Même dans le monde des start-up, il se pourrait que les licornes n’existent pas. Selon une étude réalisée par deux chercheurs des universités de Stanford et de Colombie-Britannique, la moitié des jeunes pousses supposées être valorisées au minimum à un milliard de dollars seraient en réalité sur cotées, faisant craindre l’explosion d’une bulle financière.

Le monde merveilleux des start-up fonctionne avec ses mythes et ses légendes – des entreprises créées dans un garage ou une chambre d’étudiant sont devenues les influenceurs d’aujourd’hui. Cet écosystème cultive aussi sa propre langue et ses propres codes qu’il est utile de maîtriser pour atteindre le niveau supérieur. Dans cet univers, il est parfois possible d’y croiser un animal aussi fantastique que rarissime. La licorne, une jeune pousse valorisée à plus d’un milliard de dollars. Mais voilà, certaines grenouilles transformées en princes pourraient l’avoir été par erreur. Ou plutôt par défaut d’appréciation. Deux chercheurs des universités de Stanford et de Colombie-Britannique viennent de pulvériser en l’air le rêve de tout startupper : se transformer –pour de vrai – en licorne, à savoir, dépasser le milliard de valorisation boursière.  


Huit types d’actions

Ilya Strebulaev et Will Gornall ont analysé 116 licornes sur les 200 existantes dans le monde. Après passage au microscope, ils en concluent que la surévaluation serait en moyenne de 48%. Pire, treize d’entre-elles seraient sur cotées à 100% : n’atteignant pas un milliard de dollars, elles ne pourraient en réalité pas prétendre à l’appellation de « licorne », très recherchée par les investisseurs. Au total, 53 sur 116 seraient surévaluées.

Pour les chercheurs, cette surévaluation serait due à une mauvaise méthode de calcul : en effet, pour estimer la valorisation d’une entreprise il faut partir du principe que les actions ont toutes la même valeur. Or, notent Ilya Strebulaev et Will Gornall, les start-up émettent en moyenne huit types différents d’actions (à chaque tour son prix d’action). Elles ne fonctionnent donc pas comme une entreprise « classique ». La valeur d’une action détenue par un fondateur, un business angel (souvent prise en début de parcours) et la valeur d’une action acquise par un fonds d’investissement (juste avant l’entrée en Bourse par exemple) n’ont pas la même valeur. L’estimation de la valorisation serait donc tout simplement faussé.  

Les licornes font des bulles

Space X, la société de Elon Musk, supposée être valorisée à 10,5 milliards de dollars ne pèserait « que » 6,4 milliards, rappellent Les Echos. Une survalorisation de 65% tout de même. Selon les calculs des chercheurs, Whatsapp serait survalorisée de 60%, Twitter de 21%, Airbnb de 26%, et ainsi de suite. De son côté, Uber, confronté selon les auteurs de l’étude à une survalorisation de 12%, a perdu 2,8 milliards de dollars. Le maintien de sa valorisation élevée serait uniquement dû à l’espoir mis par les investisseurs dans l’entreprise. Pour résumer, les fonds et les business angels investissent de l’argent dans une jeune pousse alors qu’elle n’est pas rentable, mais comptent bien voir un jour ou l’autre un retour sur investissement. Or pour l’instant, ce n’est pas le cas. La survalorisation fait ainsi craindre l’explosion d’une « bulle ».

La semaine passée, Snap, la société éditrice de Snapchat qui avait fait une entrée en fanfare en Bourse en mars dernier, a dévissé. Sa survalorisation serait de 19%, selon les calculs des chercheurs à prendre avec des pincettes tant l’estimation de la valeur d’une jeune entreprise est périlleuse. Mais il semble judicieux de s’interroger sur l’écosystème, avec sa course à la licorne, qui aurait créé un monde producteur de bulle.