Faciliter la vie des salariés de son entreprise. C’est ce que propose la start-up Quatre Épingles, une conciergerie qui allie le local et la technologie pour favoriser l’équilibre vie professionnelle et personnelle. À l’occasion de la semaine de la qualité de vie au travail (SQVT), focus sur Quatre Épingles.

Métro, boulot, dodo. « Cinq jours de travail, le samedi pour les courses et s’occuper de la maison, et le dimanche pour se reposer et se préparer à une nouvelle semaine. » Dans ce cycle infernal, peu de temps pour les loisirs, la famille, le temps libre. « J’avais une vie parisienne dense. Ma planche à repasser restait dépliée toute la semaine. C’était devenu un meuble à part entière. » Julien Van Hoeylandt, cofondateur de Quatre Épingles, se souvient de cette période sans nostalgie aucune.


Le jeune entrepreneur associe son besoin – ranger la planche à repasser (cela fonctionne également avec le tancarville) – au constat de Paul Rötig : « dans son entreprise de conseil, il gérait 70 collaborateurs qui voyaient les avantages auxquels avaient droit les salariés des grands groupes, mais auxquels ils ne pouvaient accéder », explique Julien Van Hoeylandt. « Pour avoir une conciergerie d’entreprise, il faut bien souvent une tour à la Défense. » Mars 2014, naissance de Quatre Épingles, pour s’adresser à tous, du grand groupe à la PME, en passant par l’indépendant. Trois ans après sa création, Quatre Épingles propose un service de pressing, de livraisons de courses, permet de trouver un plombier en urgence, mais aussi organise des cours de yoga, des séances beauté et bien être en entreprise

Circuit court

Tout commence avec le pressing, le besoin le plus évident pour Julien. « C’est un service en aller-retour, plus complexe qu’une simple vente », indique Julien Van Hoeylandt, persuadé à l’époque que s’ils peuvent mettre en place un service de pressing de qualité, ils pourront tout gérer. « Nous avions deux exigences : passer par le numérique et être conforme à nos valeurs. » C’est décidé, Quatre Épingles travaillera avec les commerçants et les artisans de quartier, en circuit court, et sera donc éco responsable. « Les artisans qui travaillent avec nous sont à moins de un kilomètre du Qorner de conciergerie. » Le « Qorner », c’est cet espace consacré par l’entreprise à la conciergerie : il peut se matérialiser par une armoire, une pièce, un accueil.


« Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’il y avait un problème de transport »
, explique Julien Van Hoeylandt. « Ce n’est pas évident de prendre le métro en heure de pointe le matin avec ses chemises salles à déposer dans la conciergerie d’entreprise et d’effectuer le trajet inverse le soir avec les chemises repassées, les courses et le bouquet de fleurs. » Il fallait donc imaginer des points de dépôt-retrait à proximité du domicile pour faciliter la vie des travailleurs. En dehors de l’entreprise, ces points de dépôt-retrait se situent dans des endroits les plus variés, de la bouche de métro à l’hôtel du coin (ouvert 24h/24), en passant par le Carrefour City ou la salle de sport.

Pour boucler la boucle du circuit court basse consommation, les deux fondateurs imaginent « une logistique collaborative ». Soit l’artisan ou le commerçant de quartier peut effectuer la livraison dans le « Quorner » à pieds ou avec son propre véhicule de livraison, soit, s’il ne peut pas, Quatre Épingles fait appel à des auto-entrepreneurs (pour 30% des livraisons). « C’est du micro-jobbing », précise Julien Van Hoeylandt qui évalue à une petite centaine d’euros les gains issus de ces livraisons effectuées à pieds, en transport en communs ou en véhicule électrique.

Démarche itérative

Les deux fondateurs n’en sont pas à leur coup d’essai. Julien Van Hoeylandt, BTS de commerce international réalisé en alternance chez Siemens, débarque en Allemagne à 19 ans, « à l’âge où les allemands passent l’équivalent de notre Bac ». De retour en France à l’âge de 21 ans, le jeune homme est propulsé directeur marketing d’une entreprise allemande, avant de plonger dans le numérique en travaillant pour une agence d’optimisation de marketing web. En parallèle, il gère une entreprise familiale de meubles depuis 2002 qui devient pure player dès 2008, avant de couler en 2012. « C’est une sacrée expérience de faire face à un échec ! », estime l’entrepreneur aujourd’hui âgé de 35 ans qui ne souhaite toutefois pas voir l’expérience se reproduire. De son côté, Paul Rötig est un ingénieur, diplômé de l’ECE qui a travaillé dans le conseil. C’est dans son entreprise qu’ils testent, dans une démarche itérative, le premier service de pressing.

Depuis, Quatre Épingles a bien grossit : la conciergerie est désormais présente dans plusieurs villes de France (Paris, Nantes, Lyon…), et cette année, l’entreprise a multiplié son chiffre d’affaires par dix. Pour vivre, Quatre Épingles compte sur les abonnements passés par les entreprises (un euro par mois et par collaborateur avec un minimum de 99 euros), et sur des micro-commissions prélevées sur les commerçants et artisans du quartiers auxquels ils apportent du volume. Quatre Épingles a levé l’an passé en amorçage, grâce à un business angel, et part cette année à la recherche d’investisseurs pour une levée en série A.

Serrure intelligente et algorithme puissant

Il faut dire que l’entreprise n’est pas une simple conciergerie. « Tous les services que nous proposons existent déjà », indique Julien Van Hoeylandt qui propose une armoire intelligente dans les entreprises, avec un code unique, lié à la transaction pour retirer en toute sécurité la commande. « L’idée est aussi de faciliter l’accès aux services, grâce au mobile et à l’application. » Un algorithme permet la mise en relation et le passage de commandes : l’algorithme trouve le commerçant ou l’artisan de quartier ou un livreur si besoin. Le commerçant dispose également de l’application pour prévenir quand la commande est prête. « Nous n’avons plus besoin d’humain pour ce genre de tâche », se réjouit Julien Van Hoeylandt qui préfère mettre l’accent sur la qualité de vie au travail.

« Il y a des choses extrêmement anxiogènes », comme les fuites d’eau, la garde des enfants… que Quatre Épingles propose de gérer. « En partant au boulot, vous pouvez envoyer une photo de la fuite d’eau sur le chat de l’application qui se chargera de trouver un plombier à l’heure qui vous conviendra. Et sans avoir besoin de passer des coups de fil entre deux réunions. » Et puis, il y a tout le reste, une fois réglés les pépins et l’intendance du domicile. « Nous proposons aux entreprises de faire intervenir un prof de yoga sur la pause déjeuner, ou proposer à coach sportif de venir à 18 heures », détaille Julien Van Hoeylandt. Mens sana in corpore sano, team building comprise.