Max Levchin est l’entrepreneur visionnaire qui se cache derrière certains des plus grands noms du monde de la technologie : Paypal, Yelp, Slide, entre autres.

En tant que membre du conseil d’administration, il a également conseillé quelques startup dont Evernote.


Sa dernière aventure ? L’entreprise de technologie financière Affirm (secteur appelé “FinTech”) qui a comme objectif d’apporter plus de crédibilité et de transparence à l’industrie de la banque par le biais de ce que Max définit comme “le financement juste et honnête.”

Selon le site CreditCards.com, le montant moyen des dettes contractées par carte de crédit tourne autour de 9 600 dollars (environ 8 781€). Si vous choisissez un paiement mensuel minimum, vous pourriez payer plus de 11 615 dollars (environ 10 623€) d’intérêts additionnels au cours de la vie du prêt – ce qui revient à bien plus que ce que vous avez initialement emprunté.
C’est cela que Max Levchin veut changer.

L’entreprise Affirm permet aux clients de régler leurs achats au fur et à mesure du temps avec des prêts à intérêt simple, qui ne comportent aucune pénalité ou frais de retard. Contrairement aux options de paiement qui incluent des intérêts composés et des coûts inattendus, Affirm informe le client d’entrée de jeu sur le montant total de son engagement.

Affirm (dans la liste des FinTech 50 Forbes 2016) pourrait être l’entreprise qui lancera la nouvelle carte de crédit révolutionnaire; Le mois dernier, l’entreprise basée à San Francisco a atteint son premier million de prêts à la consommation. Affirm a aussi attiré quelques uns des plus grands noms du capital-risque, comme Andreessen Horowitz, Founders Fund, Khosla Ventures, Lightspeed Venture Partners et Spark Capital, entre autres.

L’interview mené par Zack Friedman de Max Levchin a abordé plusieurs sujets : Affirm, sa passion pour résoudre les problèmes, sa façon de monter une bonne équipe, son meilleur conseil pour les entrepreneurs.

Zack Friedman: Quel a été le moteur pour lancer Affirm et comment l’idée t’est venue ?

Max Levchin: On a commencé Affirm il y a cinq ans avec l’idée que nous pouvions créer un mode de souscription plus intelligent et une technologie anti-fraude pour améliorer les systèmes traditionnels dépassés, et ainsi créer des produits financiers simples, transparents, vendus au juste prix et dépourvus de la distorsion incitative qui définit trop souvent les prêts. Depuis 2014, le nombre de prêts a été multiplié par plus de 40 et nous avons ajouté 900 partenaires commerciaux comme Expedia, Wayfair, Peloton, Casper et Eventbrite. Nous avons accordé plus d’1 million de prêts, tout en maintenant un taux de recommandation net très élevé. Nous ne voyons pas de raisons de ralentir la cadence dans un proche futur.

Zack Friedman: En quoi Affirm est différent de ses concurrents ?

Max Levchin: Nous avons apporté la notion de transparence totale dans les prix pour les produits que nous offrons et éliminé les subterfuges et les clauses en petits caractères qui coûtent chaque année des dizaines de millions de dollars aux américains.
Nous avons créé notre système tout entier – de la comptabilité générale aux modèles de souscriptions, en passant par le service clientèle, ce qui nous permet d’innover très vite, tout en contrôlant et en comprenant les risques que l’on rencontre.

Zack Friedman: Vous avez été un partisan de longue date de l’augmentation de la transparence financière dans le secteur des services financiers. Où aimeriez-vous que le bureau de protection des consommateurs (US) concentre ses efforts dans les années à venir ?

Max Levchin: Depuis 2001, le bureau de protection des consommateurs a trouvé plus de 29 millions de consommateurs ayant été abusés par des pratiques illégales perpétrées par de mauvais acteurs de l’industrie de la finance. Et ce ne sont là que les pratiques illégales. Car il existe de nombreuses pratiques légales, et tout aussi abusives, utilisées par le secteur aujourd’hui et qui affectent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables financièrement.
L’une de ces pratiques les plus douteuses sont les produits de “l’intérêt différé”.
J’aimerais aussi voir le bureau de protection des consommateurs soutenir le droit du consommateur à accéder à ses données financières. Cela rendrait l’accès au crédit possible pour les 58 millions d’américains considérés inaptes au crédit – ceux qui n’ont pas de fichiers de crédit ou dont les informations sont insuffisantes pour obtenir une cote de solvabilité.

Zack Friedman: Que peut-on attendre d’Affirm dans les cinq prochaines années et comment la société se positionnera dans le paysage plus large de la FinTech ?

Max Levchin: Notre mission est de construire une marque de services financiers appréciée dans le monde entier.
Dans les prochaines années, nous comptons offrir un bien plus grand nombre des services attendus d’une institution financière moderne, tout en amenant de la transparence dans le secteur, où trop souvent le client perd pour que le fournisseur de service gagne.  Nous pensons qu’on peut faire mieux que ça.

Zack Friedman: Avant la fondation de Paypal avec Peter Thiel, de quoi vous et Peter avez discuté pendant votre premier repas ensemble à Hobee, sur la “création de la nouvelle devise mondiale ?” 

