Le club de lecture américain Literati, basé à Austin et qui collabore avec Malala Yousafzai pour proposer des box mensuelles de livres à ses abonnés, vient d’annoncer qu’il proposerait désormais des services aux lecteurs adultes. Leur nouvelle plateforme, qui sera lancée le 1er octobre, proposera une sélection de livres chaque mois à ses clients.

Cinq sélections à thèmes seront proposées, pour un prix de 24,95 $ par mois. Chaque box inclura un livre relié choisi par l’une des célébrités collaborant sur le projet : Stephen Curry, superstar de NBA, Richard Branson, fondateur de Virgin, la journaliste et auteure Susan Orelan, la Joseph Campbell Foundation et la plus attendue de toutes : Malala Yousafzai.


La jeune militante pakistanaise, prix Nobel de la paix en 2014 pour son engagement pour l’éducation des filles, sera en effet chargée de proposer chaque mois un livre pour le club de lecture. Jessica Ewing, PDG et fondatrice de Literati, explique : « Malala a toujours été un choix parfait pour nous, car elle est tellement inspirante. Beaucoup de gens l’admirent, elle adore lire et l’éducation est son combat. Nous savions qu’elle était concernée par la lecture. Elle est parfaite pour notre marque, à mi-chemin entre nos services pour enfants et adultes. Travailler avec elle a été exceptionnel ».

De son côté, Malala partage l’enthousiasme de l’entreprise. L’opportunité de collaborer avec le club de lecture la ravit : « Literati est un endroit merveilleux qui permet aux enfants d’avoir accès à une vaste gamme de livres suggérés par des personnes incroyables qui peuvent leur proposer quelque chose de leur goût. Je suis vraiment impressionnée par le concept de Literati ».

Jessica Ewing est pour sa part très reconnaissante envers Oprah Winfrey, qui lui a donné l’idée de rassembler plusieurs lecteurs chargés de mettre au point les sélections mensuelles : « Oprah est celle qui nous a donné l’impulsion d’origine et l’exemple de ce qu’est un bon club de lecture. Bill Gates aussi partageait ses livres préférés, et Reese Witherspoon dirigeait un club de lecture incroyable. Nous nous sommes donc dit : “Pourquoi ne pas étendre ce modèle et le proposer à plus de personnes, car c’est une expérience fantastique pour les lecteurs”. C’est comme ça que nous avons fini par nous orienter dans cette direction et choisir les personnes que nous avons choisies ».

 

Forbes : Habitez-vous toujours en Angleterre actuellement ?

Malala : Oui, je suis en Angleterre. J’habite à Birmingham avec ma famille. C’est un peu bizarre, car j’ai terminé mon cursus universitaire il y a deux mois, et tout le monde rêve de partir du domicile familial après ses études, mais le Covid nous a poussés à rester tous ensemble à la maison (rires).

 

Forbes : C’est plutôt positif d’être avec votre famille en ce moment. Comment les choses se déroulent-elles au Royaume-Uni ?

Malala : Nous comparons beaucoup les pays avec les pires situations, mais je pense que le Royaume-Uni s’en sort un peu mieux. Il y a tout de même eu de nombreux décès, et les choses ont été compliquées ici, mais ce n’est pas aussi grave qu’aux États-Unis. La vie est en train de reprendre son cours.

 

Forbes : Justement, avec le confinement, vous avez dû avoir beaucoup de temps libre pour lire des livres et sélectionner vos préférés ?

Malala : J’ai une liste de lecture très longue et ça m’enthousiasme beaucoup. J’ai notamment hâte de lire de nouveaux ouvrages sur les sujets d’actualité, mais si ma liste est si longue, c’est parce que j’y ai rajouté de nombreux livres ces derniers mois lorsque je révisais mes examens.

