Le Compte Personnel de Formation, ou CPF, a fait couler beaucoup d’encre depuis sa mise en application il y a près de deux ans maintenant. Malheureusement, l’initiative a été la cible de plus d’attaques politiques que d’inscriptions d’utilisateurs. Et il s’agit là à peine d’une caricature. Considéré par beaucoup comme peu accessible, peu compréhensible, et sous-financé, le CPF a eu du mal à tenir ses promesses. Et c’est alors qu’apparaît son grand frère, le CPA, le fameux Compte Personnel d’Activité. Pourquoi son sort serait-il différent après tout ? Embarquez pour une plongée au cœur de l’Etat, du dispositif et de sa conception.

 


POURQUOI LE CPA ?

Près de cinquante pour cent des métiers d’aujourd’hui auront disparu d’ici cinq à dix ans. Et à ce moment là, près de soixante cinq pour cent des métiers qui existeront sont, pour le moment, inconnus. Autrement dit, non seulement, il sera nécessaire d’embaucher des personnes qui n’ont pas forcément la formation correspondant exactement au poste, mais il est urgent de permettre à chacun d’accéder à des formations qui développent l’employabilité, sous peine de créer une impasse sociale massive.

Tant de gens se concentrent sur l’emploi, quand l’enjeu est l’employabilité. On peut traiter les symptômes, mais mieux vaut traiter la cause.

Car à l’origine du CPA, c’est bien d’employabilité dont il est question, autour de thèmes critiques que sont les droits acquis par le travail, la sécurité sociale, le travail, l’emploi et l’épanouissement. Une série de liens pas nécessairement évidente en première lecture, et pourtant, au cœur des enjeux de nos sociétés modernes. Commençons par le travail et l’emploi. 

Le travail est constitué par l’ensemble des tâches effectuées pour le compte d’une organisation, destiné à créer de la valeur. En France, comme dans pratiquement tous les pays du monde, le travail est régi par un cadre. La flexibilité de ce cadre est, quant à elle, très variable d’un pays à l’autre ! En France, le Code du Travail définit les conditions de la relation entre une organisation et ses travailleurs. Ces conditions forment un contrat, tant juridique que moral, qui constitue donc le contrat de travail. L’emploi est la forme que prend ce contrat : CDI, CDD, Interim, stage. Et plus récemment : autoentrepreneur.

Ces différentes formes d’emploi, au-delà de définir une durée légale par exemple, permettent surtout de définir les conditions d’accès aux droits acquis par le travail. En effet, lorsqu’une personne travaille, elle acquiert dans le temps certains droits, les plus communs étant les droits au chômage, à la formation, la sécurité sociale, la mutuelle, la prévoyance, la retraite, et, depuis peu, la pénibilité.

Pourtant, pour un même travail effectué par deux personnes, ces droits peuvent varier à l’extrême suivant leurs contrats respectifs. Ainsi, un autoentrepreneur ne cumule que très peu de droits. Bien entendu, le niveau de prélèvements et cotisations est logiquement moins élevé pour ce type d’emplois. Mais au fond, le travail peut être exactement le même. Et surtout, la ‘fonte’ des droits crée une proximité forte avec le risque de précarité. Un premier casus belli contre les modèles de plateformisation, qui ont systématiquement recours à ce type de contrats (Uber, Deliveroo, etc.). Loin de moi le projet de discuter de l’accès à l’emploi fourni par ces services, le sujet ayant été largement débattu ces dernières années.

L’emploi ne devrait simplement pas se résumer à de la consommation de compétences.

Et c’est précisément là qu’entre en scène l’employabilité. Se former tout au long de la vie, pour s’adapter à un marché et une société dont les métiers se réinventent sans cesse. Chaque personne devrait avoir le droit d’accéder à des formations en phase avec ses projets professionnels. Il ne s’agit pas d’une loi ni d’un accord, il s’agit d’un projet de société en cohérence avec les valeurs de la France.

