J’ai eu l’honneur d’assister récemment au dîner des 15 ans du Refuge, cette association qui procure un toit et surtout du réconfort et de l’espoir à des jeunes de 18 à 25 ans de la communauté LGBT qui ont été chassés de chez eux. Alors que je pensais à tous ces témoignages émouvants des anciens du Refuge qui ont trouvés une nouvelle vie, qui peuvent vivre tels qu’ils sont, grâce à cette magnifique association, je repensais aux discours actuels sur la technologie. D’aucuns préfèrent dire que la technologie de ces dernières années a permis aux extrémismes de vaincre, aux discriminations d’avoir une voix plus forte, et aux violences de se perpétrer.

Et pourtant on oublie bien souvent que la technologie, et en particulier le e-commerce, ont permis aux discriminations de s’estomper ou aux identités de s’affirmer. Trois raisons simples me poussent à dire que le e-commerce est la plus belle illustration de la non-discrimination de la technologie.


L’accès aux contenus sans censure.

Lorsqu’on vit en France, et qu’on a accès à des libraires physiques ouvertes jusque tard dans la nuit, qui proposent des livres rares ou uniques, on n’imagine pas à quel point dans certains pays le moindre essai, le moindre pamphlet, voire un roman populaire mais mal vu par le pouvoir en place peut être impossible à trouver. Le fait de pouvoir acheter dans le monde entier en quelques clics, de pouvoir trouver et faire venir au-delà des frontières, au travers des douanes des livres ou musiques qui sont interdits ou censurés dans ces pays, rend l’accès à la culture et aux contenus sans commune mesure. Sans parler de l’accès aux contenus digitaux, que ce soit des e-books, de la musique en ligne, ou de simples divertissements. Pour comprendre cette situation, il faut remonter aux censures contre le rock’n’roll des années 50, voire aux buchers de livres des années 30. Et pourtant, en plein XXIe siècle, ce type de censure, de lynchage culturel existent encore.

Mais avec le e-commerce, les lecteurs, auditeurs, ou gamers ont accès aux contenus du monde entier, sans frontière, sans censure. Les communautés peuvent se retrouver et échanger, et acheter des contenus qui peuvent être jugés illégaux ou « immoraux » selon des standards vieux de quelques siècles, et qui pourtant ouvrent l’esprit, informent la tolérance, et donnent de l’espoir.

L’accès à l’entrepreneuriat sans frontière

Le plus bel exemple de ce e-commerce positif et permettant la réalisation de rêve sans jugement ni discrimination est le financement participatif. Le fait de pouvoir trouver des soutiens financiers dans le monde entier, pour un projet autour de ses valeurs, de son orientation sexuelle, de son désir de changement d’identité, sans avoir à supplier un parent, un banquier, ou des autorités médicales intolérantes, tout cela peut être trouvé grâce aux plateformes participatives.

Mais surtout, le e-commerce offre des possibilités quasi-infinies aux communautés des laissés pour compte. En effet, ceux et celles qui sont délaissés par les lois, qui obligent par exemple les femmes à demander l’autorisation à leur mari ou leur frère afin d’ouvrir un compte bancaire, avant même de pouvoir créer leur entreprise, peuvent sans problème commencer à recevoir des paiements en ligne avec un simple compte Instagram et un compte PayPal. Des femmes au Moyen-Orient, en Inde, en Amérique latine, vendent ainsi leurs recettes, leurs artisanats, font parfois vivre des communautés entières, sans que des banquiers ou des parents puissent les en empêcher.

L’achat, et surtout le don, sans jugement

Le e-commerce permet la forme la plus pure de liberté d’expression. Personne n’oblige qui que ce soit à acheter des produits vendus sur Internet. Mais personne ne devrait empêcher non plus la vente de produits, s’ils ne sont évidemment ni dangereux pour autrui, ni jugés illégaux dans les pays les plus progressistes.

De la même manière, le lien le plus probant entre les contenus sans frontières, les financements participatifs, et les initiatives communautaires qui réunissent, qui créent de la cohésion, sont les dons caritatifs en ligne.

Et alors que #GivingTuesday bat son plein, il est urgent de rappeler que le don ne critique pas, que le don ne juge pas, et que l’on donne à qui l’on veut sur Internet sans jamais avoir peur des persécutions, de la honte, en toute générosité et honnêteté. Et même si ce don est caché derrière un wallet ou une carte, il est fait avec autant de ferveur et de vérité que tout autre don. Et rien n’est plus facilité que le don en ligne par le e-commerce, qui permet d’exprimer sans limite sa générosité, et surtout sa reconnaissance sur le fait que l’inspiration, l’exemple, passent par un pionnier qui a décidé de créer une initiative jusqu’à présent censurée, interdite, ou jamais tentée, comme le Refuge par exemple, qui offrent un modèle qui essaimera, et qui ne trouvera son plein essor que grâce à des dons venant du monde entier.

La technologie permet donc le meilleur, quand elle reste humaine, ouverte, et qu’elle détruit les discriminations.