Selon un nouveau rapport, 7 pays européens, à qui l’on offre plusieurs milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone, envisagent tout de même de continuer à produire de l’électricité à partir du charbon jusqu’en 2030 au moins.

Par ailleurs, 11 des 18 pays de l’UE étudiés par le rapport n’ont pas prévu d’éliminer progressivement le charbon de leur production d’électricité d’ici 2030, un objectif pourtant jugé nécessaire pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat : limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au cours du siècle.


Ces conclusions soulèvent des questions sur l’efficacité du Fonds pour une transition juste, un véhicule financier destiné à permettre aux régions moins prospères et dépendantes des combustibles fossiles de réduire leur empreinte carbone. Ce fonds fait partie du Green Deal européen, un plan ambitieux visant à rendre tout le continent neutre en carbone, et qui représente un mille milliards d’euros.

Dans une analyse des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat (PNEC) de 18 pays européens, le think tank environnemental Ember ainsi que l’ONG Climate Action Network Europe ont constaté que seuls 9 d’entre eux avaient explicitement déclaré qu’ils se sépareraient progressivement le charbon d’ici 2030.

7 pays (la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie et la Slovénie) ont même l’intention de continuer à utiliser le charbon jusqu’en 2030, la Pologne utilisant et produisant plus de charbon que tout autre État européen. D’ici 10 ans, le pays sera responsable de 45 % de la capacité de production d’électricité par charbon de l’UE.

Pourtant, étonnamment, ces 7 mêmes États devraient recevoir les deux tiers des 21 milliards de dollars du Fonds pour une transition juste, destiné à permettre aux pays de rattraper leurs voisins plus écologiques. La Pologne, bien qu’elle ne se soit pas engagée à mettre fin à l’utilisation du charbon, pourrait en recevoir plus que tous les autres pays de l’UE.

Toutefois, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande et l’Italie, quatre pays qui ont prévu d’éliminer progressivement le charbon d’ici 2030, remplaceront une grande partie de celui-ci par un autre combustible fossile : le gaz naturel. Quelque 10 % du fonds de transition est destiné à ces nations.

 

Les auteurs du rapport notent : 

« Alors que le Fonds pour une transition juste est censé accélérer la transition vers la neutralité carbone dans les régions charbonnières et les autres régions à forte intensité de charbon, la méthode d’allocation actuelle ne tient pas compte de la vitesse de la transition énergétique prévue par les pays membres. Elle ne tient pas non plus suffisamment compte de la compatibilité de la transition avec le climat ».

Mais Dave Jones, coauteur du rapport et analyste électrique chez Ember, affirme que l’analyse contient également de bonnes nouvelles. Tout d’abord, parmi les 11 pays qui abandonnent progressivement le charbon, 7 d’entre eux (le Danemark, la Finlande, la France, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovaquie et l’Espagne) passent directement du charbon à l’énergie propre, ce qui signifie qu’ils remplacent la production de charbon par des énergies renouvelables, au lieu du gaz ou du nucléaire. 

Il déclare : « Dans l’ensemble, la production européenne de gaz est en baisse, parce qu’il y a plus de nouvelles constructions solaires et éoliennes que d’interruptions de production du charbon et du nucléaire et couvre la demande d’électricité supplémentaire ».

En outre, même parmi les 7 pays qui s’en tiennent au charbon, l’utilisation de celui-ci est en baisse. Dave Jones souligne que la capacité de production de charbon devrait chuter de 42 % d’ici 2030 : « Il ne reste donc plus que 52 gigawatts de centrales au charbon en Europe ; aujourd’hui, la capacité opérationnelle de l’UE des 27 est de 138 gigawatts ».

Mais Dave Jones s’interroge aussi sur l’utilité d’accorder des milliards de dollars de financement vert à des États qui s’accrochent au charbon : « Ce n’est pas très intelligent quand des sommes aussi énormes n’apportent pas de bénéfices climatiques significatifs. Je décrirais le Fonds de transition juste comme un work in progress ».

À cette fin, Ember et Climate Action Network recommandent que l’allocation de ces fonds soit assortie de conditions spécifiques, à savoir que toutes les formes de combustibles fossiles sont exclues de son champ d’application.

Elif Gündüzyeli, coordinateur principal de la politique du charbon pour Climate Action Network Europe, confirme : « Le Fonds de transition juste, qui est l’un des premiers textes législatifs du Green Deal européen, doit être à la hauteur de son nom en soutenant une transition réelle, et non de simples paroles. Si l’UE veut montrer son engagement envers l’Accord de Paris, aucune centrale à charbon ne devrait être opérationnelle au-delà de 2030 ».

Il reste à voir si l’UE mettra en place des dispositifs de précaution pour garantir que les fonds indispensables à la lutte contre le changement climatique soient utilisés de manière appropriée. Mais les conclusions du rapport sont également riches d’enseignements pour d’autres régions du monde. Aux États-Unis, Joe Biden, candidat aux élections présidentielles, a inscrit dans des éléments clés dans sa politique environnementale, compte tenu des profondes disparités économiques entre les États et au sein de ceux-ci. S’il est élu novembre (ce qui, de l’avis de nombreux climatologues, serait le résultat le plus souhaitable), Joe Biden ferait bien d’accorder une attention toute particulière à l’expérience européenne.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : David Vetter

 

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