Le monde entre dans une période fragile où les engagements devront être traduits en actions très concrètes. Dans ce contexte tendu, il est incontournable de prendre des mesures décisives pour maintenir le réchauffement en dessous de deux degrés conformément aux accords de Paris sur le climat.

Nous le savons tous, les modalités de production de notre énergie ainsi que les pratiques hyper-polluantes sont condamnées à disparaître. La demande énergétique planétaire est en hausse et les énergies renouvelables rebattent les cartes du monde énergétique traditionnel. Ce qui peut nous rendre optimistes, c’est aussi l’existence de solutions pragmatiques et fiables industriellement pour parer aux changements climatiques. Afin de pouvoir en profiter judicieusement et urgemment, il serait adéquat de passer à une stratégie bas carbone inventive et inclusive qui associe les collectivités territoriales, l’Etat, le monde académique et scientifique, les citoyens et les entreprises.


Nous observons un basculement d’une ampleur jamais vue depuis plusieurs années, qui appelle à mettre en place des réformes incitatives pour accélérer les initiatives alliant urgence et long terme. Très nettement, les projets de transformation énergétique sont très porteurs socialement et créateurs de valeur territoriale positive.

Avec l’internationalisation des marchés du secteur de l’énergie, devenu de facto très concurrentiel et en pleine mutation, les entreprises ont besoin d’introduire des réorganisations en fixant un plan d’actions de restructuration orienté vers la diversification de leurs activités et l’investissement dans une croissance vertueuse. En effet, le marché de l’énergie étant très volatil, les coûts peuvent donc varier en fonction de plusieurs paramètres. C’est pourquoi, la gestion des risques est nécessaire pour faire face à des situations de fragilités.


Pour que les méga-projets énergétiques transformateurs puissent aboutir, il convient d’opérer certains types de pilotage spécifiques et d’adopter une approche pluridimensionnelle incluant l’aspect stratégique, organisationnel, communicationnel, technologique, juridique et financier. Il paraît indispensable pour les acteurs économiques, à travers une stratégie de conduite de changement et d’amélioration continue, d’adopter plus d’agilité et de corréler l’innovation aux modèles commerciaux en prévoyant un budget dédié à la R&D. Ce qui est certain, c’est que les politiques de fusion acquisition vont s’intensifier pour soulager les entreprises de services publics et leur apporter un fort appui.

L’une des clés de la prospérité des nations est leur auto-suffisance énergétique. L’Afrique souffre d’un manque d’attractivité par rapport à d’autres zones géographiques de par le monde. Ce continent a besoin d’être promu pour capter davantage d’investissements qui devraient aller prioritairement vers ceux qui en ont le plus besoin pour accélérer l’accès des plus démunis à une énergie abordable.

Sur cette voie, le Maroc est audacieusement engagé pour concrétiser sa transformation énergétique radicale. L’immense Centrale solaire NOOR – MIDELT, essentiellement financée par des banques de développement et des fonds d’investissement, portée par MASEN (Moroccan Agency For Sustainable Energy), le bras armé de l’état, est composée de photovoltaïque et solaire thermodynamique. Cette réalisation gigantesque témoigne de la hauteur de vue du pays dans le domaine des énergies propres et participe à dessiner les traits d’une stratégie qui s’inscrit sur le long terme. Dans le monde de l’innovation, le Maroc s’appuie aussi sur l’IRESEN, un centre étatique dédié à la recherche appliquée et le développement, impliqué dans des projets distinctifs comme le Green Energy Park à Benguerir. En outre, les investissements faramineux opérés dans plusieurs régions sont la démonstration de l’hyper-activisme du Maroc dans ce tournant énergétique. Ainsi, l’éolien et le solaire forment la plus grande part du mix énergétique du nouveau modèle marocain. En effet, ce pays prend le lead dans le continent africain sur cette question ô combien stratégique.

Ce qu’il faut revoir pour garantir une réussite pérenne des projets structurants à fort impact social et environnemental, c’est la gouvernance des projets et le renforcement de la coopération internationale dans une perspective de partages d’expériences enrichissantes et stimulantes.

Dans la majorité des cas, les systèmes mondiaux sont basés sur une production électrique centralisée. Ce modèle a besoin d’évoluer vers des systèmes hybrides de production d’énergie décentralisée, qui nécessitent des réseaux intelligents combinant plusieurs technologies permettant de minimiser le coût de l’énergie. Cette interconnexion des réseaux ouvre le champ des possibles en matière de services, à l’image de l’implémentation des solutions de mobilité électrique dans les territoires ou le déploiement d’un éclairage public intégré. Dans la suite de cette réflexion, il est très utile de se servir des moyens prédictifs pour modéliser et anticiper les besoins dans le but de mieux programmer la production et l’adapter aux nouveaux modes de consommation.

