Si l’on en croit Jacques Attali, les entreprises de l’avenir seront « positives », c’est-à-dire à la fois rentables et utiles aux générations futures, elles donneront ainsi envie aux salariés. Si l’on écoute les experts en Ressources Humaines, ceux qui cherchent un nouveau souffle à leur métier, il est essentiel de rendre son personnel heureux pour qu’il en soit plus efficace. Mais qu’est donc ce personnel que chaque entreprise veut s’attacher ?

Il y a d’abord l’entrée massive des femmes dans le monde du travail qui bousculent les organisations et imposent des quotas dans les conseils d’administration, l’arrivée des jeunes issus de différents milieux et de multiples pays, puis la génération Y qui bouleverse les codes et apporte avec elle autant de qualités que d’exigences, mais aussi les demandes religieuses de plus en plus visibles et contraignantes, les obligations juridiques pour les handicapés, etc… A cela s’ajoute le digital, transformant non seulement le produit de l’entreprise, c’est-à-dire son cœur de métier, mais aussi les habitudes de sa clientèle tout comme celles de son personnel, qui fait de moins en moins de différences entre la vie privée et la vie professionnelle. Trois révolutions qui, se croisant, multiplient leur impact au sein du monde des affaires : mixité, connectivité et flexibilité, voilà avec quoi les entrepreneurs d’avenir doivent compter s’ils veulent rester dans la course.


 

Le personnel des entreprises est désormais divers, mixte, volatile et international rendant la notion d’égalité toujours plus complexe.


Les Français placent la notion d’égalité avant celle de diversité, notion introduite par nos amis américains et qui s’oppose à cette fameuse notion d’égalité dans laquelle toute action se doit d’être identique pour tous car les compétences n’ont pas de sexe ou de couleur. On parle d’équité alors pour ajuster les inégalités, ce travail des dirigeants et des Ressources Humaines, qui sera traité différemment selon les pays et les cultures, est au centre des débats actuels et des exigences de la société. Les entreprises sans femmes dans les conseils sont montrées du doigt, celles qui ne comprennent pas la flexibilité exigée par la génération Y voient ses meilleurs éléments partir pour des « start-up » où on travaille plus mais dans la bonne humeur, enfin il y a aussi celles qui n’ont pas compris que les salariés sont devenus des personnes, enfants eux-mêmes, parents, amis, passionnés… Comment conserver la compétence de ces personnes, dont le capital est indispensable mais dont les conditions de travail doivent être personnalisées ?

 

Parmi ces différences, il s’agit avant tout d’intégrer celle des sexes, hommes et femmes, les traiter au même niveau, avec les mêmes salaires, et les mêmes chances. Et comme les critères existants sont encore ceux du masculin, il faut repenser toute l’évolution et l’évaluation des équipes. Si l’on en croit les nombreuses études publiées à foison depuis 20 ans, dont les publications de Michel Ferrary* sur la performance financière des entreprises mixtes, ce célèbre expert suisse démontre que l’alliance des hommes et des femmes donne de meilleur résultat économique mais aussi dans l’entreprise en général, que ce soit pour l’ambiance, le management des personnes ou la croissance et l’innovation. L’entreprise Sodexo* a de son côté analysé les performances des équipes mixtes et non mixtes et mis en valeur la meilleure rentabilité financière des équipes intégrant des hommes et des femmes. Qu’attend-on ?

 

Le personnel des entreprises est aujourd’hui à l’image du monde. Connecté, il est mobile et infidèle comme les clients mais il est aussi générateur de changement et soucieux de comportement plus éthique.

 

Multigénérationnel, le personnel comprend fréquemment 3 générations travaillant au sein des mêmes équipes, ne partageant plus forcément les mêmes valeurs, et préférant parler de comportement, jugeant les valeurs de l’entreprise plus hypocrites qu’authentiques. En 2050, un habitant français sur 3 sera âgé de plus de 60 ans, la part des jeunes tout comme celle des actifs diminuera, ce vieillissement de la population, inéluctable selon l’INSEE, démontre bien que le moyen terme cher au genre féminin est nécessaire pour attirer les meilleurs talents et les garder.

 

Infidèle, cette génération, qui refuse la hiérarchie classique due à la position mais respecte l’autorité du sachant et du leader charismatique, refuse de travailler dans un environnement où le seul lien serait financier. Si c’était le cas, d’ailleurs, l’entreprise se verrait quittée pour un meilleur salaire bien facilement. Il faut donc tisser des liens de confiance, ce qui se fait par un comportement plutôt que par des règles.

 

Soucieux d’un comportement plus éthique, voire honnête si cela est possible, le personnel de 2017 veut toujours plus de son entreprise et lui demande un comportement respectant non seulement les règles, c’est la moindre des choses, mais aussi cette notion floue et subjective nommée éthique. L’avantage concurrentiel ne doit plus se cacher derrière une productivité accrue au détriment des personnes, mais plutôt derrière une attitude du leader qui soit loyale, authentique, offrant une évolution aux équipes, et un partage correct des bénéfices résultant de cette implication pour une meilleure productivité et une fierté devant le résultat obtenue.
Ainsi va la vie des dirigeants(es), dont les comportements sont désormais visibles et qui ne peuvent plus cacher ce qui l’était auparavant.

Il va sans dire que seuls ceux qui auront compris l’intérêt de l’alliance diversité, mixité, égalité feront partie des entrepreneurs d’avenir.

Muriel de Saint Sauveur, Présidente de Women Masterclass.

  • http://www.lefigaro.fr/societes/2016/03/08/20005-20160308ARTFIG00140-comment-les-femmes-dopent-la-rentabilite-des-entreprises.
  • La mixité en entreprise, source de performance. Fr.Sodexo.com