Pour y parvenir, chacun devrait être propriétaire de ses droits acquis par le travail. Avant le CPF et le CPA, l’employeur disposait de ces droits, et validait leur utilisation ou non. Avant, personne ne connaissait son solde de droits. Avant, personne ne pensait que ces droits représentaient l’opportunité de se préparer pour demain. C’est l’ambition du CPA, de proposer un dispositif unique regroupant les principaux droits acquis par le travail, et de donner la possibilité de les utiliser à travers des outils d’orientation et de développement de carrière.

 

UN CHANGEMENT PROFOND DES RÈGLES DU JEU

Sur le papier, la volonté de bien faire est remarquable. En pratique, certains pourraient dénigrer la capacité de l’Etat à mettre en application des grandes réformes. Le digital permet progressivement de donner à ce type d’initiatives les moyens de ses ambitions. Et progressivement, l’Etat apprend à s’approprier le digital pour y parvenir.

Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi a émis dans l’un de ses rapports, la nécessité de faire preuve d’innovation pour assurer l’usage réussi des futures plateformes d’Etat. Ainsi, depuis le début, il y a eu une volonté très forte de construire la plateforme du Compte Personnel d’Activité au plus proche des attentes, des besoins et des usages de ceux qui seraient amenés à l’utiliser.

Cette volonté forte a été portée par l’Etat et de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui ont travaillé d’arrache-pied pendant près d’un an pour concevoir la plateforme du CPA. Mais cette fois, des acteurs plutôt inhabituels dans les projets de l’Etat y ont également mis leur grain de sel : des startup. Preuve de la volonté de changer les règles du développement des plateformes institutionnelles, l’Etat a choisi d’injecter massivement de l’innovation dans la plateforme du CPA. En faisant appel à des startup et à leurs technologies innovantes.

Le CPA est né de la vision croisée de l’Etat et de start-up. C’est le premier hybride de son genre.

Trois start-up françaises ont été retenues sur appel d’offre public, pour concevoir et développer les services permettant de faire du CPA un outil utile dans l’orientation et la construction de carrières des français. Ainsi, les trois start-up Monkey tie, MyJobCompany et FuturIsGood, toutes engagées pour l’innovation sociale, co-développent depuis plusieurs mois la plateforme actuellement en ligne, et préparent de nouveaux services prochainement disponibles. En toute transparence, je suis le fondateur et dirigeant de l’une de ces start-up. Et, malgré l’appréhension que je pouvais avoir à l’idée de travailler avec l’Etat, il me semble nécessaire de rapporter ici l’expérience vécue, et casser le bashing permanent sur les sujets institutionnels. 

Car oui, l’Etat a travaillé avec des startup pour ce projet. Et c’est ce qui fait la force du CPA : David et Goliath qui travaillent ensemble pour le bien commun. Et ça fonctionne ! En alliant l’agilité et la capacité d’innovation propre à ces startup, avec l’exigence et la rigueur d’un acteur tel que la CDC, le CPA est bel et bien une plateforme hybride unique en son genre. D’autant plus que d’autres acteurs ont apporté leur pierre à l’édifice et ont enrichi les discussions de leur expertise. Par exemple, Pôle Emploi, à travers son Emploi Store et d’autres connexions, près de trois ans de coopération avec plus de 100 start-up.

Le CPA regroupe les éléments d’une plateforme institutionnelle, et donne à la fois des clés pour mieux se connaître et développer son employabilité, comme pourrait le proposer un service de start-up dans le domaine de l’emploi ou de la formation. Il s’agit là d’un outil au cœur des enjeux de notre nation : permettre à chaque actif français de prendre en main son employabilité, gagner en visibilité sur ses opportunités et perspectives de carrière.

