb). J’ai par la suite travaillé de la même façon pour Kouros et Paris.


 

Quelle était votre stratégie pour créer les parfums de YSL ?

Je m’imprégnais de ce qu’il faisait, étant proche de toute la famille et souvent en coulisse, pour sentir, humer, voir. J’étais capable de récupérer aussi bien un bout de rouge à lèvres donné par Loulou de la Falaise, le rouge de la Collection, qu’un bout de dentelle ou de tissu, afin de faire travailler mon imaginaire. Une fois mon « story telling » prêt, il fallait aussi trouver le designer du packaging.

 

Qu’avez-vous appris d’Yves Saint Laurent ?

L’exigence, ne jamais se contenter de ce que l’on crée. Mais savoir toujours se remettre en question. Et une grande curiosité.

 

Comment concevez-vous un parfum ?

Je laisse parler mes intuitions et mon imaginaire. C’est là où la création doit être au rendez-vous. Je traduis finalement l’image de la marque en mots, je raconte une histoire autour et mon nez la transforme en notes pour moi. J’extrais une facette du créateur pour en faire une histoire Je sais reconnaître lorsque le parfum s’adapte et prend corps avec mon histoire en s’identifiant ou non. Pure intuition me direz-vous ? Non, pas uniquement. Je visualise à chaque fois le personnage de l’histoire, il vit en moi.

 

Vous est-il arrivée d’avoir le parfum que vous vouliez  ?

Oui, entre autres, Kouros, qui devait évoquer les Grecs, la chaleur, le bleu, le blanc. Ces images qui sont venues de mon imaginaire, devenaient une évidence pour moi.

 

Quelle est la définition de votre métier ?

Je fais du marketing. « Je transmets en parfum l’ADN de la marque » !

 

Pourquoi être partie de YSL ?

La société avait été rachetée et je ne m’y retrouvais plus. Je suis donc allée chez BPI (Beauté Prestige International), division de Shiseido qui m’avait demandé de venir travailler pour eux. Je crée alors ma société et ils me laissent carte blanche. C’est ainsi que je lance L’Eau d’Issey Miyake en 1992, un jus qui devait évoquer pour monsieur Miyake, l’eau qui ruisselle, ricoche sur les rochers, passe dans la prairie… avec le nez Jacques Cavalier. Ma façon de travailler, comme je vous l’ai dit, consiste à faire parler les créateurs, pour connaître leur vision, leurs émotions, leurs sentiments afin de les traduire en mots puis en notes avec mon nez. J’ai toujours expliqué mon cheminement. C’est ainsi que j’ai créé Le Mâle de Jean-Paul Gaultier en 1993, un jus qui devait évoquer l’odeur de la peau sous toutes ses coutures. Ce jus a été travaillé avec Francis Kurkdjian qui sortait de Sup de Luxe et qui a su traduire l’histoire que je lui avais donnée pour en faire un parfum. Garçon assez extraordinaire qui a un don et un talent qu’il a démontré par la suite avec son parcours.

En 2000, contre toute attente, je retourne chez YSL en tant que présidente. Tom Ford ayant su me séduire et se rendre irrésistible afin que j’accepte. Je prends la tête de Sanofi Beauté, division de Gucci qui contrôle Yves Saint Laurent Parfums, les licences Oscar de La RentaVan Cleef & Arpels … J’y suis restée jusqu’en 2008.
Ensuite, je crée ma société Créa et je développe les parfums Diane von FürstenbergRéminiscence

 

Que pensez-vous de Sup de Luxe ?

Cette école est formidable. Elle apporte une expérience et une expertise, grâce à ses cours « les Grands Témoins » par exemple. Elle met les étudiants face aux réalités du management, des besoins du marché. Les élèves ne sont ainsi pas dans l’abstrait. De plus, cette école compte beaucoup d’étudiants internationaux. Cela permet de brasser des cultures différentes pour permettre aux étudiants de se mesurer les uns aux autres. 

 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer votre propre marque « Dear Rose » ?

C’est ma fille qui a su me convaincre. Artiste, compositrice et chanteuse, donc pas si éloignée des parfums, les deux se composant de notes (sourires). Nous avons monté la société en 2014 et nous lançons des parfums de niche qui sont un hymne à la femme. Nous avons actuellement 5 parfums, des odes et un 6ème en préparation. Je travaille toujours avec le même nez, Fabrice Pellegrin, un parfumeur grassois qui travaille chez Firmenich (Scandale de Gaultier) et avec qui j’ai une grande complicité.

 

Comment définiriez-vous Dear Rose ?

Dear Rose célèbre l’éternelle histoire de la femme et du parfum, une ode à la féminité. C’est aussi une histoire d’expérience et de transmission.

 

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je raconte des histoires de femme. Femme en voyage, femme conquérante, femme mante religieuse avec Mentha Religiosas. Et le parfumeur l’interprète olfactivement. Des pans de vie de la femme dans son quotidien. Pour Dear Rose, j’ai par exemple créé Bloody Rose, la femme tentatrice qui peut séduire l’homme. 

 

Y a-t-il des parfums que vous aimez plus particulièrement ?

Oui. J’ai adoré par exemple ShalimarJicky de GuerlainEmpreinte de Courrèges lorsque j’étais plus jeune et j’apprécie beaucoup Terre d’Hermès.

 

Quel est votre parfum du moment ?

Oud vibration (Beach Boys) inspiré de la musique. 

 

Où peut-on trouver la marque Dear Rose actuellement ?

Chez Harrod’sTiffany & Co en Angleterre, en Allemagne, en EspagneLituanieRoumanie. En France, nous avons plus de dix points de vente (dont le Bon Marché, Liquide, Bar à parfums…). Nous ouvrons également en Russie, au Moyen-Orient

 

Quels sont vos projets ?

Réussir mon lancement de parfum.

 

Quels sont vos conseils pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans le parfum ?

Il faut prendre ce qui se propose, ne jamais abandonner, transformer ses rêves en réalité, même si cela prend du temps. Il faut continuer.

http://www.dear-rose.fr/

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