Claude Terosier est la fondatrice de Magic Makers, des ateliers de code pour enfants. Après avoir gagné le prix Business with Attitude de Madame Figaro, elle est accompagnée depuis peu par la fondation Raise. Portrait.

Quand nous arrivons dans les ateliers du 15ème arrondissement de Paris pour faire un Facebook Live, Claude Terosier est là, sourire aux lèvres et douceur dans la voix. Il y a quatre ans, elle était encore ingénieure chez SFR après des études à Télécom ParisTech. Elle a profité d’un plan de départ pour tester son projet, sans prendre trop de risque : « À l’époque, quand je parlais d’apprendre à programmer aux enfants, beaucoup de gens ne comprenaient même pas pourquoi j’en parlais. Ils considéraient que l’école servait à apprendre à lire, à écrire et à compter mais que le code était réservé aux ingénieurs », se souvient-elle. Aujourd’hui, Magic Makers compte cinq ateliers, en région parisienne et à Bordeaux mais la fondatrice ne compte pas s’arrêter là.


À la tête d’une équipe de 20 personnes, plus 40 animateurs à temps partiel (des étudiants pour la plupart), l’entrepreneure se définit comme une boss « à l’écoute et qui accompagne », elle l’espère en tout cas… Ce qu’elle apporte à Magic Makers ? Sa vision, et du sens. « C’est transmettre ce sens pour que chacun puisse faire son boulot le mieux possible et trouver seul les solutions à son niveau », précise-t-elle. Ce qui l’a fait avancer ? Ce petit plus qu’elle apporte aux enfants. Quand on lui demande si elle a des exemples professionnels autour d’elle, elle réfléchit longuement, sans trouver de réponse, puis finit par évoquer ses parents : « Mon père était entrepreneur et ma mère dans l’éducation nationale, en tant que professeure puis inspectrice. Cela m’a pris un peu de temps mais j’ai fait la synthèse des deux. J’ai fini par créer mon entreprise dans l’éducation ». Elle a fait des études d’ingénieur par amour des maths et de l’algorithmique mais elle voulait être romancière quand elle était petite. Aujourd’hui, elle a beau avoir essayé les liseuses électroniques, elle n’en est pas moins amoureuse du papier et des livres.

Apprendre à apprendre

Chez Magic Makers, les enfants apprennent à coder mais l’objectif n’est pas d’en faire des développeurs mais plutôt de se familiariser avec un certain état d’esprit. « Pour coder, il y a deux niveaux de compétences différents. D’abord, la pensée informatique c’est-à-dire donner des instructions à une machine pour qu’elles les fassent à votre place. C’est une formidable école de logique et de rigueur. Puis, savoir comment mener un projet à bien en définissant un objectif, trouver des solutions en cas de problème, tester, corriger… », détaille-t-elle. Côté échec, elle n’est pas en mesure d’identifier un échec en particulier. « La vérité c’est que sur le parcours de l’entrepreneur, on passe son temps à se tromper. À chaque fois, il faut s’en rendre compte et trouver des solutions. On garde ce qui marche ». C’est pour Claude Terosier la définition d’un bon entrepreneur.

Elle est fière d’être partie d’une feuille blanche pour aujourd’hui, toucher 1000 enfants inscrits hebdomadairement, âgés de 6 à 15 ans, sans compter les 150 ateliers par semaine, et mesure l’impact potentiel sur leur vie. « Rien que ça, c’est extraordinaire ». Ses enfants lui ont servi de cobayes et ont suivi les pilotes des ateliers et des stages. Sans être geek, ils sont devenus plus autonomes. Pour preuve, alors que la famille faisait beaucoup de vélo l’année dernière, son fils (en classe de 5 ème) s’est rendu compte que son téléphone se déchargeait rapidement dans la journée. Il a fait la démarche de chercher en ligne quels composants pouvaient être assemblés pour charger la batterie à la dynamo de son vélo. Certes, son père lui a acheté entre temps mais il faut reconnaître que la démarche est là. « C’est pour moi le meilleur facteur de réussite », évoque-t-elle, émue.