Lorgnant le poste très convoité de président du Medef dès 2013, Geoffroy Roux de Bezieux a finalement dû attendre le 3 juillet 2018, et la succession de Pierre Gattaz, pour prendre les rênes de l’organisation patronale. Portrait d’un entrepreneur, libéral bon teint, qui a « très vite compris ce qui se passait dans l’univers du numérique ».

L’éloge de la patience… et de la sérénité. Après avoir, dès 2013, brigué la succession de Laurence Parisot à la tête du « mouvement des entreprises de France » avant de se rallier à la bannière de Pierre Gattaz, Geoffroy Roux de Bézieux, 56 ans, est désormais seul maître à bord du navire amiral Medef. L’ancien président de l’association CroissancePlus a, en effet, remporté sans coup férir son duel face à l’ancien président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), Alexandre Saubot, par ailleurs patron d’Haulotte. Avec 284 voix contre 244 à son rival, Geoffroy Roux de Bezieux remporte un marathon au cours duquel les sept autres candidats ont finalement renoncé en cours de route. Mais le nouvel homme fort de la première organisation patronale de France a patiemment rongé son frein dans l’antichambre du Medef, où il occupait les fonctions vice-président délégué et trésorier du Medef, en charge du pôle économie regroupant l’économie, la fiscalité, l’innovation et le numérique. A ce titre, il a d’ailleurs fondé l’Université du numérique que l’organisation réunit depuis quatre ans. « Très tôt, il a compris ce qui se passait dans l’univers du numérique », a confirmé, dans un entretien à Reuters, Maurice Lévy, président du Conseil de surveillance de Publicis Groupe. Et de décliner une partie de la « vision » de Geoffroy Roux de Bézieux, empreinte de modernité à ses yeux. « Il comprend beaucoup mieux les nécessités auxquelles nous allons devoir faire face dans le monde du travail ». Fin de citation.


Doux euphémisme que d’asséner que Geoffroy Roux de Beizieux est familier des us et coutumes du numérique, face un challenger Alexandre Saubot davantage rompu aux joutes des métiers plus traditionnels – sans connotation péjorative aucune – avec Haulotte, entreprise spécialisée dans le matériel d’élévation et autres engins de travaux publics. Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance (FFA), abonde dans ce sens, toujours dans les colonnes de Reuters. « Geoffroy Roux de Bézieux nous a convaincus par sa capacité à fédérer le plus grand nombre, son esprit d’ouverture et sa modernité ». Car si le patronyme du nouveau maître du Medef n’est pas vraiment connu du grand public, l’une de ses entreprises – et une sacrée réussite commerciale – fleure bon la nostalgie et devrait davantage résonner aux oreilles aux Français. Car, en effet, Geoffroy Roux de Bézieux n’est autre que l’architecte de The Phone House, première chaîne de magasins dédiés à la téléphonie mobile qui a ouvert en huit ans 200 points de vente et qui engendré un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros.

Maitre d’œuvre de The Phone House et de Numéricable

L’homme est à multiples facettes. Il s’est notamment engagé dans les forces spéciales à la fin de ses études, ce qui l’a amené à intervenir en Afrique et au Liban, est à la tête de Notus-Technologies, un groupe de 250 salariés actif dans l’agro-alimentaire, les loisirs et les nouvelles technologies ; il a aussi été à la manœuvre de l’aventure Virgin Mobile en 2006 qu’il finira par céder, 8 ans plus tard, à Numéricable pour la bagatelle de 325 millions d’euros. Outre ces prestigieux faits d’armes et son « tropisme » pour le numérique, comme décliné par Maurice Levy, le néo-président a, durant la campagne, dévoilé les grandes lignes de son programme. Principal axe de travail : faire des mutations technologiques le fil rouge de son mandat. « Les métiers vont changer, les entreprises vont changer, le rôle du travail va changer et donc, quel que soit le sujet que l’on traite, il faut le traiter à l’aune de ce regard-là ». Quid de ses relations avec l’exécutif et le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, qu’il a notamment côtoyé au sein de la Commission Attali, première étape de la fulgurante ascension de l’actuel président de la République ? Si le nouveau « patron des patrons » donne un satisfecit d’ensemble au locataire de l’Elysée, il n’en oublie pas de cibler quelques « angles morts », selon le terme consacré.

« Il y a un effort qui est modéré sur les dépenses publiques », souligne-t-il, précisant que cette réduction est indispensable « pour permettre une baisse des prélèvements obligatoires et le rétablissement des comptes publics ». Mais Geoffroy Roux de Bézieux souligne, comme susmentionné, le travail de sape d’Emmanuel Macron « pour redonner confiance aux entrepreneurs « en flexibilisant le marché du travail, en mettant en place un barème sur les indemnités prud’homales en cas de licenciement jugé abusif ou en réformant la formation professionnelle ». Enfin, fidèle à la ligne de son prédécesseur, le nouveau président du Medef plaide pour une suppression des impôts de production et une diminution des charges sociales. Deux « préalables » pour ne pas dire deux « arlésiennes » qui entravent la compétitivité des entreprises hexagonales. Et de voir le Medef « comme force de proposition »  lors des discussions avec les partenaires sociaux. Divers « vœux» que le nouveau maître des lieux espère voir se réaliser sous sa houlette. Rendez-vous dans cinq ans.