 

CPA : MODE D’EMPLOI

Bien que l’utilisation soit très intuitive, de plus en plus de guides et articles vont émerger au cours des prochains mois pour détailler le parcours et le fonctionnement de la plateforme du CPA. Tout d’abord, elle est accessible en suivant ce lien : www.moncompteactivite.gouv.fr

Sans entrer dans chaque petit détail, les principales fonctionnalités disponibles pour le moment concernent :

  • la consultation de vos droits acquis par le travail (Compte Personnel de Formation, Compte Emploi Temps, Compte Pénibilité). Rien d’incroyable au premier abord. Et pourtant, à quel autre endroit pourriez-vous consulter en quelques clics l’état de vos droits professionnels ? Alors même qu’il s’agit d’un service des plus basiques, il n’était jusque-là disponible nulle part. Le CPF était en quelque sorte l’initiative préliminaire. 
  • le remplissage du profil professionnel. Encore un service qui semble anodin, mais il ne faut pas s’y tromper, l’approche est novatrice. Pour la première fois, l’Etat propose aux utilisateurs de renseigner leurs expériences et formations, comme sur un CV, et surtout, de découvrir leurs préférences en matière de personnalité au travail, à travers un rapide questionnaire, développé avec des laboratoires de recherche. Êtes-vous plutôt tourné vers l’extraversion, vers la conscience professionnelle, vers la créativité, etc. ? Dans une société où les entreprises doivent apprendre à recruter pour des métiers nouveaux, la personnalité fait office de nouveau repère, bien plus intéressant et transposable que les compétences métier. Grâce au CPA, il sera ainsi prochainement possible de disposer de la première base française de CV enrichis. En effet, il ne faut pas oublier que la plus importante base de CV à jour d’actifs français est basée à San Francisco, et s’appelle… LinkedIn ! L’emploi étant un enjeu clé de l’économie française (comme de toute autre), il est logique de centraliser en France un vivier de compétences et de talents.
  • la navigation dans la galaxie des métiers. C’est la grande innovation qu’apporte le CPA : la possibilité de construire en ligne son parcours professionnel futur, en fonction de ses compétences et de ses préférences de personnalité. Concrètement, une fois votre profil rempli, la plateforme vous propose de consulter les métiers qui pourraient vous correspondre, en termes de compétences et de préférence de personnalité. Par exemple, si vous possédez toutes les compétences d’un comptable, vous serez surpris (ou pas) d’apprendre que votre profil correspond à plus de 85% pour le métier de data scientist ! Et des passerelles de reconversion comme celle-ci, le CPA en propose des milliers, en plus de proposer bien évidemment les métiers proches du vôtre. Pour faire augmenter le pourcentage de correspondance a priori, des formations vous sont proposées, pour lesquelles vous pouvez faire appel à vos droits, sous réserve d’éligibilité de la formation. De quoi se projeter avec un peu plus de matière vers l’avenir.
  • l’utilisation de vos droits. L’intérêt du CPA est de permettre aux actifs français de reprendre la main sur leurs droits acquis par le travail. Il est donc bienvenu de leur permettre d’utiliser ces droits pour leurs projets professionnels. La démarche est certainement à fluidifier et enrichir, mais il est important de saluer cette première brique majeure pour l’autonomie des actifs. Par exemple, lorsqu’un utilisateur identifie une formation qui l’intéresse, et éligible au CPF (il en faudrait plus !), il peut, si ses droits CPF sont suffisants, effectuer les démarches pour s’inscrire à cette formation, et ainsi dépenser (ou plutôt investir) des droits. Dans les faits, même si le CPA rend l’approche plus simple et accessible que jamais, cela reste malgré tout une démarche quelque peu laborieuse, et c’est sur ce point qu’une simplification du parcours reste nécessaire aujourd’hui. 
  • l’assistance en ligne et par téléphone. Le CPA a été pensé pour pouvoir être utilisé par tout actif français sachant lire et écrire. Pour autant, le fonctionnement de la plateforme peut ne pas être compris par certaines personnes, peu habituées aux usages d’Internet. Une assistance en ligne est disponible, ainsi qu’une assistance téléphonique. Et c’est là un enjeu clé du CPA : remettre chacun sur un pied d’égalité, dès lors qu’il s’agit de se mettre en mouvement pour l’évolution de son projet professionnel. Cette assistance est complétée par l’offre d’un ensemble d’organismes d’accompagnement, ‘labellisés CPA’ par l’Etat, pour leur rôle reconnu de conseil à l’emploi, tel que Pôle Emploi ou l’APEC par exemple. 

