Claudine Schellino a déjà eu cent vies qui l’ont menée aux quatre coins du monde. Chef d’entreprise, citoyenne engagée, conférencière… l’infatigable entrepreneure porte un combat corps et âme en faveur de l’emploi des jeunes.

Soutenue par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, elle a lancé en 2011 les ‘Journées Nationales de la Jeunesse’ en vue de connecter les entreprises aux talents de demain. Qui mieux qu’un entrepreneur pour donner à voir la diversité de ses métiers, partager son savoir-faire, susciter des vocations, questionne-t-elle sans relâche. Claudine Schellino diffuse son énergie communicative à une audience toujours plus grande parmi les acteurs publics et privés, et aussi au sein de la génération Z.


Vous êtes pleinement mobilisée en faveur de l’emploi des jeunes et de la mise en lumière de métiers méconnus. Parlez-nous de ce combat.

Claudine Schellino : Un paradoxe dans notre société me touche et m’exaspère : d’un côté des entreprises souhaitent recruter des jeunes mais ignorent comment les attirer, des métiers disparaissent en pénurie de main d’œuvre ; des secteurs économiques souffrent d’idées reçues et de stéréotypes ; des recruteurs manquent de repères pour prendre la mesure du potentiel et des compétences de la nouvelle génération… Quand de l’autre, près d’1 jeune sur 5 est toujours en situation de chômage ; des élèves choisissent souvent les mêmes voies d’orientation saturées, ignorant les infinies possibilités et la richesse des filières qui s’offrent à eux. Enfin, les élèves ont encore une image biaisée du monde de l’entreprise.

Partout en France, nos entreprises sont en mesure de proposer de belles carrières aux jeunes. Malheureusement, les jeunes l’ignorent. Il est urgent d’agir afin d’éviter la disparition de certains métiers. Il est urgent de miser sur une jeunesse curieuse et ouverte sur le monde, qui puisse toucher du doigt la richesse et la diversité des métiers et des parcours qui s’offrent à elle. Tel est donc mon combat : sensibiliser les acteurs publics, privés et associatifs pour mettre fin ensemble à ce paradoxe.

Chacun, à son niveau pourrait changer la donne. C’est simple, en consacrant par exemple, quatre heures dans son emploi du temps à la visite de son entreprise par une classe ; ces temps d’échanges privilégiés sont essentiels pour leur donner confiance et l’envie d’être acteur de leur vie. En ouvrant les portes de leur lieu de travail, qui mieux qu’un entrepreneur pour donner à voir la diversité de ses métiers, partager son savoir-faire, éveiller les jeunes vers des formations qui répondent à ses besoins spécifiques et qui mènent vers l’emploi, susciter des vocations.

L’orientation est au cœur des entreprises de tous secteurs de l’économie.

A travers votre initiative « Les Journées Nationales de la Jeunesse », vous vous fixez l’objectif de démystifier le monde du travail auprès des jeunes. Neuf ans après le lancement des JNDJ, quel bilan ? Quelles perspectives ?

C.S : Je vous partage mon rêve : Des « journées éducation – entreprise » versus « Journées du Patrimoine », où tous les lieux de travail, quel que soit le secteur d’activité, ouvriraient leurs portes à des classes, pour se faire connaître, pour faire valoir leurs atouts, leurs perspectives, mais aussi pour permettre aux jeunes de démystifier le monde du travail et leur donner envie de se projeter dans le monde des actifs. La performance et la compétitivité des entreprises étant plus que jamais liée à l’intégration de la nouvelle génération dans le monde du travail, préparer le terrain à ces talents de demain devient une priorité.

Depuis 9 ans les JNDJ se sont beaucoup développées. En passant d’une semaine par an, à toute la période scolaire, pour répondre aux souhaits des entrepreneurs et des enseignants d’organiser plusieurs fois dans l’année. La demande des enseignants restant, cette année encore, toujours plus importante que l’offre proposée, nous recherchons toujours plus d’entrepreneurs à rejoindre le mouvement. Aujourd’hui, nous souhaitons démultiplier les rencontres sur l’ensemble du territoire pour sensibiliser et accompagner encore plus de jeunes vers une orientation choisie et vers des voies qui recrutent.

Voici quelques chiffres à mettre en perspective : nous sommes passés en quatre ans de 40 000 à 80 000 jeunes impactés par les ‘Journées Nationales de la Jeunesse’. 6 000 entrepreneurs sont engagés à nos côtés par édition. Depuis 3 ans, nous mettons à la disposition des équipes éducatives un kit pédagogique très complet pour préparer, organiser et exploiter en classe les visites.

Ce kit a remporté un succès incroyable, en témoignent les 56 000 téléchargements !

©Claudine Schellino

Vous vous adressez donc aux « Z », une génération que l’on dit en rupture culturelle et philosophique avec ses aînés. Quelles sont les attentes qui vous sont formulées par ces actifs de demain ?

