« Restez chez vous » sont les mots d’ordre adressés en boucle à la population française. Pourtant l’appel à la solidarité lancé mardi dernier par le ministre de l’agriculture Didier Guillaume invitant tous les français valides à venir prêter main forte aux agriculteurs apparaît contradictoire, voire, utopique pour certains français qui s’interrogent : Est-ce si facile de s’improviser agriculteur ? 

 “Je lance un grand appel aux femmes et aux hommes qui ne travaillent pas, qui sont confinés chez eux, qui sont serveur dans un restaurant, hôtesse d’accueil dans un hôtel, coiffeur de mon quartier, qui n’ont plus d’activité… Et je leur dis de rejoindre la grande armée de l’agriculture française, ceux qui vont nous permettre de nous nourrir de façon propre, saine ».


La déclaration du Ministre de l’Agriculture Didier Guillaume n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions, qu’il s’agisse des agriculteurs eux-mêmes mais aussi des français qui ont du mal à évaluer la situation :  peut-on respecter le confinement en allant travailler dans les champs ? Et enfin n’a-t-on vraiment pas besoin de qualifications précises pour apporter notre aide ? Une question à laquelle Jean-Christophe Rufin, vice-président de la FDSEA ( Syndicat d’exploitants agricoles) du Nord a déjà répondu, non sans une pointe de sarcasme, « l’idée est bonne… quand on ne connait pas les métiers agricolesVous essaierez de faire utiliser un pulvérisateur à une coiffeuse. C’est à croire que même notre ministre n’est pas conscient du niveau de qualification dans notre métier. ».

Si rejoindre l’armée française de l’agriculture requiert des qualifications techniques qui ne laissent pas la place à l’improvisation, les tâches impliquant le ramassage et la cueillette de saison ( fraises, asperges,…) habituellement réservées à une main d’oeuvre étrangère bloquée aux frontières fait sens. A titre d’exemple on comptait sur l’année 2014 en agriculture (exploitations de production agricole, entreprises de prestation de services agricoles et ruraux, entreprises forestières et entreprises du paysage) 854 000 contrats saisonniers signés.*

Malgré les nombreuses critiques, l’appel à la solidarité largement relayé sur les réseaux sociaux a été entendu puisque plus de 40 000 personnes se sont portées volontaires via le site internet du gouvernement “Mobilisons-nous pour remplir nos assiettes”. Des petites mains qui peuvent faire beaucoup pour l’intérêt commun et dont le risque de contagion est plus relatif : « L’avantage quand on travaille seul dans les champs, c’est qu’on n’est pas trop exposé au risque de contagion, même si on a des gens dans notre secteur qui sont aussi malades » précise Jean-Christophe Rufin. Pour faciliter la mise en relation des volontaires avec les exploitants, Brigad la plateforme d’offre et de demande dans l’hôtellerie et la restauration a mis à disposition sa technologie : Un outil adapté pour une mise en relation construite qui a déjà recruté plus de 10 000 indépendants qualifiés prêts à relever le défi. Des chiffres encourageants même si en deçà de l’objectif des 200 000 volontaires que le gouvernement attend dans les champs pour le mois de mai prochain.

*chiffres ANEFA 

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