Nommée à la tête du leader européen de location de véhicules en novembre 2016, Caroline Parot, ancienne directrice générale finance du groupe, décline sa vision de la performance entreprise, avec en filigrane, la volonté de conserver l’humain au cœur du dispositif.

Performance et sérénité ne sont pas antinomiques. Nul besoin de faire trembler les murs et remuer ciel et terre pour obtenir des résultats tangibles. Un postulat qui sied parfaitement à Caroline Parot, désignée nouvelle présidente du directoire du groupe Europcar, il y a presque deux ans, en remplacement de Philippe Germond. Une place de choix et, de facto, particulièrement exposée pour l’une des trois femmes à présider aux destinées – exécutives – d’un groupe du SBF 120, après Isabelle Kocher (Engie) et Sophie Boissard (Korian). Les deux autres femmes de l’indice aux responsabilités, en l’occurrence Sophie Bellon et Elisabeth Badinter, occupent respectivement la tête du conseil d’administration de Sodexo et du conseil de surveillance de Publicis, mais ne jouissent pas de fonctions opérationnelles. « C’est une thématique (ndlr : la place des femmes dans les équipes dirigeantes) qui s’est installée progressivement dans mon esprit, à mesure de l’avancée de ma carrière », souligne Caroline Parot, Présidente du Directoire d’Europcar.

Ce fut même, pour celle qui est titulaire d’un master en finances de l’école supérieure de commerce de Paris (ESCP) et d’un DEA d’économie/mathématiques de l’université Panthéon-Sorbonne, un non-sujet au sortir de ses études. « J’ai commencé de manière assez classique, il y a plus de 20 ans, dans un cabinet d’audit et de conseil qui était Arthur Andersen (dont émaneront, par la suite, les deux mastodontes Accenture et EY). J’ai travaillé là-bas pendant 10 ans et, étant une entité américaine, la question de la parité était un non-sujet », se rappelle Caroline Parot. Cette problématique refait davantage surface lorsqu’elle décide de faire le grand saut dans « les entrailles » de l’entreprise. Un moment charnière. « Dois- je continuer dans cette voie, de conseils et recommandations pas toujours suivis donc pouvant engendrer une certaine frustration, ou faut-il changer les choses de l’intérieur ? », s’est-elle longuement interrogée.

L’humain au cœur

La volonté de se retrouver « au cœur du réacteur » sera plus forte et Caroline Parot décide finalement de rejoindre « la salle des machines » de Thomson, qui deviendra par la suite Technicolor. Nous sommes en 2005. La tâche s’annonce ardue pour celle qui vient d’être bombardée à la tête de la finance de la division licences et brevets du groupe. « Une division certes financière mais qui abritait également en son sein beaucoup d’ingénieurs et beaucoup de recherche », s’empresse-t-elle d’ajouter, mettant en exergue, déjà, sa volonté de donner à l’humain une place prépondérante au sein du dispositif. « Au bout de trois ans, le groupe est entré dans une phase de restructuration assez intense et la nouvelle équipe de management m’a demandé de les rejoindre au niveau de la gestion du groupe. Je suis ainsi devenue responsable de la performance et du controlling du groupe ». En 2009, un processus de sauvegarde du groupe est lancé. Une période particulièrement dense mais qui permet néanmoins à Caroline Parot de fourbir ses armes, dans un contexte des plus délicats, elle qui voulait se retrouver en immersion totale dans la mécanique complexe de l’entreprise.

Satisfaite du devoir accompli – au sortir de 18 mois éreintants – Caroline Parot s’enhardit et semble plus que jamais prête à relever un nouveau challenge. Celui-ci ne va pas tarder à s’offrir à elle : elle rejoint Europcar en 2011 avant d’être rapidement nommée, au début de l’année suivante, directrice financière du leader de la location de véhicules en Europe, avec en ligne de mire, l’introduction en Bourse de la société. Mais avant cela, pas question pour la nouvelle « CFO » (Chief Financial Officer) de lever le pied dans la mesure où se profile un programme chargé : un plan de refinancement – achevé avec succès en juin 2012 – ainsi qu’un plan de transformation afin de donner une nouvelle impulsion au groupe. Le plan de transformation s’avère être un succès, la performance opérationnelle, si chère à la dirigeante, a évolué de façon tangible. « Ainsi, au bout de la seconde année du plan, nous avions déjà atteint tous nos objectifs », se félicite-t-elle, les yeux emplis de fierté. A la fin de l’année 2014, la situation financière est totalement assainie si bien que l’actionnaire de référence, Eurazeo, estime qu’il est désormais temps d’entrer dans le processus d’introduction en bourse. Ce sera chose faite le 26 juin 2015.

Redonner de la fierté

Fidèle à sa volonté de procéder avec méthode et pédagogie, Caroline Parot s’emploie à mettre de l’huile dans les rouages et à rassurer les investisseurs sur la pertinence et la robustesse du business model d’Europcar. Mais ces derniers vont surtout être ragaillardis – malgré la volonté affichée de la dirigeante de mettre en avant le collectif – par la nomination, le 25 novembre 2016, autre date gravée, de Caroline Parot en tant que présidente du directoire. Sans se départir de sa ligne directrice, dans un milieu très masculin. Et de se voir désormais comme un modèle sans pour autant verser dans le prosélytisme. « Les femmes doivent avoir, outre le talent, une personnalité forte pour pouvoir exister dans le monde des services ». Et de ciseler sa vision d’une femme à la tête d’un grand groupe. « Je suis une professionnelle avant d’avoir un style ou un genre ». Au service de la performance. Toujours.