Max Levchin: Principalement de cryptographie et de son impact sur la rapidité face à laquelle le monde change.

Zack Friedman: En parlant de Peter Thiel, lequel de vous deux est le meilleur aux échecs et au ping pong?

Max Levchin: Peter est bien meilleur que moi aux échecs, au ping pong, je suis pas sûr mais je parierais plutôt sur moi.

Zack Friedman: Les entrepreneurs qui réussissent n’atteignent souvent le succès qu’après avoir essuyé “quelques” échecs. Comment Max Levchin a t-il échoué et qu’avez-vous appris de ces échecs?

Max Levchin: Les quatre startup que j’ai cofondées avant Paypal ont toutes échoué. Heureusement, j’étais suffisamment jeune pour n’avoir absolument rien à perdre quand j’en commençais une nouvelle.

Zack Friedman: Quel conseil donneriez-vous maintenant à l’entrepreneur que vous étiez à 20 ans ?

Max Levchin: Fais plus souvent confiance à ton instinct !

Zack Friedman: Après Paypal vous avez connu un nouvel échec lors de votre aventure entrepreneuriale suivante, Slide. Pour quelles raisons?

Max Levchin: Financièrement, ce fut un assez bon résultat et cela m’a permis d’embaucher quelques unes des personnes les plus performantes avec lesquelles j’ai eu l’opportunité de travailler. Cependant, je n’ai jamais vraiment été passionné par les problèmes sous-jacents de l’entreprise.
J’étais si concentré sur la réussite de Slide que je n’avais pas réalisé que j’étais en fait plus heureux quand je devais résoudre des problèmes techniques de très haute envergure.

Zack Friedman: Dites m’en plus sur votre passion des problèmes à résoudre. Comment appréhendez-vous un problème complexe ? Où commencez-vous et quel est votre mécanisme ?

Max Levchin: Je suis un ingénieur en informatique de formation. J’appréhende la plupart des défis en cherchant à développer un algorithme efficace comme solution. Tout d’abord, je tente toujours d’avoir une compréhension approfondie de la totalité du système que je tente de résoudre. Une fois que j’ai compris comment tout ça marche et s’articule, je cherche un chemin menant à la solution. S’il n’existe pas, j’essaye de changer les règles.  

Mais aussi je trouve absolument crucial de prendre en considération les intervenants humains dans chaque système et les solutions correspondantes – chaque entreprise qui est prospère l’est fondamentalement grâce à son équipe.
Comprendre comment construire une équipe de qualité et en rassembler les membres pour la résolution des problèmes est essentiel pour la création d’un effet de levier.

Zack Friedman: Donc il ne s’agit pas seulement de monter la bonne équipe, il faut aussi monter la bonne équipe qui peut résoudre les problèmes. Quel est donc le truc pour embaucher des personnes exceptionnelles ?

Max Levchin: Quand les qualifications professionnelles sont bonnes, j’utilise le ” test de l’évitement”: si après avoir passé une heure à écouter le candidat et à discuter avec lui je souhaite encore passer du temps avec cette personne la prochaine  fois que je la rencontre, c’est pour moi une bonne raison de l’engager.

Zack Friedman: En tant que PDG, quel est votre rituel quotidien pour vous préparer à optimiser votre journée ?

Max Levchin: A moins que ce ne soit totalement impossible, la première chose que je fais est grimper sur mon vélo, chaque jour, généralement autour des 5 heures du matin.

Zack Friedman: En tant qu’investisseur, où placeriez-vous votre argent aujourd’hui dans le secteur de la FinTech/technologie ? Quels secteurs vous attirent ?

Max Levchin: Je cherche des projets qui intègrent des stratégies de fidélisation du client.
Un bon service client c’est très important mais le coût de l’acquisition d’utilisateurs est parfois très élevé (le coût typique [pour obtenir une carte de crédit] démarre à 100$ [91 € environ]). Donc des idées permettant de créer la fidélité, et en finalité, de la monétiser, peuvent être très précieuses.

Zack Friedman: Quelles sont les trois choses que vous regardez quand vous investissez “sur” un entrepreneur ?

Max Levchin: Sa motivation, le cran et l’intelligence à l’état brut.
Autrement dit, les entrepreneurs doivent être obsédés par ce qu’il y a à faire pour atteindre leurs objectifs. Ils doivent aussi avoir énormément de force étant donné la brutalité constante de cette carrière et une implication forte face aux problèmes qu’ils tentent de résoudre.

Zack Friedman: Quel conseil pouvez-vous donner à un aspirant entrepreneur qui veut être le prochain Max Levchin ?

Max Levchin: Trouve l’entreprise et le projet qui correspondent à ton profil. Tu ne réussiras pas si tu dois te convaincre que tu es réellement passionné par ce que tu fais – peu de chance de succès financier et encore moins de réussir à titre personnel. Essayer d’être le prochain Steve Jobs ou Bill Gates est une façon certaine de ne pas y arriver. Ça demande avant tout un investissement total. Alors, si tu n’es pas sûr d’être un entrepreneur, la meilleure chose que tu puisses faire est de rejoindre une startup – tu verras ce que c’est de lancer un projet, sans la pression d’en porter la responsabilité intégrale.