Véritablement, les Smart Grids représentent une alternative amplificatrice des changements produisant une électricité décarbonée, maîtrisée et accessible partout et à tout moment. Plus généralement, le plus pertinent est de rapprocher les lieux de consommation et de production énergétique en renforçant la souplesse des systèmes électriques. Ces réseaux seront plus capables de résister à la récurrence des crises naturelles, conjoncturelles ou technologiques et maintenir un équilibre minimum des systèmes. Ce sont de véritables accélérateurs de croissance économique, de durabilité environnementale, de sécurité et résilience énergétique.
Egalement, la technologie de la Blockchain est un catalyseur pour transformer les modes de production et décentraliser les réseaux en favorisant l’inclusion des petits producteurs et des consommateurs dans la chaine de valeur. Cette innovation accélère la digitalisation et la décarbonisation des systèmes électriques dans leur ensemble.

L’innovation technologique, le déblocage des financements et les flexibilités réglementaires sont des facteurs déterminants pour garantir une réussite saine d’un nouveau pacte énergétique, qui est de toute évidence conditionné à la stabilité et au volontarisme politiques. L’engagement dans une nouvelle ère énergétique vise aussi à se libérer des pressions géostratégiques et à conforter la souveraineté des peuples.

Selon le Global Energy transition Index élaboré par le World Economic Forum, la Suède est la mieux armée pour affronter les défis énergétiques. Dans ce même classement, le Danemark fait figure aussi de bon élève. Ce pays se distingue par un mélange de technologies de stockage massif et sa particularité la plus emblématique réside dans les variations des tarifs de l’électricité en raison d’une grande inclusion de l’éolien dans la production électrique nationale.

A l’époque actuelle, l’énergie est un sujet de compétitivité internationale majeur. Ce qui explique les nombreux milliards injectés par les pays les plus puissants du monde dans la recherche de nouvelles technologies pouvant fournir une énergie sobre. La Chine, en tant que grande puissance industrielle et premier pollueur de la planète, investit considérablement dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre et se positionne en leader mondial sur le marché des énergies renouvelables, et de manière plus particulière dans le domaine de l’éolien, le solaire et l’hydro-électricité.

Dans le cadre de son objectif zéro émission, le Canada opte pour des stratégies infléchies vers un développement plus durable basé sur l’usage d’une énergie qui dépend le moins possible du charbon et mobilise des ressources financières importantes pour soutenir les collectivités locales dans le processus de décarbonisation de leurs politiques publiques et de circularité de leurs économies. En effet, la baisse de l’empreinte carbone concerne tous les secteurs polluants. Dans cette équation, les transports et les bâtiments doivent faire l’objet de mesures courageuses. D’après plusieurs expériences, la rentabilité des moyens renouvelables est en nette progression, ce qui augure bien pour l’avenir.

Nonobstant le fait que les pays émergents disposent de moins de capacité d’investissement, leur appréhension des complexités énergétiques s’avère intéressante et leurs efforts sont souvent bien plus importants comparativement aux pays dits développés. Néanmoins, il reste énormément d’étapes à franchir pour démocratiser l’accès à une énergie propre au plus grand nombre. Actuellement, il existe une multitude d’alternatives aux ressources énergétiques polluantes, comme l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique, la biomasse et la géothermie, pour s’ouvrir à un nouveau monde défossilisé et équitable.

Aucune région dans le monde n’est épargnée par la détérioration de la qualité de vie des populations. C’est sous l’influence de l’activité humaine, que le climat se dégrade jour après jour. Il est donc de la responsabilité de tous les intervenants, chacun à son niveau, de faire les bons choix stratégiques dictés par les études scientifiques et les analyses multidimensionnelles appropriées, pouvant atteindre la neutralité carbone à une échelle et à une vitesse conforme à l’urgence climatique.

Dans la perspective de provoquer des améliorations conséquentes et de rompre définitivement avec des modèles productifs nuisibles et passéistes, il faudrait donner les clés de la prise de décision à une nouvelle génération de personnalités politiques opérationnelles et compétentes. En d’autres termes, il est plus urgent que jamais de se débarrasser des codes de l’ancien monde pour imaginer collectivement des futurs souhaitables.

L’avenir de l’humanité dépend très largement d’une économie décarbonée et durable. Cette transformation énergétique n’est pas une démarche contraignante mais indéniablement un moteur de croissance économique créateur d’innombrables opportunités. D’une certaine façon, la métamorphose énergétique doit être considérée comme une transformation solidaire humaine pour une meilleure prospérité partagée. Indiscutablement, le Big-bang énergétique en cours annonce l’installation de nouvelles manières de faire améliorant la qualité de vie des humains et favorisant l’apparition des villes intelligentes à énergie positive dans les quatre coins du monde.

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