Il y a cinquante ans, Neil Armstrong et Buzz Aldrin posaient le pied sur la Lune ; mais comme l’ont toujours rappelé les deux astronautes, ils ne sont pas arrivés là tous seuls. Premièrement, il y avait le pilote du module de commande d’Apollo 11, Michael Collins, en orbite au-dessus d’eux ; mais sur Terre, plus de 400 000 autres personnes avaient travaillé ensemble pour faire en sorte que ce moment historique ait lieu. Et toutes n’étaient pas des hommes.

L’ingénieure en électricité Judith Love Cohen est celle qui a conçu le système AGS (« Abort-Guidance System ») du module lunaire d’Apollo et a participé à planifier l’orbite de retour sur Terre dans l’éventualité où l’équipage aurait dû faire avorter la mission avant d’atteindre la Lune. Lors de la coupure de courant du module de commande pendant la mission Apollo 13, l’équipage utilisa le système AGS de Cohen en tant qu’ordinateur de secours afin de repartir sur l’orbite de retour sur Terre. À cette époque, elle travaillait pour Space Technology Laboratories (plus tard connus sous le nom de TRW, et par la suite racheté par Northrop Grumman) sous contrat avec la NASA. Plus tard dans sa carrière, Cohen a travaillé à la station scientifique terrestre pour le Télescope Spatial Hubble et le système terrien du Tracking and Data Relay Satellite System, un réseau qui n’est plus utilisé à présent, et qui permettait de communiquer avec des satellites, des ballons à haute altitude, des appareils aériens, et même de lointaine stations de recherches en Antarctique.

 

 

L’ingénieure informatique Margaret Hamilton a dirigé l’équipe qui a développé le logiciel embarqué d’Apollo. Dans les années 60, elle a rejoint un laboratoire à l’Institut de Technologie du Massachussets (MIT), où elle est devenue la directrice d’une équipe chargée de développer des logiciels pour les missions Apollo de la NASA. Les affichages d’alarmes et les programmes de récupération qu’elle a inclus dans le logiciel ont permis d’éviter une annulation de dernière minute de la tentative d’alunissage quand, à seulement trois minutes de la surface lunaire, un problème dans l’alimentation électrique du radar d’approche du module lunaire avait surchargé l’ordinateur avec des demandes d’interruptions. Hamilton et son département au MIT ont par la suite également travaillé sur des logiciels pour Skylab. Elle avait commencé sa carrière au département de météorologie du MIT, où elle avait développé un logiciel de prédiction météorologique précoce. Ses calculs ont d’ailleurs contribué au travail du météorologiste Edward Lorenz sur la théorie du chaos.

 

Des couturières de l’International Latex Corporation (à présent ILC Dover) ont confectionné les combinaisons spatiales des astronautes. Elles travaillaient souvent en collaboration avec les ingénieurs, alliant leurs connaissances pratiques de la couture avec les modèles et les paramètres des ingénieurs. Les astronautes d’Apollo se rendaient fréquemment à l’entreprise pour essayer les combinaisons, qui étaient cousues main pour être à la taille de chaque astronaute ; les couturières ont donc souvent rencontré et parlé avec les personnes dont les vies dépendaient de leur travail. Plusieurs couturières ont également pu assister à certains lancements d’Apollo. ILC Dover continue de confectionner les combinaisons spatiales des astronautes de la NASA à ce jour.

 

La mathématicienne Katherine Johnson a calculé les trajectoires d’approche pour le module lunaire et le module de commande ; elle a également tracé les graphiques de navigation pour les astronautes (sur lesquels l’équipage d’Apollo 13 s’est appuyé pour retourner sur Terre sain et sauf). Depuis 1953, elle travaillait au Centre Spatial Langley de la NASA (NACA à l’époque) en Virginie, effectuant des calculs complexes en géométrie et en mathématiques à la main au sein du groupe de calculatrices (mathématiciennes) de Langley. Dans le monde ségrégué de la Virginie des années 1950 et 1960, Johnson travaillait au sein de l’Unité de Calcul de la Zone Ouest (West Area Computers), un département entièrement composé de femmes afro-américaines sous la direction de la mathématicienne Dorothy Vaughan. Johnson a travaillé aux côtés d’autres mathématiciennes notables, telles que Christine Darden, Mary Jackson, et Miriam Mann. Anecdote célèbre : l’astronaute John Glenn du programme Mercury avait refusé d’effectuer son vol orbital avant que Johnson ne vérifie les calculs de l’ordinateur électronique. C’est elle également qui avait calculé la trajectoire et la fenêtre de lancement pour le vol suborbital d’Alan Shepard en 1961, période à laquelle a débuté sa carrière jusqu’aux premiers jours de la fusée spatiale.

 

L’ingénieure JoAnn Morgan est celle qui a manœuvré le vérificateur d’appareillage dans la salle de contrôle durant le lancement. Elle a été la première femme ingénieure au Centre Spatial Kennedy de la NASA, et la première femme à piloter une console au Launch Control Center pendant un lancement. Le Launch Control Center, ou salle de contrôle, est le centre de contrôle pour les premiers instants du lancement d’un engin spatial, avant que l’équipe ne laisse la main au Mission Control à Houston, Texas. Depuis leurs consoles dans la salle de lancement, les membres de l’équipe sont assez proches pour observer le lancement depuis une fenêtre, et non un écran – et assez proches également pour sentir les vibrations de l’allumage de la fusée Saturn V. En tant que contrôleuse de l’appareillage, la tâche de Morgan consistait en la surveillance des systèmes de communication de l’engin spatial.

 

Dee O’Hara était l’infirmière des équipages d’Apollo et de leurs familles. Elle s’était engagée dans la U.S. Air Force après l’école d’infirmières. En 1959, alors seconde lieutenante, elle se retrouve assignée au soutien du programme Mercury en tant que première infirmière de service. Elle a configuré les zones d’examens et les laboratoires, et a fait passer aux astronautes leurs tests d’aptitudes physiques avant leur vol ; elle a également mis en place et dirigé un hôpital portable à Grand Bahama Island, où elle a géré les examens médicaux des astronautes après leur vol, ainsi que leurs traitements. O’Hara démissionne de l’armée en 1964 pour rejoindre la NASA, où elle a joué un rôle crucial dans l’établissement de la Flight Medicine Clinic à Houston et a tout géré, des examens médicaux pré et post-vol aux visites médicales ordinaires des familles des astronautes d’Apollo. Elle a assisté à tous les lancements des programmes Mercury, Gemini et Apollo, et elle a également travaillé avec les équipages de Skylab, du Programme de Test Apollo-Soyuz, et de la première mission de fusée spatiale en 1981.

 

La physicienne Sheila Thibeault a dirigé le simulateur d’amarrage Rendezvous Docking Simulator, dans lequel les astronautes d’Apollo se sont entraînés à l’amarrage du module lunaire et du module de commande pour le voyage de retour vers la Terre. Dans le simulateur, les astronautes s’appuyaient sur un écran de télévision pour voir quand les deux engins spatiaux étaient correctement alignés pour l’amarrage. En plus d’avoir créé et dirigé les tests, Thibeault a travaillé à réduire le volume de distorsion de ces images afin de rendre la tâche plus facile et plus sécurisée pour les astronautes. L’amarrage était un processus difficile, et s’il avait échoué, les deux tiers de l’équipage auraient été laissés à la dérive dans l’espace sans aucune chance d’être secourus et sans moyen de retourner sur Terre. Thibeault avait commencé à travailler à la NASA pour un job d’été après l’université en 1958, et elle y est encore à ce jour, travaillant sur des vêtements permettant de protéger les astronautes des radiations.