Je swipe, tu swipes, nous swipons ! Mais pas eux. Les +50 ans dynamiques et connectés ne se reconnaissent absolument pas dans le mot « senior » qu’on voudrait leur assigner, ils entendent accéder à la plénitude de leur vie en restant maîtres de leurs choix. Ils s’impliquent entièrement et avec conviction dans une nouvelle histoire pour écrire un avenir à deux. L’entrepreneure Margot Sitruk, à l’origine de l’application « Passions », l’a constaté – au plus près – à travers son père célibataire : « le marketing des « seniors » doit vraiment se réinventer pour parler à une population qui a évolué, qui est à la fois consciente de sa maturité, et en même temps pleine de désir de vivre et d’expérimenter », analyse la startuppeuse. Lumière sur une nouvelle manière d’appréhender la drague virtuelle sur cette cible, et plus si affinités.

Les sites de rencontres entre « quinquas » existent depuis plusieurs années. Sur quel registre l’application « Passions » s’adresse-t-elle à ces célibataires bien installés dans leur vie sociale et professionnelle ?


Margot Sitruk : Passions se distingue comme étant la 1ère application 100% mobile, donc avec un ADN mobile. Nous nous adressons aux quinquas connectés, dynamiques, qui ont envie de profiter de la vie à deux. Nous nous adressons à ce que sont réellement les +50 ans aujourd’hui : ils ne s’identifient absolument pas à leur âge biologique (ni au mot « senior ») : ils sont actifs, plein d’énergie, bref, ils sont encore jeunes. J’ai eu envie de créer une plateforme qui correspond à ce dynamisme, et qui soit capable de dépasser le registre lexical  « sénilisant » car ce n’est pas le ton de Passions.

Je crois que le marketing des « seniors » doit vraiment se réinventer pour parler à une cible qui a évolué, une cible à la fois consciente de sa maturité, et en même temps pleine de désir de vivre et d’expérimenter. Donc Passions s’adresse à des quinquas installés dans leur vie sociale et professionnelle… mais qui ne reculent pas devant une dose de peps et d’intensité ! 


« C’est pour aider mon père célibataire à trouver une copine que j’ai imaginé « Passions ». Diriez-vous que les +50 ans n’osent pas recourir spontanément aux plateformes de rencontres en ligne pour rompre avec leur solitude ?

MS : C’est tout à fait vrai. Les +50 ans ont plus de réticences à utiliser des services de rencontre en ligne parce qu’ils craignent à tort d’être perçus (ou de se percevoir eux-mêmes) comme des « losers ». Pour une femme de 20 ans, c’est normal d’être sur Tinder, pour une femme de 50 ans, c’est suspect. Il faut dire qu’ils appartiennent à une génération qui a profité de beaucoup de liberté dans les années 70-80, ils n’avaient aucun mal à trouver un ou plusieurs partenaires… et surtout les sites de rencontre n’existaient pas ! Ils ont vécu toute leur jeunesse sans aucun service de ce type, ils ne sont pas éduqués à cet usage. C’est sur ce point que la démarche de Passions s’inscrit car le mobile ramène du naturel, de l’instantanéité et de la spontanéité. Le mobile est beaucoup moins contraignant, moins invasif, plus ludique… et donc moins « loser ». J’y reviens.

Mon père préfère recevoir une petite notification sur son téléphone et « chatter » sur le chemin de la salle de sport plutôt que de rester des heures dans sa chambre devant un ordinateur. Des quinquas connectés !

Hier l’apanage des cadres et des urbains, la drague virtuelle est à présent entrée dans les mœurs : en attestent les nombreuses unions issues d’un coup de foudre numérique. Quelles sont les attentes de l’utilisateur « Passions » ?

MS : Les utilisateurs de Passions recherchent « le partenaire idéal pour partager des bons moments ». Pour autant, ils sont en quête d’une histoire sérieuse, et sont très exigeants. Ils sont à un moment de leur vie où ils ne veulent plus perdre de temps, ils ont une expérience et une connaissance d’eux-mêmes qui leur permet de savoir exactement ce qu’ils veulent, et ce qu’ils ne veulent pas ! Ils sont moins «  superficiels »  que les plus jeunes dans leur recherche, ils affectionnent particulièrement l’authenticité, le naturel, la complicité, la sincérité. 

