Comme beaucoup de start-up innovantes, Misterb&b est née de la frustration. Le fondateur et entrepreneur Matthieu Jost a été bouleversé et déçu. Inscrit en tant que guest pour une location à court terme à Barcelone, il a été rejeté pour son homosexualité. Il a pu trouver un autre logement, mais l’expérience l’a tout de même piqué au vif. En quittant la ville catalane, il a juré à son compagnon qu’il ne se retrouverait plus jamais dans cette situation. Mieux, que jamais plus une personne ne serait rejetée pour son orientation sexuelle en voyage. C’est ainsi que le concept de Misterb&b est né.

 


« Il ne s’agit pas seulement de se sentir en sécurité. Il s’agit de ne pas avoir à révéler qu’on est homosexuel quand on l’est », a déclaré Matthieu Jost. « C’est incroyable qu’en 2019, on doit encore donner ces informations privées pour réserver une location à court terme. »

À l’époque, Matthieu Jost était bien placé pour lancer sa nouvelle entreprise. Il avait créé Mister10, qu’il décrit comme un « gay TripAdvisor », site qui offre des recommandations pour les villes du monde entier. Il a ensuite rencontré son associé, François de Landes, qui travaillait sur Sejourning.com, le plus grand site français de location court terme, et la paire a décidé de travailler ensemble. S’appuyant sur leurs expériences respectives, ils ont créé le site web en seulement trois mois et l’ont lancé fin 2013.

Au début, ils se concentraient uniquement sur ce qu’ils connaissaient, selon Matthieu Jost, et s’adressaient exclusivement aux hommes gays. Aujourd’hui, ils ont changé la marque et sont plus inclusifs qu’auparavant, ciblant également les lesbiennes, les trans et les bisexuels. Depuis 2018, les utilisateurs de Misterb&b peuvent s’inscrire en tant qu’homme, femme ou non binaire, un geste dont le fondateur est particulièrement fier.

 

La difficulté d’approvisionnement

S’implanter dans une nouvelle entreprise est toujours un défi. Sur le marché de la location à court terme, c’est d’autant plus difficile que les hôtes ouvrent littéralement leur maison à des étrangers. « L’approvisionnement est toujours la chose la plus difficile. C’est plus difficile d’ouvrir sa porte à quelqu’un qu’on ne connaît pas, mais parce que nous partageons la même sexualité et les mêmes valeurs, la confiance s’installe plus vite », poursuit Matthieu Jost.

Afin de se développer efficacement, Misterb&b s’est d’abord concentrée sur les grandes villes car il y a une communauté LGBT très active dans chaque métropole. Fondée en France, la start-up s’est rapidement implantée aux Etats-Unis et dans le reste de l’Europe de l’Ouest. Misterb&b possède plus de 200 000 propriétés dans 135 pays à travers le monde et a levé 13,5 millions de dollars en capital risque à ce jour.

Aujourd’hui, les États-Unis sont leur premier marché. A l’avenir, ils prévoient de se développer en Asie, notamment en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines. Ils ont également beaucoup d’annonces à Bangkok et à Bali.

 

Des problèmes de sécurité pour les hôtes ?

L’expansion des affaires est toujours délicate. Pour la start-up française, il y a une couche de préoccupation supplémentaire concernant la sécurité de ces personnes, car tous les pays dans lesquels le site web est exploité ne sont pas nécessairement favorables à l’homosexualité. « Est-ce que nous souhaitons vraiment que notre hôte puisse lister un endroit en Russie ? » demande Matthieu Jost. « C’est sans danger pour lui ? »

Afin de protéger les hôtes, la société a pour politique de ne pas opérer dans les pays sanctionnés par le US Treasury Office of Foreign Asset Control ou l’OFAC. Ils offrent également aux hôtes la possibilité de cacher initialement leurs photos de profil dans des pays où l’homophobie ou les crimes anti-LGTBQ sont très fréquents. Les hébergeurs peuvent alors révéler leurs photos de profil, mais uniquement à quelqu’un qui possède un compte Misterb&b.

Malgré la difficulté, la réaction des hôtes dans les pays où les homosexuels sont persécutés a été vraiment réconfortante, se félicite Matthieu Jost. « Nos hôtes en Russie sont très heureux parce qu’ils peuvent rencontrer des homosexuels. C’est très dur pour eux de se rencontrer… » Jusqu’à présent, l’entreprise n’a eu aucun problème d’hôtes persécutés, a déclaré l’entrepreneur français.

 

« Arriver chez un étranger et quitter un ami »

Le plus grand espoir du fondateur de Misterb&b, est que les invités « arrivent chez un étranger et repartent de chez un ami ». Il semblerait que ce crédo a son effet. « Mes expériences avec Misterb&b ont été plus enrichissantes sur le plan social que mes expériences avec Airbnb », déclare Grant, un voyageur homosexuel qui a utilisé Misterb&b à Athènes, Londres, Madrid et Rome. Expliquant qu’il a délibérément cherché des hôtes sociaux par le biais des critiques, Grant a poursuivi en disant qu’à chaque fois, il est allé dans les bars et les clubs avec ses hôtes, il a discuté avec eux pendant des heures ou dîné avec eux.

Pour Grant, la qualité de l’hébergement n’est pas différente de celle d’Airbnb, mais les liens sociaux font toute la différence avec misterb&b.

Bien qu’il ne s’agisse en aucun cas d’un site de rencontre, Matthieu Jost a déclaré que quelques hôtes et invités se sont mariés, ce qu’il qualifie d’« exceptionnel ». « Nous sommes des hommes gays et nous sommes très fiers d’accueillir quelqu’un chez nous ». Il poursuit : « nous voulons vraiment que nos clients vivent une expérience incroyable. »