La ville de Lahti en Finlande s’est récemment démarquée par la mise en place d’une politique écologique novatrice, visant à récompenser les gestes écocitoyens. Par une démarche incitative, encourageant les habitants à favoriser les transports en commun, elle espère ainsi, d’ici 2030, que plus de la moitié des déplacements seront effectués via des modes de transport durables.

Présentation du projet CitiCAP


 

Le projet CitiCAP, mis en œuvre en août dernier dans la ville de Lahti, repose essentiellement sur une logique incitative. Il s’agit de sensibiliser les habitants aux émissions carbone générées par leur mobilité et de récompenser les efforts faits en faveur d’une réduction de ces dernières. Concrètement, cela prend la forme d’un portefeuille virtuel où chaque citoyen se voit créditer un « quota de carbone » hebdomadaire en fonction de sa situation personnelle. Si à l’échéance ce dernier n’est pas épuisé, l’habitant bénéficie « d’euros virtuels » qu’il peut utiliser dans les commerces et infrastructures locaux. A l’heure actuelle, Lahti compte 120 002 habitants dont chacun émet en moyenne 21 kilos de CO2 par semaine. L’objectif affiché de ce projet est d’atteindre une réduction d’environ un quart de leurs émissions personnelles, ce qui revient à remplacer 20 km de voiture par des transports publics, le vélo ou des déplacements à pied.

Outre l’aspect écologique, le projet a également pour ambition de fournir un ensemble de données numériques relatives à la mobilité des personnes qui permettraient de développer efficacement le réseau de transport en commun. Cette collecte de données serait également très utile pour mesurer les effets concrets d’une telle politique sur l’environnement.

L’originalité du projet CitiCAP

Ce projet se singularise sur quatre points majeurs :

D’abord sur son mode de financement. Financé à hauteur de 4,7 millions d’euros par l’Union Européenne, il s’insère dans une politique globale visant à rendre l’Europe climatiquement neutre en 2050. En effet, en 2019, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen mettait en place « l’European Green Deal » ou le pacte vert pour l’Europe correspondant à un ensemble d’initiatives dont le but est de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Parmi ces dernières est notamment envisagée l’instauration d’une taxe sur le carbone pour les pays qui ne réduiraient pas de manière efficace leurs taux de pollution aux gaz à effet de serre. Les pays européens se sont donc lancés dans une course à la transition énergétique dont le projet CitiCAP en est une bonne illustration.

Ensuite, la mise en œuvre du projet CitiCAP n’est pas sans rappeler le système d’échange de quotas d’émission de carbone mis en œuvre pour les entreprises et les gouvernements. Le principe est simple : si une entreprise ou un Etat dépasse le quota qui lui est attribué il doit payer ou acheter des quotas d’émission. A l’inverse, si les plafonnements ne sont pas atteints, il est alors possible de revendre l’excédent à un plus polluant. Sur le long terme, le projet CitiCAP ambitionne d’étendre ce principe de plafonnement et d’échange des droits d’émission aux particuliers.

Le projet CitiCAP se distingue également quant à l’échelle de sa mise en oeuvre. A l’heure actuelle, il s’applique à l’échelle locale d’une ville. Ce constat pousse à s’interroger sur les acteurs de l’économie verte. Face aux Etats de plus en plus démissionnaires, ce sont les villes qui semblent vouloir prendre les rênes des actions contre le changement climatique. Cette implication croissante des villes dans l’économie s’était déjà faite remarquer à la suite du retrait de Donald Trump de l’accord de Paris. Plusieurs villes et Etats américains avaient alors décidé de mener leur propre politique environnementale à l’opposé des recommandations de l’Etat fédéral.

Enfin, le projet CitiCAP est notable par le retentissement politique qu’il suscite. Plusieurs pays européens, mais également les Etats-Unis et le Canada observent de manière attentive la conduite de ce projet et ses résultats concrets. Cette initiative a également permis de faire de Lahti un véritable emblème de la lutte contre les gaz à effet de serre au point de lui octroyer le titre de « Capitale verte européenne ».

Les difficultés du projet

Le projet CitiCAP suscite néanmoins plusieurs interrogations.

La première est relative à l’utilisation des données personnelles. Tous les trajets des utilisateurs de l’application sont soigneusement enregistrés et analysés, ce qui risque d’avoir des conséquences sur la vie privée des citoyens. La responsables du projet se défend en invoquant le fait que la réglementation européenne sur les données personnelles est respectée et que ces dernières ne seront pas revendues à des organismes tiers.

La seconde interrogation porte sur l’efficacité de ce projet.

L’engouement politique ne s’est pas traduit par un engouement citoyen. Un mois après le début du projet seulement 2 000 habitants sur 120 002 avaient téléchargé l’application. Comment expliqué un tel échec ? La première raison pourrait être liée à l’utilisation des données personnes tel que mentionné précédemment. Cependant, on peut douter de cet argument puisque la plupart des applications actuelles ont recours à un tel processus de collecte des données. A notre sens, le projet pèche par manque de visibilité et de sensibilisation des habitants et par une mise en œuvre trop complexe notamment pour les personnes âgées.

L’efficacité du projet se mesure également aux sources d’émission de carbone visées. Il est ici question de la mobilité or comme le rappelle le responsable du projet, M.Uusitalo, « la mobilité n’est qu’une partie de notre emprunte carbone ». Il serait donc intéressant d’étendre le projet et de le compléter d’un volet pédagogique permettant d’attirer l’attention des citoyens sur leur mode de vie et de les encourager à une consommation plus respectueuse de l’environnement.

 

 

<<< A lire également : Covid Et Transition Écologique : Il N’y A Pas Un Avant Et Un Après >>>