« La plus grande levée de fonds jamais réalisée par une startup française : bravo à toutes les équipes de @Mirakl qui font rayonner la French Tech ! » @EmmanuelMacron. En un tweet, le Président de la République a adoubé la start-up Mirakl au rang de champion français de la French tech. En exclusivité pour Forbes, son président Philippe Corrot revient sur l’incroyable sucess story de Mirakl.

Votre dernière levée de fonds record fait de vous le nouveau champion de la french tech. On vous surnomme le Salesforce français.


Philippe Corrot : C’est très flatteur. Chez Mirakl, nous ne faisons pas tout à fait le même métier que Salesforce. Nous sommes éditeurs de logiciels mais seulement pour les plateformes de e-commerce. Cependant la comparaison avec Salesforce dit beaucoup chose sur notre entreprise que ce soit en termes de croissance ou de convictions.

Votre conviction, c’est que l’avenir du e-commerce, ce sont les plateformes ?

PC : Exactement. En 2006, avec mon associé Adrien Nussembaum, on a créé une première marketplace dans les jeux vidéo, Spiltgames, que l’on a revendue en 2008 à la Fnac. Très rapidement, cette plateforme a servi à l’enseigne à tester l’intérêt de ses clients pour tous ses nouveaux produits avant de les introduire dans les magasins.

C’est à ce moment que j’ai pris conscience de l’incroyable potentiel des plateformes de e-commerce. D’autant que les grands acteurs mondiaux ont commencé leur incroyable conquête du monde, Amazon, Alibaba, Airbnb, Uber ou encore Rakuten.

Toutes avaient compris que l’avenir de l’e-commerce n’était pas de vendre ses produits en ligne, mais d’offrir un écosystème autour de sa marque. Créer des sites commerciaux intermédiaires entre clients et fournisseurs, sans stocks ni entrepôt. Ils ont connu une incroyable expansion ces dernières années et représentent aujourd’hui 60 % du commerce en ligne.

En 2011, nous avons créé Mirakl pour permettre à tous les commerçants d’entrer en compétition avec les géants du e-commerce, voire de ne plus dépendre d’eux. Forts de notre expertise, nous avons inventé des solutions logicielles innovantes de marketplace, de dropship et de développement d’écosystèmes.

Qui sont vos clients ?

PC : On travaille pour les Galeries Lafayette, Darty/Fnac, Carrefour mais aussi Walmart ou Bestbuy aux États-Unis. Nous avons plus de 350 clients qui représentent un volume d’affaires de près de 3 milliards de dollars que lequel nous prélevons un pourcentage des ventes réalisées par ses clients.

Nous faisons 40 % de notre activité en Europe, 40 % aux Etats-Unis et le reste dans le monde. Chez Mirakl, nous vendons une solution SaaS (software as a service) avec une technologie de pointe mais aussi des équipes et des experts qui assurent le succès des projets de nos clients. C’est cette expertise qui a fait de nous le leader mondial.

Au premier semestre 2020, malgré la crise sanitaire, nous avons continué à croître. Nous avons conquis 25 nouveaux clients et lancé 18 marketplaces qui ont enregistré en hausse de 111 % pour un chiffre d’affaires, autour de 100 millions d’euros.

A quoi vont vous servir les 300 millions de dollars de votre dernière levée de fonds qui propulse Mirakl dans le monde des licornes, avec une valorisation de 1,5 milliard d’euros

Cette augmentation de capital de 300 millions de dollars (environ 255 millions d’euros), menée par le fonds international Permira et ses investisseurs historiques (83North, Bain Capital Ventures, Elaia Partners et Felix Capital), va nous permettre de recruter 1000 salariés sur les trois prochaines années, dont 300 ingénieurs dans l’Hexagone, répartis entre Paris et Bordeaux. Car nous sommes une entreprise française et notre siège social restera en France. Pour autant, notre objectif est d’accélérer notre développement à l’étranger, plus particulièrement en Asie, aux États-Unis et en Amérique latine.

Nous finalisons aussi le développement de notre nouveau produit Mirakl Connect, une « plateforme des plateformes » qui va faciliter la création de nouveaux sites grâce à l’utilisation de l’IA (intelligence artificielle), c’est-à-dire l’association optimisée des datas et des algorithmes. Elle est actuellement en version “beta” mais nous allons accélérer son développement pour permettre à nos clients de développer de nouvelles marketplaces. Le confinement provoqué par le coronavirus a montré que le commerce en ligne pouvait compenser, au moins en partie, la fermeture des magasins. Il n’y a pas un modèle économique qui ne va pas passer, à un moment, par une plateforme numérique.