Précurseur de la lunette accessible au plus grand nombre à des tarifs défiant toute concurrence, polette s’évertue, depuis maintenant près de 7 ans, à proposer une (très) large gamme de montures tendances sans pour autant transiger sur la qualité.

« Le monde de l’optique est obscur ». Le propos, s’il prête à sourire, n’en demeure pas moins parfaitement juste et révélateur d’un circuit et d’un mode de fonctionnement des plus opaques.  « Une paire de lunettes, sortie d’usine en Chine, a un coût d’environ 8 euros alors qu’à son arrivée en magasin, simplement auréolée de l’estampille Ray-Ban ou Prada, elle peut largement dépasser les 300 euros », développe Pauline Cousseau, jeune entrepreneure et maître d’œuvre de polette.com, plateforme de e-commerce sortie de terre en 2011, une prouesse et un risque pour l’époque – qui dispose également d’un réseau physique à Paris, Lille, Amsterdam, Utrecht et prochainement Bruxelles – et revendiquant, outre des montures accessibles au plus grand nombre, davantage de transparence sur les prix. « Polette est une entité aux valeurs humaines très prononcées où nous prônons la transparence et la responsabilisation. Nous ne voulons pas mentir à nos clients. Aujourd’hui, tout le monde veut savoir d’où provient la tomate ou la courgette qu’il a dans son assiette. Je veux aussi que nos clients aient la liberté de connaître le circuit de leur paire de lunettes », souligne la jeune entrepreneure.  Un postulat qui tranche, comme évoqué en préambule, avec l’opacité inhérente à un secteur longtemps sclérosé, peinant à se renouveler, certaines pratiques et autre us et coutumes de l’optique ayant particulièrement la vie dure. Doux euphémisme.

Autre tabou levé par polette : la mise en avant du « made in China », prêtant pourtant volontiers le flanc aux critiques et parfois – à juste titre – synonyme de manque de qualité dans les produits. Un poncif battu en brèche par Pauline Cousseau. « Evidemment qu’il existait une certaine forme de défiance, beaucoup pensaient que nos lunettes, étant fabriquées en Chine, seraient de qualité moindre pour ne pas employer d’autres termes moins politiquement corrects. Alors nous avons choisi d’ouvrir les portes de notre usine en Chine à tous les journalistes pour leur montrer que la qualité était l’un de nos principaux critères ».  Pour rappel, la Chine est le principal producteur de monture et verres et ce depuis 40 ans pour le monde entier. Une transparence assumée, d’autant que beaucoup de mastodontes de l’optique produisent également au sein de l’Empire du Milieu. « Essilor (fabricant de verres optiques d’envergure internationale et coté au CAC 40) fabrique aussi certaines gammes de verres optiques dans les usines chinoises », abonde, avec aplomb, la jeune entrepreneure qui, au sortir de ses études de langues étrangères appliquées (LEA) a décidé de déployer ses ailes en Chine pour perfectionner ses connaissances en chinois. « Il n’était alors pas question de lunettes et encore moins de redynamiser le secteur, j’étais à mille lieues de cela » sourit la jeune femme. 

Le « Zara de la lunette »

Le véritable « déclic » va venir du tortueux circuit de distribution et des marges monstrueuses engrangées par les divers intermédiaires tout au long de la chaîne de valeur. « A croire que pour certains, vendre des lunettes est aussi lucratif que de vendre de la cocaïne » a coutume de répéter, sans ambages, Pierre Wizman, « serial-entrepreneur » de son état, et cofondateur de polette.  Au gré de ses pérégrinations chinoises, la jeune femme, « armée » de son sac à dos, a visité pléthore d’usines en Chine et a ciselé et peaufiné la ligne directrice de polette : des lunettes accessibles et tendances à des tarifs imbattables. Sans perdre de vue la qualité, vertu cardinale et « cœur du réacteur » de la « fusée polette ». « Vous pouvez avoir des lunettes à 30 euros, ajustées à votre vue et livrées en dix jours chez vous. Si sceptiscime initial il y a eu, notamment au sujet de la qualité, toutes les réticences se sont envolées au moment où le client reçoit son premier modèle », appuie, sûre de sa force, Pauline Cousseau. Difficile de lui donner tort tant les chiffres plaident en sa faveur : la jeune entreprise, désormais basée à Amsterdam après avoir vu le jour à Shanghaï, a été rentable immédiatement et devrait dégager un chiffre d’affaires d’environ 50 millions d’euros en 2017. « Nous avons entre 3 500 et 4 000 commandes par jour » poursuit Pauline Cousseau.

Une petite visite impromptue en plein mardi après-midi au sein du show-room de la rue de Rivoli atteste de cet engouement. En couple, seul ou en famille, les clients se pressent dans un magasin au design soigné et épuré et sollicitent allègrement l’une des vendeuses présentes à ce moment-là qui, sans se départir de son sourire, répond à toutes les sollicitations, aidant tour à tour une femme et sa fille à commander en « direct » sur internet, puis conseillant un père de famille sur une monture avant de mesurer l’écart pupillaire d’un autre. Le tout dans une ambiance joviale et décontractée qui fait oublier l’attente. C’est d’ailleurs l’un des secrets de fabrication de polette et de Pauline Cousseau : intervenir à chaque étape et ne rien laisser au hasard. « Nous sommes producteurs, au sens littéral du terme. Nous dessinons nous-mêmes nos lunettes, nous renouvelons nos collections fréquemment et les mettons en ligne. Nous n’avons pas sollicité de levées de fonds pour conserver une certaine forme de liberté. L’idée était de permettre à nos clients d’obtenir des lunettes à leur style, sans pour autant rogner sur la qualité. J’ai quand même passé 7 ans en Chine et mon associé 9. Nous avons obtenu des productions qualitatives à des tarifs intéressants ».

Simplification du « process »

Le « parcours client » est également empreint d’exigence et de professionnalisme. « Le client arrive sur le site et choisit la paire de lunettes désirée en fonction d’un filtre par matière, prix, catégorie, type de lunette puis indique ses corrections. Plusieurs options s’offrent ainsi à lui (verre solaire, protection écran, etc) avant de simplement régler son achat », déroule Pauline Cousseau.  Quid justement du « nerf de la guerre » à savoir la prise de renseignements concernant les corrections ? « En ligne, le client peut contacter nos opticiens sur le chat ou par téléphone », ajoute la jeune femme. En magasin, le modus operandi est encore plus convaincant : le futur acheteur peut se voir prendre ses corrections en quelques minutes et choisir parmi les 1 200 modèles proposés, et là aussi le design est particulièrement soigné.

S’il ne part pas avec sa monture sur le nez, le client la recevra sous une dizaine de jours après avoir dûment rempli les renseignements susmentionnés. Si l’accueil initial des grandes enseignes et autres « puissances régnantes » de l’optique a été glacial, ne pensant pas que le concept perdurerait au-delà de quelques mois, force est de constater que le regard sur polette a changé. « Ils ne nous prenaient pas au sérieux. Nous sommes arrivés en sous-marin et on a surpris tout le monde par notre stratégie, notre intelligence et notre énergie », sourit la jeune femme qui nourrit de grandes ambitions. « Nous voulons nous installer dans chaque grande ville de France », assure-t-elle. Bon pied, bon œil, polette n’a pas fini de tisser sa toile. Dans l’Hexagone et au-delà.