Ils ont monté leur entreprise ensemble. Et partagent leur vie. A la ville comme à l’entreprise, ils sont en couple. Comment font ces entrepreneurs pour se répartir les fonctions, pour respecter l’équilibre vie personnelle et vie professionnelle alors qu’ils construisent et gèrent la même entreprise ? Réponse avec des couples d’entrepreneurs.

C’est avec la naissance de leur première fille, Jeanne, en 2014, qu’est née l’idée de leur start-up. « J’avais repéré une commode sur Leboncoin, mais quand l’objet est loin, le transporter n’a plus d’intérêt », raconte Eliette Vincent. La problématique identifiée, elle trouve avec son conjoint Julien Larde, la solution : mettre en relation les particuliers qui effectuent un déplacement et ceux qui ont besoin de transporter un paquet. Cocolis, « le covoiturage du colis », est une histoire entrepreneuriale de couple. Une aventure qui se construit souvent autour de la naissance du premier enfant. Comme pour Cocolis, Céline Couteau et Gabriel Augusto, les fondateurs de Love & Green, une gamme de produits d’hygiène bio pour bébés (et désormais pour adulte aussi), se sont impliqués  à deux dans l’entrepreneuriat peu après la naissance de leur premier enfant, en 2010. Parce qu’ils voulaient savoir ce qu’ils mettaient sur la peau de leur fille.


Mais les couples d’entrepreneurs ne se lancent pas uniquement autour de la parentalité. Comment font-ils pour gérer à deux leur société, leur vie de couple et parfois leur vie de famille en respectant ce précieux équilibre vie professionnelle / vie personnelle ?

Etre complémentaires 

Eliette et Julien, les cofondateurs de Cocolis, se sont rencontrés dans l’univers professionnel. Elle évoluait dans le monde du e-commerce, lui dans le B2B. Et ont eu la possibilité de quitter leur entreprise respective à la même période. « Nous sommes complémentaires, ce qui permet à chacun de trouver sa place », racontent-ils. Et à chacun ses missions : pour elle, le marketing, la gestion du trafic, les finances ; pour lui, les partenariats, le business développement. « Et puis, quand l’un a un coup de mou, l’autre prend le relais, cela permet de s’épauler. »

Même constat pour Floriane Adet et Robin Morvan, cofondateurs de Mon petit coin vert, une box jardinage personnalisée. Les deux tourtereaux se sont rencontrés au bureau, dans le webmarketing. « Nous sommes allés voir notre patron pour lui annoncer que nous étions en couple et que nous voulions partir ensemble à Buenos Aires tout en continuant à travailler à distance pour lui », raconte, encore amusé, Robin. Double surprise pour le dirigeant, qui accepte. « Le fait de travailler dans la même entreprise, puis de chez nous à distance, nous a permis de voir que nous bossions bien, avec la même rigueur, la même motivation », complète Floriane. De retour d’Amérique Latine, ils s’installent à Bruxelles pour chercher un nouvel emploi et jardinent sur leur balcon le reste du temps. De là est né Mon petit coin vert. « La répartition des tâches se fait naturellement, chacun ayant le lead sur sa partie. » Elle, la construction de l’offre et le choix des produits, lui, la technologie.

Ne pas trop se poser de questions

Si au quotidien la gestion de l’entreprise tourne bien pour ces entrepreneurs, passer le cap peut interroger les plus motivés : comment ne pas craindre de mettre simultanément en péril son couple et sa carrière ? « On s’est dit : on fonce ! », raconte Robin Morvan qui avoue ne pas s’être trop posé de questions. Leur secret ? Un couple équilibré. « Quand tout se passe bien dans le couple, qu’il n’y a pas de tension, c’est hyper simple. » En fait, résument-ils, « nous avons besoin l’un de l’autre ».

Pour les cofondateurs de Cocolis, passer d’une situation confortable de salariés, à celle d’entrepreneurs a été source d’une certaine appréhension. « Mais nous pensions que l’idée était prometteuse, c’était à la fois un projet de vie, et le bon moment pour se lancer », estiment Eliette et Julien qui avaient déjà eu une première idée à deux, abandonnée car tous deux étant alors en poste.

« Nous ne nous sommes pas décidés à entreprendre ensemble parce que nous sommes en couple », estiment les néo jardiniers Floriane et Robin, « mais parce que nous nous considérons comme de bons associés ». L’avantage à être en couple est considérable selon eux : « nous partageons les victoires et les échecs, surtout, nous allons plus vite parce que nous connaissons parfaitement l’autre. Nous sommes plus forts. »

Ménager l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle

Le vrai risque pour les couples entrepreneurs est de ne jamais décrocher. « L’inconvénient, c’est qu’on parle tout le temps de la boîte », constate Julien, papa avec Eliette de deux très jeunes enfants et de Cocolis. « Il faut avoir l’intelligence de débrancher le cerveau pour s’aménager du temps », rappelle-t-il, vigilant. Si l’émulation à deux est évidente, « le fait d’être tout le temps sur le projet est un facteur supplémentaire de risque », souligne Eliette qui se définit comme ayant une grosse capacité de travail.

Même constat du côté de Mon petit coin vert. « On parle de l’entreprise du matin au soir », s’esclaffe Floriane. « L’équilibre vie pro-vie perso, c’est vraiment notre point faible. En même temps, c’est le début, l’entreprise est notre préoccupation principale. Les règles viendront plus tard. »

En effet, les règles viennent souvent avec le temps, comme le rappellent Frédéric et Anne-Lise Melki. S’ils n’ont pas fondé l’entreprise ensemble, ils la gèrent à deux depuis près de vingt ans, cinq ans après la création de Biotope par Frédéric. Pour eux, la clef de la réussite est la complémentarité.  « L’équilibre vient au fur et à mesure ». « Fred est un globe-trotteur, voire un nomade, il s’occupe donc du développement international », explique Anne-Lise, Directrice Générale France, après avoir été directrice commerciale de l’entreprise. Lui, plus créatif, gère la vision globale, elle, plus organisée, gère l’opérationnel. Mais cela n’empêche pas d’intervertir les rôles régulièrement, juste histoire de prendre un peu de recul. « Nous avons beaucoup de moments d’échanges, le seul risque est d’amener les problèmes à la maison. » Parents de deux adolescentes, leur aînée âgée de 16 ans « est très attentive à ce qui se passe. Depuis un an, elle parle de reprendre l’entreprise et demande même quelles études faire ». Frédéric et Anne-Lise sont ravis d’avoir transmis la fibre entrepreneuriale, mais ne voudront pas transmettre leur structure si leurs enfants n’en ont pas les compétences et l’envie.  

Reste une question. Comment se présenter aux autres ? Aux investisseurs, aux candidats à un poste, aux médias, etc ? Robin et Floriane ne le mettent pas spécialement en avant, sur les conseils d’un mentor à Euratech, l’incubateur lillois où ils ont pris ancrage, de peur de faire fuir les investisseurs. « Mais ils voient bien que nous avons la même adresse », souligne Floriane. « Nous n’avons pas encore résolu la question », avoue le couple Cocolis. « Je ne voulais pas être perçue comme la femme de », précise Eliette Vincent. Aujourd’hui, ils racontent leur histoire commune, autour de cette histoire de commode. Une manière aussi de faire un peu de storytelling. C’est ça le business.