C.S : Je crois profondément en la société que cette génération Z nous dessine et je mise sur elle. Ces jeunes privilégient la qualité de vie, la quête de sens dans une entreprise qu’ils souhaitent éthique, transparente et tournée vers le monde. Ils préconisent les « multi taches », les projets plus qu’un « poste » avec une priorité donnée à l’esprit d’équipe. L’équilibre vie privée vie professionnelle est fondamental avec un fort besoin d’autonomie.  

Ils aspirent à des bureaux conviviaux pour un aménagement plus souple de leur temps de travail (dont certains ont des salles de détente et de jeux) ; bureaux qu’ils voient comme une source de socialisation. Pour ma part, c’est cette curiosité et appétence à comprendre le « pourquoi » on leur demande de réaliser une tache, « à quoi ça sert », qui est significative de cette génération. 

A l’occasion des JNDJ, nous organisons toujours une conférence débat, vouée à donner la parole aux jeunes. Comme les intervenants, invités à partager leurs expériences, je suis toujours très touchée par la qualité de ces échanges, les jeunes se montrant toujours curieux, intéressés,  ouverts, francs. Cette génération attend aussi d’être considérée, écoutée, que leurs idées et leurs actions soient reconnues. Pour se faire entendre, elle a besoin de descendre dans la rue et ce n’est pas normal ! Il est grand temps que notre société s’engage pour encourager, accompagner, mettre en lumière ces jeunes qui dessinent, innovent et créent le monde d’aujourd’hui et de demain.

La future génération peut-elle réussir le rendez-vous égalitaire Homme – Femme ?

C.S : Oui, c’est tout l’intérêt et l’objectif des JNDJ : C’est la jeunesse qui est désormais actrice de la société qu’elle veut construire pour demain. Mais elle ne veut pas attendre demain pour la construire, elle la construit dès aujourd’hui. Ces journées offrent l’opportunité de changer le regard souvent dévalorisant porté sur certains secteurs économiques comme l’industrie, sur certains métiers de l’artisanat, ou encore de rectifier les images et les clivages associées aux métiers filles / garçons. Par exemple, l’entreprise Capgemini, leader mondial des services technologiques, participe aux JNDJ pour déconstruire les clichés sur les métiers de l’informatique et du numérique. Elle assure que ce secteur n’est pas réservé aux garçons et encourage les filles à s’y lancer via l’immersion dans leur quotidien et la rencontre avec leurs collaborateurs.

Amazon ouvre ses 6 sites pour les JNDJ où ils accueillent de nombreux jeunes pour valoriser la diversité de leurs métiers souvent méconnus comme ceux de l’informatique et de la robotique. Ils mènent également une politique d’intégration de jeunes personnes en situation de handicap, avec de belles évolutions de carrières.  

Pour les jeunes issus de zones prioritaires, ces rencontres de terrains sont importantes car en tissant des liens dans le monde entrepreneurial, elles ouvrent des champs du possible et permettent à ces jeunes de ne plus s’autocensurer.

©JNDJ, édition 2020

Vous réunissez un collectif d’entrepreneurs de tous secteurs de l’économie. Qui sont vos soutiens ?

C.S : Notre plateforme, gratuite, est ouverte à toutes les entreprises de tous secteurs d’activité, groupements professionnels, fédérations, associations, fondations… toutes celles et ceux qui s’engagent, éveillent et accompagnent les jeunes dans leur avenir. Nous nous réjouissons de réunir des groupes comme Engie, Amazon, L’Oréal, BNP Paribas… ainsi que de nombreuses PMI, PME. Par ailleurs, nombreux sont les artisans qui ont ouvert leurs ateliers, partagé leurs savoirs faire et talents tels que des confiseurs, ébénistes, céramistes, fromager, boulanger, coiffeurs… Il y a aussi une galaxie d’associations et institutions : 100 000 Entrepreneurs, Les Compagnons du Tour de France…

Un message en ce mois célébrant la « Journée Internationale des Femmes » ?

C.S : Je suis fière d’être une femme, fière d’être maman de deux jeunes femmes merveilleuses, qui comme leur génération, sont engagées, profondément humanistes, déterminées, ouvertes sur le monde qu’elles souhaitent juste et équitable, toujours prêtes à défendre leurs idées, à tendre la main. Elles sont ma source d’inspiration et d’actions.

Je suis admirative de toutes ces femmes qui font chaque jour leur « part de colibri » et qui transmettent pour un monde meilleur. Leur rôle est si important et pourtant si souvent dévalorisé. Dans ce véritable mouvement de conscience que nous traversons aujourd’hui, je garde un formidable espoir et une foi profonde en ces jeunes filles d’aujourd’hui, femmes en devenir, qui portent en elles les richesses de ce monde nouveau.

Pour aller plus loin : 

Les Journées Nationales de la Jeunesse du 30 mars au 3 avril 2020