En quelques mots clés : dynamiques, modernes, exigeants, épicuriens, authentiques, passionnés.

 

Margot Sitruk innove en ne s’adressant pas aux +50 ans sur un ton “senilisant”

Les réseaux sociaux, comme la myriade d’applications et sites spécialisés dans le dating, rendent accessibles en un clic et en un algorithme les rencontres par affinités, et pourtant la France compte toujours quelque 18 millions de célibataires… ! N’est-ce pas paradoxal ?

MS : La myriade de sites et d’applications a apporté une véritable réponse à la solitude, à l’isolement, et en cela ce sont des inventions magnifiques qui ont apporté beaucoup de bonheur à des millions de personnes. Et en même temps, ces solutions nous facilitent tellement la vie, nous offre tellement de choix… qu’il devient peut-être plus difficile de s’engager, de choisir la personne. Pas de la trouver, mais de la choisir. Parce que choisir, c’est renoncer à des milliers d’autres profils aguicheurs qui nous tendent les bras. Peut-être que les jeunes générations qui ont été biberonnées à Tinder, Adopte ou Happn auront plus de facilités à faire des rencontres, mais plus de difficultés à les faire durer, à se battre pour traverser les épreuves naturelles du couple. 

Néanmoins, les +50 ans sont moins touchés par cette « ambivalence du choix » parce qu’ils sont à un moment de leur vie où ils ne veulent pas perdre de temps, ils savent exactement ce qu’ils veulent et préfèrent aller droit au but. Quand ils trouvent le partenaire qui leur correspond, ils s’impliquent entièrement et avec conviction dans cette histoire. Globalement beaucoup moins de papillonnage et de FOMO (Fear of missing out, ou la peur de passer à côté d’une information, NDLR) pour les +50 ans.

La géolocalisation introduite notamment par Tinder et Happn a révolutionné l’approche en matière de matching amoureux.  Aujourd’hui quelles tendances se dessinent dans le secteur ?

MS : Je dirais que trois tendances se dessinent : 

  1. L’hyper-matching, avec des techniques scientifiques, qui va prétendre trouver une compatibilité parfaite entre deux êtres humains (grâce à des algorithmes et outils très poussés d’analyse de personnalité ou même d’ADN)
  2. La vidéo (profils enrichis en vidéos, discussions en vidéos live, etc) qui permet de pallier la question épineuse des fausses photos, ou des photos mensongères
  3. La réalité augmentée pour créer un véritable continuum entre la vraie vie et le virtuel

Profils fictifs ou inactifs, prise de contacts n’aboutissant à aucune rencontre physique, les Français en quête d’âme sœur en ligne se disent insatisfaits à 39% dans une récente enquête pilotée par le magazine « UFC-Que Choisir ». Comment « Passions » se prémunit-elle contre ces problèmes ?

MS : Dans la vraie vie, vous pouvez échanger des regards qui n’aboutissent jamais, vous pouvez échanger des numéros et on ne vous appelle jamais, les exemples sont légion… La rencontre virtuelle n’a pas inventé la déception amoureuse, elle est une arène où se reproduisent les comportements de la vraie vie ! Mais il est vrai qu’il est plus facile d’ignorer un message derrière son écran, ou d’annuler un premier rendez-vous avec quelqu’un qu’on n’a jamais vu et qu’on ne croisera (probablement) jamais. 

Passions a mis en place un certain nombres d’éléments préventifs :

– Nous rendons invisibles les profils inactifs

– Nous modérons tous les profils et nous bannissons instantanément les « faux » profils

– Nous permettons évidemment aux utilisateurs de signaler tout profil suspect ou comportement abusif

Je crois que pour mettre toutes les chances de son côté dans la rencontre en ligne, il faut partir avec un état d’esprit positif, avec l’envie de jouer le jeu (un utilisateur qui se dirait insatisfait mais qui n’aurait mis aucune photo sur son profil serait de mauvaise foi), avec de la bienveillance envers son prochain, avec un soupçon de second degré, et enfin sans croire aux solutions miracles. La rencontre en ligne est une magnifique solution qui fait ses preuves chaque jour, mais la première solution à tout, c’est l’utilisateur lui-même.