 

Forbes : Le thème de votre sélection est « Fearless ». Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Malala : Personnellement, puisque j’ai fait entendre ma voix pendant une période où le terrorisme se propageait dans mon pays, le courage représente une partie importante de ma vie. Pour moi, cela signifie dépasser ses peurs. Cela ne veut pas dire que vous n’avez jamais peur, car la peur fait partie de la vie humaine et de nombreuses difficultés se dressent sur notre chemin, nous rencontrons des obstacles. Nous pouvons être nerveux à l’intérieur, anxieux, inquiet. Mais il s’agit de surmonter ces peurs et de faire ce en quoi l’on croit. Pour ma part, je me suis fait entendre en écrivant sur mon blog. Le contexte de l’écriture d’un livre et d’autres formes d’art sont un moyen d’exprimer ses sentiments. Les personnes courageuses sont celles qui surmontent les obstacles, qui dépassent les peurs qui les entourent à l’intérieur et à l’extérieur. Ils communiquent tout ce qu’ils ont dans le cœur, ils disent la vérité, ils expriment leurs sentiments de manière totale et ils partagent de vraies histoires. Voilà ce que cela signifie pour moi.

 

Forbes : Y a-t-il des ouvrages qui ont illustré votre définition du courage quand vous étiez plus jeune ?

Malala : Mon premier modèle, c’était mon père. Il n’a eu peur de personne lorsqu’il s’est fait entendre sur le sujet des droits des femmes et de l’éducation des filles. Je l’admire et j’apprends beaucoup de lui, c’est pour cela que j’ai eu le courage de m’exprimer à l’époque, car je savais qu’il y avait au moins quelqu’un qui croyait en ma mission. J’avais aussi entendu parler de personnalités exemplaires, comme Martin Luther King ou Nelson Mandela, en passant par Benazir Bhutto (l’ancienne Première ministre du Pakistan). Ces personnes ont fait entendre leur voix pour faire éclater la vérité, la justice et leur courage. Ils ont poursuivi leur combat pour l’égalité à la place de ceux qui n’avaient le droit de parole. Voilà quelques-uns de mes modèles. Mais encore une fois, les personnes qui me sont très chères sont celles dont nous n’avons pas encore entendu la voix. J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses jeunes femmes du monde entier. Je suis allée au Liban, en Irak, au Brésil et au Nigeria, et j’ai entendu les histoires incroyables et étonnantes de ces filles qui, chaque jour, surmontent des obstacles pour recevoir une éducation et se faire entendre. Elles n’abandonnent pas, même si cela signifie marcher pendant des heures chaque jour pour aller à l’école, et se battre contre ceux qui les empêchent d’être scolarisées. Elles échappent aux mariages précoces et ne baissent pas les bras. Je pense que ce sont là les histoires que nous n’entendons jamais et je veux avoir l’occasion, avec cette plateforme, de pouvoir faire entendre la voix de ces jeunes filles. Il y a beaucoup d’auteurs qui écrivent des choses incroyables, mais souvent leur travail n’est pas reconnu. J’espère donc qu’avec Literat, nous aurons l’opportunité extraordinaire de partager les livres de nouveaux écrivains, en particulier des femmes et des jeunes filles, pour faire entendre les voix de ces féministes silencieuses.

 

Forbes : Quel âge aviez-vous quand vous avez découvert le pouvoir des livres ? Y a-t-il un ouvrage en particulier qui vous a particulièrement inspirée ?

Malala : Au Pakistan, les élèves sont souvent limités aux manuels scolaires, et les enfants ne sont pas encouragés à lire des livres en dehors de l’école. Mais moi j’ai toujours valorisé la lecture et l’apprentissage. J’ai eu la chance et le bonheur d’avoir accès à quelques livres en plus, et l’un des premiers que j’ai lus était L’Alchimiste de Paulo Coelho, et c’est devenu mon livre préféré. J’ai également lu un livre intitulé Meena, Heroine Of Afghanistan de Melody Ermachild Chavis, qui parle d’une femme afghane héroïque, de son combat pour les droits des femmes en Afghanistan et de sa lutte courageuse contre les extrémistes dans son pays. J’ai aussi beaucoup aimé Une brève histoire du temps de Stephen Hawking, c’était mon autre livre préféré parce que je m’intéressais beaucoup à la physique à l’époque, même si j’avais 12 ou 13 ans à l’époque et que je n’ai pas du comprendre la moitié (rires). Mais je l’ai relu plus tard, et cela reste un de mes livres préférés. Avant l’âge de 15 ans, je n’avais lu que huit ou neuf livres au Pakistan, et pour moi, c’était déjà un accomplissement, parce que les enfants de cette région ne sont pas encouragés par les écoles à lire autre chose que les manuels scolaires et ne sont pas capables de lire des livres en plus. Je pensais avoir fait un énorme progrès en ayant lu quelques livres, mais quand je suis arrivé au Royaume-Uni, j’ai réalisé que chaque école ici avait une énorme bibliothèque, avec des livres incroyables. Les écoles britanniques veillent à ce que les enfants aient accès à des bibliothèques et elles les encouragent à lire. C’est donc à ce moment-là que j’ai commencé à lire plus de livres, et je suis heureuse de pouvoir maintenant lire autant de livres que j’ai envie. 

