Le roman de Camus, La Peste, commence par la découverte d’un rat mort dans une cage d’escalier. Un événement inhabituel auquel malheureusement les habitants de l’immeuble ne prêtent pas suffisamment attention… Il me semble pertinent de faire ici un parallèle avec ce que nous venons de vivre. Par Thomas Boidot-Dorémieux, Directeur Lab’ Innovation – Lamarck Group.

Tous ou presque, nous avons négligé les signes de l’arrivée de la pandémie de la Covid-19 et il en va de même avec le réchauffement climatique. Alors même que ses conséquences sont déjà visibles, nous tardons à prendre les mesures qui s’imposent. Dans la finance, les risques encourus sont nombreux mais encore trop timidement adressés. 2020 s’annonce pourtant comme une année décisive en matière de détermination de ces risques et des opportunités qui y sont liées.


Des initiatives qui manquent de cadre et de méthodes

Hausse constante des températures mondiales, fonte des glaces, augmentation de la fréquence des épisodes climatiques extrêmes… Les conséquences du dérèglement climatique se multiplient. Imprévisibles par définition, les risques climatiques placent les institutions financières face à de nombreux défis. L’impact physique du réchauffement, ainsi que les mesures de transition pour passer à une économie décarbonée font émerger de nouveaux risques financiers de crédit, de marché, de liquidité et opérationnels : érosions de la valeur de certains actifs, hausse des dommages couverts, détérioration de l’activité économique locale…

Malgré une absence d’obligation, les institutions financières tentent de définir de bonnes pratiques dans ce domaine. Toutefois, celles-ci ne sont ni uniformisées, ni partagées, ni répandues. Établir des méthodes communes nécessiterait de connaître les données à collecter et à traiter, ainsi que les analyses et les métriques à produire. Or, les approches traditionnelles de calcul des risques sont ici inopérantes puisque les risques climatiques se caractérisent par une forte incertitude, une non-linéarité et des queues de distribution statistiques très longues.

Le responsable des risques climatiques : une fonction clé à valoriser

Récemment, le métier de responsable des risques climatiques a émergé au sein des établissements financiers. Il fait toutefois encore rarement l’objet d’une fonction à part entière et souffre d’un manque de moyens. Son intégration au sein de la gouvernance est limitée, d’où un pouvoir décisionnel faible. Isolé, le responsable des risques climatiques doit composer avec un chantier immense sur les reportings, la communication et la mise en œuvre d’outils et de métriques.

Grâce à la mise en place de modèles simplifiés, son rôle devrait être dans un premier temps de se focaliser sur la preuve de la matérialité des risques climatiques. Pour cela, il pourra prochainement s’appuyer sur les résultats des stress tests de l’ACPR attendus pour avril 2021. Véritables outils d’observation, ces derniers ont pour but de s’assurer que les fonds propres des banques sont suffisamment importants pour faire face aux risques climatiques. Toutefois,

ils se heurtent encore à diverses difficultés d’appréhension du temps, du choix de scénarios et de l’absence d’historique de données dans les banques.

Des risques, mais aussi des opportunités

Les établissements financiers doivent adopter une stratégie défensive vis-à-vis des défis climatiques. Inclure les résultats des différents exercices (données, modèles, impacts sur les risques classiques…) de façon précoce et transparente dans la gestion globale du risque, va leur permettre à la fois d’influer de façon positive sur les futures réglementations et de pouvoir s’y soumettre de façon fluide.

L’évaluation du coût du risque va également leur donner la possibilité de mieux positionner leurs produits en termes de prix, de bien les adapter à ces nouveaux environnements et d’orienter écologiquement leurs investissements dans le cadre d’une démarche innovante et offensive. Nous voyons ainsi que derrière la contrainte, c’est tout un monde d’opportunités qui s’ouvre aux établissements financiers.

Les défis à relever restent cependant très nombreux. Les nouveaux modèles climatiques doivent être pris en compte dans des trajectoires de transitions revues et corrigées. Les données sur le risque physique restent difficiles à obtenir. Enfin, les investissements verts manquent encore d’une taxonomie internationale reconnue. Les banques ont aujourd’hui besoin d’informations explicites et d’impacts concrets sur leurs résultats pour décider des actions à mener. Et, si la menace diffuse de la catastrophe semble encore insuffisante pour conduire à un passage à l’acte, au moins, elles sont prévenues !

 
 

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