Le président américain pense que le réchauffement climatique est une escroquerie. Mais son gouvernement vante les bienfaits de l’énergie nucléaire, affirmant que celle-ci peut produire de l’énergie verte 24 heures sur 24. Mises à part les apparentes contradictions, cette politique touche dans le mille.

Si l’objectif est de réduire les émissions de CO2 et d’empêcher une catastrophe environnementale et économique, les dirigeants politiques ont alors le devoir de s’impliquer davantage – afin d’imposer un prix au carbone, ou bien d’encourager la construction de centrales à basses émissions. Si l’on considère le coût de construction d’une centrale nucléaire – plusieurs milliards dans le cas de celle de Southern Co. actuellement en construction aux Etats-Unis – il serait avisé de se contenter de prolonger la vie des centrales déjà existantes.


 « Il n’existe pas de technologie miracle qui résoudra les défis environnementaux titanesques auxquels le monde fait face, » martèle Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). « Nous avons besoin d’une innovation continue à travers un éventail de technologies, dont les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les batteries, le captage du carbone, et plus encore. [L’agence] voit l’hydrogène et l’énergie nucléaire comme deux aspects importants de la transition énergétique dans de nombreux pays, mais elle a besoin d’aide de la part des gouvernements pour surmonter les obstacles majeurs. »

Il continue en faisant remarquer que l’énergie nucléaire est « de loin » la plus grande source d’électricité à faibles émissions, à la fois en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, ces centrales sont vieillissantes. Des politiques efficaces sont donc nécessaires afin de stimuler les investissements dans cette technologie – dans le cas contraire, le monde pourrait perdre les deux tiers de sa capacité nucléaire au cours des 20 prochaines années. Il s’agit de s’assurer que le monde atteigne ses objectifs climatiques globaux.

L’énergie nucléaire a souffert de sérieux revers. Non seulement l’accident de la centrale japonaise de Daiichi à Fukushima a fait l’objet d’une pause dans la communauté internationale, mais le coût de la construction d’installations est disproportionné par rapport aux formes de production concurrentes. De plus, le prix du gaz naturel est si peu élevé que celui-ci est passé devant l’énergie nucléaire, mais aussi l’énergie éolienne et solaire.

En ce qui concerne les États-Unis, le pays continue son ancienne politique d’investissement dans les centrales nucléaire dernière génération et les petits réacteurs nucléaires modulaires. Mais il travaille aussi à l’extension des licences actuelles de 60 à 80 ans – une démarche que l’Union of Concerned Scientists considère comme prudente. Ce pays possède 98 réacteurs nucléaires produisant 20 % de son énergie et 60 % de son énergie verte.

« Nos clients continueront de recevoir de la centrale de l’électricité sûre, fiable, abordable et propre jusqu’en 2053, » indique Dan Stoddard, dirigeant de l’exploitation nucléaire de Dominion Energy – une entreprise en phase d’obtenir une extension de 20 ans de la part de la Commission de Réglementation Nucléaire des États-Unis pour son réacteur jumeau Surry Power Station.

Ça chauffe pour le climat

Pour être tout à fait exacts, les critiques de l’énergie nucléaire ne pointent pas seulement du doigt les écueils économiques de cette technologie, mais ils expriment aussi des inquiétudes quant à la sécurité de cette dernière. D’autre part, les centrales nucléaires consomment beaucoup d’eau, qui leur est nécessaire pour garder leurs cœurs à une température fraîche, et pour prévenir toute fusion ou fuite de radiations.

Beyond Nuclear alerte sur ce risque croissant : un climat chaud entraîne des niveaux d’eau trop bas et une température de l’eau potentiellement trop chaude – des conditions qui, selon l’organisation, sont plus susceptibles d’apparaître dans un monde se réchauffant rapidement. Le dilemme est aggravé, ajoute l’association, car il existe une concurrence pour des ressources en eau limitées de la part d’autres centrales et entreprises agricoles.

Mais le processus par lequel les centrales nucléaires obtiennent leurs licences ou l’extension de celles-ci est pour le moins rigoureux. À cette fin, la surveillance et l’inspection des journées types sont minutieuses et nécessitent des mesures de maintenance préventive et correctrice. Des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour assurer le fonctionnement sécurisé et fiable de ces centrales, indique l’Institut pour l’Énergie Nucléaire : depuis 1990, ce montant a dépassé les 100 milliards de dollars.

L’ensemble des réacteurs américains avaient initialement obtenu une licence d’exploitation de 40 ans, comprenant la stipulation qu’une extension de 20 ans était possible. La plupart des réacteurs nucléaires des États-Unis ont obtenu l’extension de leur licence, la centrale Surry de Dominion Energy ayant été la première en 2002.  

L’institut du nucléaire affirme que si tous les réacteurs américains existants devaient tourner pendant 80 ans au lieu de 60, alors 3,5 milliards de tonnes d’émissions de CO2 seraient évitées d’ici 2050. Étant donné que la demande en électricité devrait augmenter, une telle électricité propre et fiable est indispensable.

 « Il est très important pour nous, en tant que communauté internationale, de s’inquiéter de la façon dont est produite l’électricité, » indique Maria Korsnick, directrice générale de l’Institut pour l’Énergie Nucléaire. « Il est possible de produire de l’électricité de nature intermittente, comme l’éolien ou le solaire, mais un approvisionnement énergétique de base 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et respectueux de l’environnement, sera également nécessaire ; et c’est exactement ce qu’est le nucléaire. »


La communauté internationale s’élève et tente de relever les défis que représente le réchauffement climatique. Bien qu’il n’y ait pas de solution miracle, l’énergie nucléaire a été et reste un outil puissant dans l’arsenal à notre disposition. Les dirigeants politiques du monde entier se doivent donc d’investir dans les technologies nucléaires de dernière génération, car elles sont sécurisées, fiables, et rentables.