Courant 2017, la plateforme sera enrichie d’une brique majeure : la possibilité de construire ses parcours de carrière en ligne, et de se faire aider par d’autres utilisateurs dans une approche collaborative : retours d’expériences, conseils, contacts. Derrière ces fonctionnalités, la conviction très forte que la solidarité sera plus puissante que les dispositifs d’accompagnement. Plus globalement, les services seront progressivement enrichis pour permettre plus de flexibilité et de valeur ajoutée. Il sera, par exemple, possible d’identifier les métiers accessibles après le prochain métier exercé, et ainsi de suite, permettant ainsi de construire tout un parcours ou projet professionnel sur la durée !

 

L’IMMENSE POTENTIEL DU DIGITAL POUR L’EMPLOYABILITÉ

Il est important de le rappeler, le CPA a été conçu pour que tout actif français sachant lire et écrire, puisse l’utiliser à partir d’un accès Internet. Dans un monde où tout évolue très rapidement, parfois trop, il est critique de créer des points de repère, pour permettre à chacun, indépendamment de son niveau d’études ou de sa situation, de progresser et d’aspirer à une vie meilleure.

Le CPA constitue désormais l’un des points de repère de la société française. En ce sens, chacun doit réaliser l’opportunité unique qui nous est offerte de disposer d’un tel outil. Et surtout, il est critique de réaliser la responsabilité sociale qui incombe à nos décideurs, d’utiliser le numérique comme un moyen puissant pour permettre toujours plus d’égalité et de solidarité dans notre pays.

« Que suis-je si je ne participe pas ? J’ai besoin, pour être, de participer. »  Antoine de Saint-Exupéry

Cette citation résonne à notre époque avec beaucoup d’humilité et de passion. Sortis de notre quotidien, nous sommes nombreux à vouloir contribuer. Grâce au CPA, cette première brique pour l’avenir, chacun pourra construire un projet professionnel qui lui correspond, et pourra se mettre sur la voie, s’il le souhaite, de participer à un projet qui raisonne en lui : une entreprise, une initiative, une association.

C’est certain, le dispositif peut et doit être amélioré. Mais en la matière, c’est un précédent unique qui est désormais créé. Que nous le voulions ou non, notre monde évolue vite, et nous ne serons pas tous égaux face aux conditions nécessaires pour s’adapter. Le CPA est une première brique à faire évoluer pour construire une société plus juste et inclusive. Manque de budgets ? Si c’est une priorité, les budgets seront trouvés. Manque de services ? Rome ne s’est pas construite en un jour. Pas assez de formations éligibles ? C’est certain, et cela ne peut que s’améliorer. Mais manque de vision ? En aucun cas. Pour une fois, un outil au service de la population ne sert pas une administration, mais sert le futur des individus et du collectif. Et pour une fois, il n’est pas en retard sur son temps.

L’Emploi Store, Bob Emploi, le Guide d’Orientation des Métiers, OpenClassRooms, et de nombreux autres outils digitaux sont disponibles pour accompagner les français dans leurs parcours de carrière. Pour ceux qui sortent de l’école, pour ceux qui veulent un nouveau départ, pour ceux qui veulent autre chose, pour ceux qui en ont besoin. Le digital permet de donner de la visibilité et des moyens à chacun pour évoluer et se renforcer sur le marché de l’emploi, en permettant de développer l’employabilité.

Alors critiquons le CPA pour tout ce qu’il ne fait pas encore, mais faisons en sorte qu’il s’améliore et qu’il remplisse sa fonction, car ce qu’il fait déjà est une avancée sociale majeure. En donnant à chacun, la main sur son avenir, tout en assurant un accompagnement de qualité via des acteurs reconnus du conseil à l’emploi, c’est le progrès d’une nation qui est en marche. Le bashing doit s’arrêter là où la responsabilité collective commence. Car c’est maintenant au collectif de porter le CPA, et d’en faire une réussite qui crée de la réussite. S’il y a un combat à mener, c’est celui-ci.

 

Créez votre Compte Personnel d’Activité :
www.moncompteactivite.gouv.fr