 

Forbes : Puisque vous n’aviez pas accès à des livres quand vous étiez plus jeune, pensez-vous apprécier plus la lecture aujourd’hui et comprendre l’importance des recommandations de lecture ?

Malala : Complètement. Je pense que les avantages d’un club de lecture collectif sont nombreux. D’une part, vous avez accès à de nombreux livres et vous recevez des suggestions où vous trouverez forcément quelque chose à votre goût en fonction de vos préférences. Je pense que l’érudition est une partie importante de notre vie, et il faut reconnaître que nous ne savons pas tout, même avec un diplôme en poche. Il y a tellement de choses que je ne connais pas, mais ce que je sais, c’est que je peux lire et que j’ai la capacité d’apprendre. Je pense donc que lire, c’est faire preuve d’ouverture d’esprit pour apprendre de nouvelles choses. Et ce que j’ai appris de mes aînés, de mes professeurs et de mes modèles, c’est qu’ils ne cessent jamais d’apprendre. Il faut s’instruire chaque jour, car l’éducation doit faire partie de notre vie et ne s’arrête pas à l’université ou à la salle de classe. J’espère que les gens continueront à s’adonner à cette passion, surtout à notre époque, où les fake news se répandent comme une traînée de poudre. Nous ne lisons que les gros titres, nous passons à autre chose et nous tirons des conclusions trop rapides. C’est une période tellement risquée et dangereuse, certaines choses peuvent nous tromper et nous amener à des constats dangereux. En période de Covid-19, nous constatons à quel point les gens peuvent ignorer ce qu’est une pandémie, et je pense qu’il est important de rester ouverts à l’apprentissage de nouvelles choses, que ce soit chez les jeunes ou chez les personnes âgées. Selon moi, ce club de lecture donne l’opportunité de créer une communauté qui diffuse de la connaissance et du savoir, ce qui représente une partie importante de notre civilisation, de notre culture à l’échelle mondiale. Cela ne se limite pas à un seul pays. J’espère que Literati a ce genre de rayonnement international. Pour moi, en tant que musulmane, la lecture est une partie importante de ma religion et de ma culture, parce que le tout premier mot du Coran est « Iqra », qui signifie « Lire ». Le Coran commence par la lecture, parce qu’il encourage à lire et à apprendre, et dans toute culture, dans toute religion, vous constaterez que les gens sont encouragés à rechercher la connaissance.

 

Forbes : S’il y a un club de lecture que vous voudriez rejoindre plus que les autres, lequel ce serait ?

Malala : Personnellement, j’adore Beyoncé, et j’aimerais connaître ses recommandations. J’aimerais aussi avoir celles de femmes politiques. Je veux voir ce que les présidentes et Premières ministres actuelles recommanderaient, en particulier aux jeunes filles qui souhaitent devenir des leaders dans leur communauté ou dans leur pays, que ce soit Angela Merkel, Jacinda Ardern (Première ministre de Nouvelle-Zélande) ou d’autres encore. Ce serait intéressant de les entendre, car je suis sûre qu’elles aimeraient encourager et inspirer les jeunes femmes.

 

Forbes : C’est intéressant que vous commenciez par Beyoncé, cela prouve sa popularité à travers tous les groupes, les religions, les couleurs de peaux et les genres. Tout le monde adore Beyoncé. Quelle est votre chanson préférée ?

Malala : Je pense que je dirais Single Ladies (rires).

 

Article traduit de Forbes US — Auteur : Steve Baltin

 

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