Malgré les sondages, l’extrême-droite européenne n’est pas parvenue à augmenter significativement son nombre de siège au Parlement lors des élections européennes de ce week-end. Mais un groupe politique a réussi à faire mentir les estimations des instituts de sondage, le groupe Vert européen.

Même si leurs victoires se sont limitées aux pays de l’Europe occidentale, le groupe Vert dans son ensemble a augmenté son nombre de sièges au Parlement européen, passant de 52 à 67. Ils ont obtenu des résultats surprenants notamment en Allemagne où ils sont arrivés deuxième, au Royaume-Uni où ils ont battu les conservateurs et les sociaux-démocrates et en France, où ils sont arrivés par surprise troisième. Ils ont également percé dans l’électorat irlandais et finlandais.


Les premiers sondages d’opinion indiquent que ces gains étaient principalement dus à une augmentation de la participation des jeunes, même si le soutien des Verts n’était en aucun cas limité aux jeunes. Ces derniers mois, l’Europe a été secouée par des manifestations étudiantes réclamant des actions pour lutter contre le changement climatique, ce qui a déjà fait bouger les choses dans le débat politique dominant. Mais les mesures prises récemment par certains partis majoritaires en faveur de la transition écologique n’ont pas été assez conséquentes pour que les électeurs soient convaincus.

Les deux partis majoritaires au Parlement depuis les premières élections en 1979, la gauche et la droite ont perdu près de 40 sièges chacun. Pour la première fois dans l’histoire du Parlement européen, ils n’auront pas de majorité commune pour gouverner.

Cela signifie qu’ils vont devoir s’allier avec d’autres partis, et les deux ont déjà fait des avances aux Verts. Les leaders des deux partis ont félicité les Verts pour leur victoire et prennent conscience que les électeurs demandaient clairement plus d’actions pour limiter le réchauffement climatique. Manfred Weber, leader du PPE, a été bien avisé de courtiser les Verts, un geste inhabituel de la part du groupe conservateur.

Mais les Verts ont déjà indiqué qu’ils demanderaient aux partis des concessions significatives afin de peut-être faire alliance avec eux. On peut donc s’attendre à des demandes de réductions accrues des émissions de CO2 pour 2030 et 2050, et davantage d’encadrement concernant les émissions dues aux transports.

Si le soutien des Verts est nécessaire à la confirmation du prochain président et des 27 commissaires, il peut être prévisible que le groupe écologiste demande à la Commission de nouvelles propositions en matière de réduction de CO2 afin d’obtenir leur soutien.

« Pour nous, c’est une grande tâche et une grande responsabilité de transformer la confiance de nos électeurs en actions concrètes pour la protection de l’environnement, pour une Europe sociale et pour une démocratie dans un État de droit », a déclaré Ska Keller, députée allemande et co-leader du groupe Vert au sein du Parlement européen.

Philippe Lamberts, député belge et co-leader, déclare que les résultats montrent que la tentative des grands partis de faire de l’écologie n’a pas convaincu les électeurs. « Nous avons commencé à voir que nos rivaux essayaient d’inclure l’écologie tant bien que mal et donc les choses ont changé », dit-il. « Quand les citoyens font un choix, ils préfèrent souvent, voire toujours, opter pour l’original plutôt que la copie ».

L’Effet Greta Thunberg

Ces derniers mois ont été marqués par de grandes manifestions pour le climat à travers toute l’Europe, un mouvement initié par l’adolescente suédoise Greta Thunberg. Les effets se voient déjà notamment dans le changement de rhétorique dans les partis de droite en Europe.

Certains partis au sein de Parlement Européen comme les Socialistes ou les Verts demandent depuis des années davantage d’actions concernant le climat. Mais désormais ces revendications sont aussi celles de la droite (PPE) et des libéraux (ALDE).

Les leaders de ces deux partis qui sont dans la course pour devenir le prochain président de la Commission européenne se concentrent de plus en plus sur le changement climatique, ce qui n’était pas courant dans leur rang politique.

Manfred Weber (PPE) et Margrethe Vestager (ALDE) ont évoqué durant leurs campagnes qu’ils durciraient l’action de l’Union européenne contre le changement climatique s’ils devenaient président de la Commission.

Il s’agit d’un changement distinct par rapport à la position du PPE et de l’ADLE sur la question environnementale au cours des cinq dernières années. Une étude récente du groupe environnemental Climate Action Network Europe évaluant l’action des politiques dans le domaine du climat a estimé que le PPE était un « dinosaure du climat » avec seulement 14,3 % en matière de vote pour le climat, ce qui le place tout en bas du peloton. L’ADLE ne s’en est pas beaucoup mieux tiré, se situant au milieu du classement à 38 %. Les libéraux ont été considérés comme des « retardataires, qui soutiennent généralement l’action climatique, mais n’agissent pas dans l’urgence ».

« Ces cinq dernières années, les conservateurs et les libéraux du Parlement Européen n’ont pas réellement fait d’efforts pour protéger les citoyens européens contre le réchauffement climatique », déclare Wendel Trio, directeur du Réseau Action Climat. « Les grèves des jeunes pour le climat ont créer un ultimatum forçant les politiques à ne plus ignorer le changement climatique ».

Cette tendance vers l’écologie a également été constatée chez les responsables politiques nationaux européens. Il y a quelques mois à peine, la chancelière allemande Angela Merkel suggérait que les manifestations pour le climat pourraient peut-être être organisées par la Russie, mais la semaine dernière, elle a mentionné ces manifestations comme un facteur qui l’a amenée à changer d’avis et à soutenir un objectif de décarbonisation pour 2050.

Les défenseurs de l’environnement ont dit qu’ils allaient travailler ardemment ces prochaines semaines afin de faire tenir les promesses des politiciens, particulièrement lors des formations des groupes au Parlement en juillet et de la confirmation des commissaires en septembre.

« Après ces élections européennes, nous allons nous assurer que les eurodéputés sont responsables et que leurs promesses sont suivies par des actions concrètes afin de limiter le changement climatique », dit Trio. « Nous avons besoin d’une grande alliance de députés sans regarder l’échiquier politique afin de se battre pour une Europe plus propre, plus sécuritaire et plus prospère ».